Abstract
Background.
The extension of work stoppages is linked to several common psychosocial factors associated with the diagnoses causing the work stoppages, highlighting the need for effective transdiagnostic interventions. REDO®, a group occupational therapy approach, has proven effective in Sweden in promoting return to work (RTW).
Purpose.
The objectives of this study were: (1) to translate the REDO® intervention manual into French; (2) to adapt it to the Quebec context; (3) to design REDO® in a hybrid format; and (4) to conduct a pilot test including an assessment of acceptability and feasibility.
Method.
REDO® was translated using professional software, followed by content validation by several experts. The adaptation took into account contextual factors in RTW in Quebec. For the pilot test, a mixed design with triangulation was used, including various questionnaires assessing acceptability and pre-post changes, and fieldnotes documenting feasibility.
Findings.
Six individuals who had been on sick leave for 8–23 months and who had various mental or physical disorders completed the entire REDO® program. Four individuals were in the process of RTW at the post-group follow-up. Improvements were noted in life balance and feelings of efficacy in dealing with obstacles to RTW. The approach was highly acceptable to the participants.
Conclusion.
Thanks to its versatility, REDO® offers real potential for promoting RTW and improving the quality of life of people on long-term sick leave.
Introduction
L'absentéisme au travail génère chaque année des coûts significatifs au Canada et dans le monde entier (Organisation de coopération et de développement économique (OCDE, 2011)). Les dépenses publiques de prestation d’invalidité des pays de l’OCDE dont fait partie le Canada représentent en moyenne 2% du PIB, mais peuvent aller jusqu’à 4–5% de celui-ci (OCDE, 2011). La majorité des arrêts de travail et des incapacités à long terme concernent cinq principaux types de conditions de santé: les troubles musculosquelettiques (TMS), les troubles mentaux courants (TMC), les divers types de cancer, les traumatismes crâniens légers (TCC légers) et les maladies cardiovasculaires (Gaudette et al., 2022; Gragnano et al., 2018). La prolongation des arrêts de travail complique la reprise professionnelle (Dekkers-Sánchez et al., 2011) et augmente la probabilité d’échec des retours au travail (RAT) (Corbière & Durand, 2011). Le seuil de six mois d’arrêt de travail est critique, car il est associé à l'invalidité prolongée, à la chronicisation de la condition de santé et à la perte du maintien du lien d'emploi (Lippel & Sabourin, 2020). Les personnes qui ont de la difficulté à retourner à leur poste de travail font face à des stresseurs tels que l’insécurité financière, les tensions familiales, la détérioration de l’état de santé, les expériences négatives liées à l'emploi et la stigmatisation (Gewurtz et al., 2018; Tingulstad et al., 2022).
Les études actuelles soutiennent que l'invalidité au travail est un processus multidimensionnel, influencé par la présence de facteurs psychosociaux et l'interaction des acteurs de différents systèmes, dont ceux de l'assurance et de la santé (Gragnano et al., 2018). Les études montrent que les facteurs psychosociaux liés à l'invalidité au travail sont souvent communs à différents diagnostics et contribuent à la chronicisation de la condition de santé. Parmi les facteurs psychosociaux identifiés dans les écrits scientifiques, on trouve les enjeux liés à la conciliation travail et vie personnelle, le manque de soutien social et les préjugés des personnes du milieu de travail (Dekkers-Sánchez et al., 2011; Hara et al., 2018). Les approches actuelles se centrent donc sur l’évaluation des facteurs psychosociaux, plutôt que sur les aspects strictement liés à la santé comme les symptômes associés à la maladie à l’origine de l’arrêt de travail (Gragnano et al., 2018). Les recherches récentes préconisent, en ce sens, l'utilisation d'une approche transdiagnostique, c’est-à-dire, pouvant être utilisée avec n’importe quelle clientèle, sans égard au diagnostic, ciblant les facteurs psychosociaux pour favoriser un RAT dans les meilleures conditions, particulièrement chez les personnes dont les conditions de santé se sont chronicisées (Dulude et al., 2021; Gragnano et al., 2018; Zaidel et al., 2018). Les interventions concrètes mises en place, respectant de telles approches, ne sont pas encore clairement définies et leurs effets sont peu documentés (Dulude et al., 2021; Gragnano et al., 2018; Hara et al., 2018).
Parmi les études actuellement disponibles, Dulude et al. (2021) proposent une intervention pouvant être réalisée en groupe ou en individuel et ciblant la résilience des personnes en arrêt de travail prolongé ayant un TMS ou un TMC. Toutefois, l'acceptabilité de cette intervention nécessite d'être évaluée à plus grande échelle. Pour leur part, Hara et al. (2018) ont documenté la faisabilité d’une intervention de groupe utilisant la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) auprès de personnes en arrêt de travail ayant divers diagnostics, mais précisent que les effets spécifiques de cette approche sur le RAT n'ont pas été évalués. Enfin, une intervention de nature psychothérapeutique psychodynamique individuelle en ligne proposée par Zwerenz et al. (2017) destinée à une population présentant des diagnostics psychosomatiques, cardiaques ou orthopédiques dans un contexte de réadaptation, a montré une bonne acceptabilité parmi les personnes participantes (n = 319), ainsi qu’une amélioration du pronostic de RAT. Toutefois, les effets demeurent de petite taille (d ≤ 0.20). Les interventions adoptant une approche transdiagnostique tout en ciblant différents facteurs psychosociaux liés à l’invalidité démontrent ainsi une piste prometteuse. Il est cependant nécessaire de disposer d'un plus grand nombre d’études pour formuler des recommandations spécifiques sur la création de programmes psychosociaux efficaces de RAT (Tingulstad et al., 2022; Venning et al., 2021).
Les interventions qui situent le travail dans un mode de vie (horaire occupationnel, répertoire occupationnel) agissant ainsi sur les enjeux liés à l’équilibre vie professionnelle et vie personnelle semblent porteuses pour favoriser les RAT à la suite d’un arrêt prolongé. Certaines études ont ainsi mis en évidence l’intérêt des interventions appuyées sur les fondements de l’ergothérapie telles que l’activité signifiante et l’équilibre occupationnel. Ces interventions seraient plus efficaces que les interventions courantes (par exemple, les antidépresseurs, l’éducation psychologique, l’approche cognitive comportementale), notamment concernant le RAT (Eklund & Erlandsson, 2011; Schene et al., 2007). Redesigning Daily Occupations (REDO®), développé par Lena-Karin Erlandsson, ergothérapeute et professeure à l'Université de Halmstad en Suède, est une approche de groupe en ergothérapie destinée aux personnes en arrêt de travail présentant divers problèmes de santé. REDO® vise deux objectifs : apporter des changements dans la vie quotidienne de la personne pour une meilleure santé et ainsi augmenter ses capacités et sa participation au travail (Eklund & Erlandsson, 2011). Elle comprend un manuel destiné aux ergothérapeutes et des feuilles d’activités ainsi que des mini-séminaires pour les personnes participantes. Elle est divisée en trois phases: (1) Auto-évaluation occupationnelle, (2) Définition d’objectifs et stratégies de changement, et (3) Application dans la vie quotidienne et RAT. L’approche est conçue pour être réalisée en présentiel (Erlandsson, 2013) et, avant de l’utiliser, les ergothérapeutes doivent suivre la formation accréditée donnée par la Professeure Erlandsson soit en suédois ou en anglais.
L’approche REDO® existe en deux versions, l’une de 16 semaines et l’autre de 10 semaines. La version qui s’étend sur 10 semaines est une version réduite qui inclut moins de rencontres de groupe et dont la phase 3, la partie portant sur le retour travail n’est pas incluse. L’approche REDO®, quelle que soit la version, comprend des activités expérientielles, plusieurs outils et des capsules éducatives pour aider les personnes à effectuer des changements dans leur vie quotidienne et au travail. Les thèmes sont, par exemple, le répertoire occupationnel, les interruptions occupationnelles et l’équilibre occupationnel.
Une étude quasi expérimentale menée entre 2007 et 2009 par Eklund and Erlandsson (2011) a comparé REDO®-16 aux interventions usuelles (suivis avec l’assureur, suivis médicaux, physiothérapie, programmes de réadaptation), destinées à une population de femmes en arrêt de travail pour des troubles liés au stress. Les personnes participantes à REDO® retournaient davantage au travail et le taux de RAT continuait d’augmenter à 12 mois, comparativement au groupe recevant les interventions usuelles. Les personnes participantes de REDO® démontraient également une amélioration significative de l'estime de soi au fil du temps. Des études récentes ont également été menées sur REDO®-10 en Irlande (Fox et al., 2022a, 2022b). L’étude visait à évaluer, à l’aide d’un devis mixte, la faisabilité multiphases de l’intervention dans un contexte de soins psychiatriques de première ligne. Cette étude a montré des changements statistiquement significatifs par rapport à la dépression, à l’anxiété, au stress, au sens et à l’importance des occupations, à l’incapacité et au sentiment de contrôle (Fox et al., 2022a, 2022b). Les résultats des études de REDO® dans divers contextes suggèrent donc que cette approche pourrait se positionner de manière pertinente dans le contexte québécois de RAT, permettant ainsi de soutenir les personnes en arrêt de travail de longue durée. Toutefois, malgré ces résultats significatifs, REDO® n’est disponible qu’en suédois et en anglais et adaptée uniquement aux contextes scandinave et irlandais.
Les objectifs de la présente étude sont : (1) Traduire le manuel et le matériel d’intervention de REDO® du suédois vers le français; (2) Adapter le contenu et le format de l’intervention au contexte québécois; (3) Concevoir REDO® sous un format hybride (séances pouvant être réalisées en présentiel et en ligne) et (4) Réaliser un essai pilote et une évaluation de la faisabilité (implantation, acceptabilité et adaptation) dans le contexte québécois de RAT.
Méthodologie
Objectif 1 : Traduire le manuel de REDO® du suédois vers le français.
La traduction du suédois vers le français, du manuel ainsi que du matériel de l’intervention a été effectuée en s’inspirant de l’approche proposée par Corbière and Fraccaroli (2020). Cette démarche visait à assurer la fidélité conceptuelle du contenu, tout en garantissant sa clarté, sa pertinence clinique et sa compréhensibilité dans un contexte francophone international. La première étape a été une traduction vers le français par l’équipe de recherche et une vérification de la clarté de la langue française. La première autrice, ayant suivi la formation REDO® en anglais, a effectué une première traduction du matériel à l’aide du logiciel DeepL Pro, en s’appuyant à la fois sur la version suédoise originale et sur la version anglaise. Cette double référence a permis de résoudre certaines ambiguïtés linguistiques et d’assurer une cohérence terminologique. La traduction a ensuite été soumise aux autres auteurs.es, du domaine de la réadaptation au travail. Un des auteurs est originaire de France et a proposé des ajustements linguistiques afin d’assurer un français compréhensible à l’échelle internationale. L’autre autrice, une ergothérapeute québécoise, a révisé le vocabulaire professionnel en ergothérapie utilisé.
Par la suite, une vérification du français été effectuée par des personnes externes. Une enseignante en français a été consultée pour la vérification de l’orthographe, de la grammaire et du vocabulaire. Le matériel a été soumis à un ergothérapeute suisse francophone afin de valider l’usage des termes ergothérapiques dans une perspective de français international. Cette étape visait à s’assurer que le matériel pouvait être compris et utilisé au-delà du contexte québécois, tout en conservant sa pertinence clinique. Le matériel de l’intervention (destiné aux personnes participantes) a également été soumis à une personne du grand public parlant français et d’origine québécoise. Cette validation visait à s’assurer que les documents remis aux personnes participantes étaient accessibles, compréhensibles et exempts de jargon professionnel. Le manuel et le matériel de l’intervention ont ensuite été revus et modifiés par l’équipe de recherche en tenant compte des différents commentaires formulés par les personnes expertes externes consultées. Tout au long du processus, des consultations ont également eu lieu avec Lena-Karin Erlandsson afin de respecter l’approche dans son intégralité.
Objectif 2 : Adapter le contenu et le format de l’intervention au contexte québécois
L’adaptation culturelle de l’approche a été réalisée en tenant compte de la réalité québécoise soit la prise en charge des arrêts de travail en ergothérapie (par exemple : la durée des traitements en ergothérapie remboursée par les assureurs, la fréquence des rencontres autorisées dans le cadre de ces traitements). Plusieurs discussions avec l’équipe de recherche ont permis de revoir les thématiques pertinentes à retenir ou à modifier au regard du contexte québécois de RAT et des interventions qui ont été éprouvées dans la littérature scientifique.
Objectif 3 : Concevoir ReDO® sous un format hybride (Séances pouvant être réalisées en présentiel et en ligne)
Après la pandémie, il est devenu essentiel d'adapter les modes d'intervention dans le contexte de la réadaptation au travail aux contraintes individuelles et sanitaires (Corbière et al., 2021). Le format hybride retenu dans la présente étude a été conçu à partir d’une recension des écrits. Pour ce faire, une recherche a été effectuée dans la banque de données Ebsco. Les termes « online adapt* or hybrid adapt* » et « group intervention » et leurs variantes orthographiques ont été utilisés avec l’opérateur boléen AND. Les articles devaient être publiés entre 2020 (année du début de la pandémie) et 2023, en langue française ou anglaise. Au total, quatre articles ont été recensés. Ces articles ont été examinés pour dégager l’état des connaissances sur les adaptations en ligne ou hybride recommandées dans le cadre d’approches ou d’intervention de groupe.
La recension des écrits a permis d’identifier les composantes essentielles à considérer dans le développement d’un format hybride, ainsi que les écueils à éviter. Ces éléments ont guidé l’adaptation de l’approche REDO® à un mode de prestation combinant des modalités en ligne et en présentiel. Un premier aspect déterminant concernait le choix de la plateforme virtuelle. Les critères retenus incluaient l’accessibilité et l'inclusion, la présence de fonctionnalités synchrones, ainsi que la convivialité de l’interface. D’autres éléments clés ont également été intégrés à l’adaptation : (1) l’ajustement du contenu, notamment la transformation du matériel pour un usage en ligne et le maintien de l’engagement des personnes participantes durant les rencontres de groupe; (2) le soutien technique, comprenant l’offre d’assistance avant et pendant l’utilisation de la plateforme, ainsi que la formation des thérapeutes; (3) les obstacles potentiels, tels que les compétences numériques variables des personnes participantes et les problèmes techniques; (4) les facilitateurs, comme la familiarité des personnes participantes avec les outils technologiques et la flexibilité offerte par le format en ligne.
Par ailleurs, plusieurs rencontres ont été tenues avec Lena-Karin Erlandsson, conceptrice de l’approche REDO®, afin de discuter des enjeux liés au respect des fondements de l’approche dans le contexte d’une transition vers un format hybride. Une attention particulière a été portée aux activités expérientielles, qui constituent un élément central de l’approche. À la suite de ces échanges, l’ensemble des séances de groupe a été révisé, et des ajustements ont été proposés pour chaque activité, en fonction du mode de prestation visé (en ligne ou en présentiel).
Objectif 4 : Réaliser un essai pilote comportant une évaluation de la faisabilité (Implantation, acceptabilité et adaptation) dans le contexte québécois de RAT
Le cadre méthodologique utilisé pour guider l’étude est celui proposé par Lancaster and Thabane (2019) pour des études pilotes et de faisabilité non randomisées. Ce cadre est basé sur les principes énoncés dans le guide de CONSORT de 2016. L’étude pilote comprend des mesures pré, post et de suivi pour évaluer les variables liées aux fondements de l’approche et aux résultats obtenus dans les études réalisées précédemment en Suède et en Irlande. L’évaluation de la faisabilité visait à étudier l’adaptation, l’acceptabilité et l’implantation de l’approche dans le contexte québécois de RAT.
Profils et rôles des ergothérapeutes ayant animé le groupe
Le groupe a été animé par deux ergothérapeutes, c’est-à-dire la première autrice, une ergothérapeute ayant travaillé en réadaptation au travail pendant plus de 10 ans dans les milieux privé et public au Québec et ayant de l’expérience en intervention de groupe. La seconde avait six mois d’expérience en réadaptation au travail, œuvrait en milieu privé dans une région du Québec et n’avait pas d’expérience clinique en intervention de groupe. N’ayant pas suivi la formation de REDO®, elle a été formée individuellement avec le manuel (en français) par la première autrice. L’intervention REDO® requiert la présence de deux ergothérapeutes pour l’animation, l’une donnant le contenu et l’autre jouant le rôle de facilitatrice et d’observatrice du climat du groupe (Erlandsson, 2013). La première autrice a principalement animé le groupe alors que la deuxième ergothérapeute jouait davantage le rôle de facilitatrice et d’observatrice. Les deux ergothérapeutes ont également tenu des rencontres chaque semaine durant le groupe afin d’échanger et de planifier les ajustements nécessaires à faire en vue de bien préparer la prochaine séance de l’intervention de groupe. Un arrimage entre les deux ergothérapeutes était nécessaire afin de permettre de rester fidèle à l’approche tout en faisant les ajustements nécessaires pour l’étude.
Personnes participantes
Un recrutement de 6 à 8 personnes par groupe a été recherché pour cette étude. Le nombre de personnes participantes optimal a été établi en suivant les recommandations du manuel de REDO® (Erlandsson, 2013) ainsi que celles formulées par Yalom and Leszcz (2021) pour une intervention de groupe. Le recrutement des personnes participantes a eu lieu du mois de février 2023 au mois de septembre 2023, d’abord par l’intermédiaire des ergothérapeutes d’un Centre intégré universitaire en santé et services sociaux (CIUSSS) et des cliniques privées d’une région québécoise, travaillant avec une clientèle en processus de RAT. Face à la difficulté de recrutement pour l’étude, des mesures ont été prises pour étendre l’invitation aux réseaux sociaux. Les annonces rédigées à l’intention de la population ciblée ont été circulées sur les réseaux sociaux rejoignant des ergothérapeutes qui travaillent dans le domaine de la réadaptation au travail, afin qu’ils ou elles les diffusent auprès de leur clientèle. Ceci a d’ailleurs entraîné la nécessité de basculer la totalité du groupe en ligne plutôt que de façon hybride, étant donné les distances géographiques trop grandes entre les personnes participantes. Pour être incluses dans l’étude, les personnes participantes devaient répondre aux critères suivants : (1) être âgé de 18 ans ou plus, (2) être actuellement en arrêt de travail d’une durée minimale de six mois et d’une durée maximale de deux ans, afin de respecter le contexte d’invalidité québécois où un arrêt de travail de plus de deux ans mène souvent à la perte du lien d’emploi, (3) présenter un ou plusieurs problèmes de santé : TMS, TMC, cancer, maladie cardio-vasculaire et traumatisme crânien léger; (4) avoir conservé un lien d’emploi avec l’organisation dans laquelle la personne participante travaillait avant le début de son absence maladie; (5) comprendre le français. Le seul critère d’exclusion pris en compte était d’être en arrêt de travail depuis plus de 24 mois.
Collecte de données de l’étude pilote
Un devis mixte avec triangulation (Larivière and Briand, 2020) a été utilisé pour l’essai pilote et l’évaluation de faisabilité. Les changements dans le temps pour les personnes participantes de REDO® ont été mesurés pré-groupe, post-groupe, 6 semaines post-groupe et 3 mois post-groupe. Des mesures quantitatives et qualitatives ont été prises pour évaluer l’acceptabilité en post-groupe pour les personnes participantes. Des données qualitatives ont été colligées tout au long de l’intervention de groupe par les ergothérapeutes via un journal de bord pour l’évaluation de la faisabilité.
Une fois les personnes participantes recrutées, la première autrice les a rencontrées virtuellement pour leur faire signer le formulaire de consentement. L’intervention de groupe s’est déroulée du 11 octobre 2023 au 24 janvier 2024. Quatre moments de collecte de données ont eu lieu durant l’étude. Différents outils de mesure ont été utilisés durant ces quatre moments (Figure 1).

Déroulement de la collecte de données auprès des personnes participantes au groupe d'intervention.
Variables et outils de mesure
Les personnes participantes ont rempli un bref questionnaire sociodémographique comportant l’âge, le genre, le diagnostic, la présence de comorbidités, le niveau de scolarité, le secteur d’emploi, la date d’arrêt de travail.
Les variables suivantes ont été choisies à partir des études antérieures sur REDO® et les fondements de l’approche. Les outils sélectionnés pour mesurer ces variables devaient être validés en français.
L’équilibre de vie a été mesuré en utilisant le questionnaire Occupational Balance Questionnaire (OBQ). Cet outil examine la perception d’avoir une bonne quantité et diversité de ses occupations quotidiennes (Håkansson et al., 2020; Larivière et al., 2022; Wagman and Håkansson, 2014). La version française à 11 items a été utilisée, car elle présente de bonnes qualités métrologiques auprès de la population générale (Larivière et al., 2022). Elle a une bonne cohérence interne (Québec α=0,85), une fidélité test-retest satisfaisante et une bonne validité convergente avec l’équilibre dans la vie (Larivière et al., 2022).
La perception des obstacles face au RAT et le sentiment d’efficacité à les surmonter ont été mesurés en utilisant l’outil Obstacles au retour au travail et sentiment d’efficacité à les surmonter (ORTESES), comprenant la version courte à 10 items (Corbière et al., 2017). Chaque item porte sur une dimension distincte : Appréhension d’une rechute, difficultés cognitives, difficultés liées aux médicaments, exigences du poste de travail, sentiment d’injustice organisationnelle, relation difficile-supérieur immédiat, relations difficiles-collègues, relations difficiles-assurance, conciliation travail-famille difficile, perte de motivation à retourner au travail. L’ORTESES a été validé auprès des personnes présentant un TMS, un TMC, un cancer du sein et des maladies cardio-vasculaires (Corbière et al., 2002, 2004, 2017, sous presse; Gragnano et al., 2022). Les études ont montré que l’ORTESES présente une bonne validité de construit, une cohérence interne satisfaisante (α= 0,62 à 0,91), une bonne validité prédictive ainsi qu’une bonne fidélité test-retest (Corbière et al., 2002, 2004, 2017, sous presse; Gragnano et al., 2022).
L’échelle de l’estime de soi comme travailleur permet de mesurer le degré global d’estime de soi comme travailleur (Corbière et al., 2009). Elle présente une bonne validité de construit, une bonne cohérence interne (alphas de 0,87 à 0,91) et une bonne validité convergente, lorsqu’utilisée avec des personnes présentant des troubles mentaux.
Le RAT a été évalué lors du suivi à 3 mois post-groupe. La première autrice a rencontré les personnes participantes individuellement en mode virtuel et leur a posé la question suivante : « Êtes-vous retournés au travail ou avez-vous une date prévue de retour au travail? ».
Faisabilité
Parallèlement à la collecte de données pour les personnes participantes, les deux ergothérapeutes animant le groupe ont rempli un questionnaire sociodémographique documentant leur secteur d’activité, leurs années d’expérience professionnelle comme ergothérapeute et avec la clientèle ciblée. Elles ont aussi rempli un journal de bord (par exemple : aspects à maintenir, à modifier, à améliorer) après chaque séance de groupe.
La faisabilité de l’intervention a été examinée à travers trois dimensions : l’adaptation, l’acceptabilité et l’implantation, conformément aux recommandations méthodologiques d’Eldridge et al. (2016). L’adaptation a été évaluée en documentant les modifications apportées au manuel d’intervention et aux activités, dans le but de rendre l’approche REDO® plus pertinente et culturellement adaptée au contexte québécois. Ces ajustements ont été consignés dans les journaux de bord des ergothérapeutes. À la fin de chaque séance, les deux ergothérapeutes devaient répondre aux questions suivantes : 1) La séance a-t-elle été réalisée telle qu’elle était planifiée dans son entièreté ou partiellement? (1.1) Si la réponse est partiellement, quels éléments ont été conservés? (1.2) Quels éléments ont été modifiés? (1.3) Pourquoi? (2) Conséquemment à la séance et à votre expérience, pour un prochain groupe, quels changements seraient à apporter? (3) Commentaires généraux sur la séance?
L’acceptabilité a été explorée à partir des réactions des principaux acteurs impliqués, soit les personnes en arrêt de travail ayant participé à l’intervention et les ergothérapeutes responsables de sa mise en œuvre. Pour les personnes participantes, elle a été mesurée à l’aide d’une traduction libre en français du Theoretical Framework of Acceptability (TFA) questionnaire (Sekhon et al., 2022). Ce questionnaire comprenait des items quantitatifs (échelle numérique de 1 [fortement en désaccord] à 5 [fortement en accord]) ainsi que des questions qualitatives ouvertes (ex. : éléments appréciés ou moins appréciés, commentaires généraux). Les huit dimensions évaluées étaient : l’acceptabilité, la cohérence avec les valeurs personnelles, l’effort requis, l’amélioration actuelle et future de la condition, l’engagement, l’interférence avec d’autres occupations, et l’appréciation générale de l’intervention. Le TFA présente une bonne validité de contenu et une fiabilité inter-juge acceptable (Sekhon et al., 2022). Pour les ergothérapeutes, l’acceptabilité a été documentée à l’aide du journal de bord structuré, décrit ci-haut.
L’implantation a été examinée de manière exploratoire, en identifiant les obstacles et les facilitateurs rencontrés lors de la mise en œuvre de l’approche dans le contexte québécois. Les données ont été recueillies à partir de l’analyse des journaux de bord et ont été discutées en équipe de recherche tout au long du processus d’évaluation de l’intervention.
Analyses
Les données sociodémographiques et les données quantitatives du questionnaire d’acceptabilité ont été analysées en utilisant des statistiques descriptives (par exemple : moyenne, écart-type). Le changement entre les trois temps de mesure des questionnaires quantitatifs (Figure 1) a été analysé en utilisant le test de Friedman et le test des rangs signés de Wilcoxon. Le test de Friedman est l’équivalent non paramétrique pour le test de rangs signés de Wilcoxon et peut être utilisé en amont du test de Wilcoxon des mesures répétées (3 ou plus) pour des données ne suivant pas une courbe normale. Cette procédure permet de vérifier si le test des rangs de Wilcoxon peut être utilisé avec celles-ci. Pour les données qualitatives, une analyse thématique a été réalisée selon les recommandations de Miles et al. (2020). Pour les données qualitatives du questionnaire d’acceptabilité, l’ensemble des réponses des personnes participantes ont été combinées par la première autrice et une analyse par thèmes (par exemple : points appréciés, points à améliorer) et sous-thèmes (par exemple : gestion des symptômes, réflexion sur la vie quotidienne) a été effectuée. Les thèmes, sous-thèmes et verbatim clés associés ont ensuite été discutés avec l’équipe de recherche. Les journaux de bord des ergothérapeutes ont été analysés en suivant la même méthode. Les données recueillies ont été utilisées pour améliorer la version française du manuel REDO®. Elles ont ainsi été regroupées par séance ou classées dans une section générale selon si elles portaient sur une activité ou une séance en particulier ou touchaient à l’ensemble de l’intervention. Les modifications apportées à la version française du manuel REDO® ont été guidées par plusieurs critères : (1) la cohérence des séances et la clarté du contenu, (2) la pertinence des activités, (3) le temps disponible dans les séances et (4) l’adéquation avec les objectifs de chaque séance et les objectifs généraux de l’intervention. Cette démarche a permis d’ajuster ou de reformuler certaines sections, d’ajouter ou d’enlever des activités et de modifier certains aspects afin d’optimiser l’intervention. L’étude a été approuvée par le comité d’éthique du CIUSSS-CHUS de l’Estrie, projet #2023-4926.
Résultats
Description de l’intervention - version française adaptée au contexte québécois
La version française de REDO® en contexte québécois est utilisable en ligne, en présentiel ou de façon hybride, selon les besoins. L’intervention est basée sur REDO®-16, mais comporte 10 rencontres de groupe d’une durée de deux heures, une fois par semaine et une rencontre de rappel réalisée six semaines après les 10 premières séances. Le format de dix séances a été retenu afin de mieux répondre aux contraintes organisationnelles des milieux cliniques québécois tant publics que privés, où la réalisation d’une intervention s’échelonnant sur seize semaines peut s’avérer difficilement applicable. Ce choix visait à favoriser l’implantation de l’approche dans des contextes de pratique réels, tout en maintenant sa pertinence clinique. Par ailleurs, l’existence de versions de REDO®-10 en suédois et en anglais a facilité le processus d’adaptation, en fournissant une base structurée à partir de laquelle les contenus ont pu être ajustés et enrichis, notamment par l’ajout d’éléments liés au RAT. Toutefois, l’utilisation de REDO®-16 a également été préconisée afin de préserver certains contenus spécifiques au RAT qui ne sont pas inclus dans la version REDO®-10. L’adaptation a ainsi reposé sur une combinaison des deux formats, permettant de concilier les exigences du contexte québécois avec le respect des fondements de l’approche originale. L’adaptation au contexte québécois est constituée de trois phases. La première phase porte sur l’analyse de la vie quotidienne et comporte une séance individuelle et quatre séances de groupe sur diverses thématiques touchant la vie quotidienne (par exemple : faire un bilan des activités quotidiennes sous la forme de cercles, noter et discuter de son répertoire occupationnel). La deuxième phase porte sur les objectifs et les stratégies pour soutenir le changement. Elle comporte six séances de groupe dont les thématiques s’articulent autour de la préparation vers le RAT (par exemple, formuler des objectifs en lien avec le travail, l’équilibre occupationnel et mettre ses limites). La phase 3 porte sur l’application des stratégies dans la vie quotidienne et le RAT. Elle est constituée d’une séance de rappel et d’un suivi individuel. Les thématiques des différentes séances sont présentées dans le tableau 1.
Étude Pilote
Profil sociodémographique des personnes participantes
Des sept personnes participantes initialement recrutées, six ont complété l’ensemble du suivi de groupe, une personne a été retirée de l’étude par l’équipe de recherche, car elle a dû être hospitalisée. La majorité des personnes participantes étaient des femmes (n = 5). La moyenne d’âge était de 45 ans (±12,5). Cinq personnes participantes avaient un diplôme d’études collégiales de niveau technique et une avait un diplôme universitaire de niveau doctorat. Les diagnostics étaient répartis de la façon suivante : trois personnes avaient un TMS, deux avaient un TMC et une personne avait le cancer. La durée moyenne d’arrêt de travail était de 13 mois (entre 8 et 23 mois).
Faisabilité
Adaptation du manuel et des activités de l’approche REDO® au contexte québécois
Des adaptations dans les activités de REDO® ont été effectuées durant et après la réalisation du groupe en fonction des observations des ergothérapeutes dans les journaux de bord. Les ajustements proposés sont à l’effet que l’approche corresponde bien aux besoins spécifiques des personnes participantes et une optimisation de la version française. Par exemple, plusieurs éléments ont été identifiés tels qu’un manque de temps pour réaliser certaines activités dans une séance, un manque de sens de certaines activités pour les personnes participantes, beaucoup ou trop peu de participation pour certaines activités, répétition de contenu entre certaines activités et le format de certaines activités difficilement réalisables en ligne. Par conséquent, certaines activités ont été écourtées ou déplacées dans une séance subséquente (par exemple : l’activité « mes ressources » a été déplacée en exercice à domicile et le retour s’est fait à la séance suivante par manque de temps). Certaines ont été modifiées, ajoutées ou combinées en fonction de ce qui émergeait dans le groupe (par exemple : l’activité finale de prendre un repas en groupe a été remplacé par une activité de collage collectif en ligne). Le tableau 1 donne des exemples des modifications apportées pour chaque séance. Les changements demeurent toutefois mineurs et ne modifient pas l’essence de REDO® (Table 1).
Exemples de Modifications Apportées aux Séances de la Version Française de REDO®.
Acceptabilité
L’acceptabilité de l’approche était élevée chez l’ensemble des personnes participantes (moyenne de 4.5/5; Table 2). L’approche a été appréciée par les personnes participantes, car elle rejoignait leurs valeurs et contribuait à l’amélioration de leurs conditions de santé.
Évaluation par les Personnes Participantes des Aspects de L’acceptabilité (n = 6).
Note. 1 = Fortement en désaccord; 5= Fortement en accord
Les données qualitatives recueillies à partir des commentaires descriptifs du questionnaire d'acceptabilité (TFA) ont été organisées en six thèmes. Les personnes participantes devaient obligatoirement inscrire une réponse dans l’espace commentaire du questionnaire, mais certains ont répondu parfois «Aucun», parfois avec un simple tiret «-».
Appréciation
L'appréciation générale des personnes participantes a été divisée en points positifs et points négatifs. Parmi les points positifs, les six personnes ont apprécié la réalisation de l’approche en groupe. Plusieurs sous-thèmes ont été abordés par les personnes participantes relativement à cet aspect. Elles ont apprécié la participation du groupe en raison de la diversité des points de vue (P1 : « Perspective d'autres types d'invalidité au travail et d'autres milieux de vie »), l’universalité et la normalisation des expériences (P3 : « Entendre les idées et les commentaires des autres participants et réaliser que nous ne sommes pas seuls »), la liberté d'expression dans le respect (P2 : « J'ai beaucoup apprécié le fait que rien ne nous était imposé et que tout était fait dans le respect de nos limites. Ça m'a permis de prendre le temps de réfléchir et de me poser les bonnes questions »), (P5 : « La liberté de s’exprimer, l’écoute et participation du groupe »). Parmi les autres points positifs, le fait de réaliser l’approche en ligne (P3 : « Approche avec Teams facile et accommodante »), la pertinence des exercices (P1 : « Exercices intéressants et pertinents »), ainsi que le temps consacré à la réflexion personnelle (P4 : « Prendre le temps de faire le point, de réfléchir sur ce qui fait défaut, sur le déséquilibre qu’il y avait dans la répartition de mes journées ») ont été soulevés par les personnes participantes.
Parmi les points négatifs, cinq personnes participantes ont évoqué que leur participation au groupe a été freinée par la nécessité de gérer leurs émotions et leurs symptômes. Par exemple, comme l’exprime P3 : « Beaucoup de confidences, lourd en émotions et difficile pour moi de rester concentrée et surtout ne pas être émotive/anxieuse durant les rencontres » ou P4 : « Surpasser les symptômes physiques et moraux ».
Les autres points négatifs évoqués incluent une participation inégale au sein du groupe (P6 : « Participation plus ou moins égale de certains participants ») et le temps élevé requis pour la participation ((P2 : « Ça demandait beaucoup de temps »), (P3 : « 2 heures par semaine à travers mes nombreux autres rendez-vous m'en faisaient beaucoup »)).
Suggestions d’amélioration
Les suggestions d'amélioration se concentrent sur deux aspects principaux : encourager la participation de tous (P1 : « Tenter d'engager la participation de tous, le plus possible ») et approfondir certains aspects de l'approche (P4 : « Il pourrait être intéressant de passer un peu plus de temps sur les habitudes de vie en général, qui peuvent également avoir un effet sur la condition mentale et physique »).
Engagement dans l’approche
L’engagement des participantes dans l’approche REDO a été influencé par plusieurs facteurs dont : la motivation personnelle (P2 : « Ça m'a donné la motivation pour avancer ») et l’effort requis pour s’impliquer émotionnellement. Pour illustrer, P3 indique : « Effort de se livrer et de s’impliquer dans le processus » et P5 ajoute : « Ça demande de faire l’effort de partager son vécu ». De plus, le soutien du groupe a été perçu comme un levier d’engagement (P4 : « Échange de groupe ont aidé à m'engager, cela nous fait sentir moins seul dans notre processus »).
Organisation
Deux sous-thèmes ressortent dans cette catégorie : la durée du programme et l’horaire des séances. Concernant la durée, les avis sont partagés; certaines personnes participantes auraient souhaité que l’intervention dure plus longtemps (P6 : « J'aurais aimé que ça dure plus longtemps pour approfondir encore plus !») et à l’inverse, pour d’autres, l’implication demandait d’investir trop de temps ((P3 : « Ça demandait beaucoup de temps »), (P2 : « 2 heures par semaine à travers mes nombreux autres rendez-vous m'en faisaient beaucoup »)). Concernant l’horaire, certaines personnes participantes auraient préféré des ajustements tels que P2 : « J’aurais préféré faire les rencontres en avant-midi, vers 9:00 ou 10:00 » ou encore P3 : « Les séances en après-midi arrivaient avec des moments où j'aurais prévu autre chose ».
Pertinence et utilité de l’approche
La pertinence et l’utilité de l’approche REDO ont été mises en évidence par les personnes participantes à travers les effets des activités réflexives et l’intégration d’outils concrets dans leur quotidien. Plusieurs personnes participantes ont mentionné que les activités proposées leur avaient permis de prendre conscience de déséquilibres dans leur vie quotidienne, en particulier en lien avec leur situation de travail. L’une d’elles rapporte : « J'ai réalisé que je n'étais vraiment pas la seule à vivre une situation difficile au travail. Je sais plus comment m'enligner dans le futur et j'ai plus d'outils » (P2). Cette prise de conscience a souvent été accompagnée de l’adoption de stratégies concrètes pour améliorer leur bien-être. Par exemple, une personne participante explique : « Aide pour établir une routine de vie et de mettre plus d'activités reposantes qui me font plaisir, et ce, sans me sentir coupable » (P1). D’autres ont souligné que les méthodes proposées dans l’approche les avaient aidées à mieux accepter leur réalité et à s’adapter à leur condition. Une personne participante mentionne : « Méthodes intéressantes, qui nous aident à accepter les choses » (P4), tandis qu’une autre souligne l’utilité des exercices pour améliorer la gestion du temps : « Faire les exercices pour mieux gérer mon temps » (P3).
Préparation pour le futur
Enfin, les personnes participantes évoquent que REDO® leur a procuré un espoir d’amélioration de leur condition dans le futur. Le principal aspect mentionné par quatre personnes participantes qui est relatif à la thématique de la préparation au futur demeure la préparation au RAT (P5 : « Je crois savoir comment je vais m'enligner au niveau du travail »).
Implantation de l’approche
Certains obstacles et facilitateurs à l’implantation de l’approche ont été identifiés au cours de l’étude en analysant les journaux de bord et à la suite des discussions en équipe de recherche tout au long du processus évaluatif. Comme indiqué, le principal obstacle a été l’accès à la clientèle pour le recrutement. Des changements depuis la pandémie dans l’aiguillage des clients des principaux assureurs vers des cliniques privées - notamment l'augmentation de la complexité des dossiers et l’aiguillage uniquement lorsque le RAT est prescrit par un médecin - ainsi que le manque de personnel et la surcharge de travail dans le réseau public, ont rendu l'accès à la population cible difficile. Par ailleurs, d’autres enjeux ont été relevés, notamment en lien avec la reconnaissance et l’acceptabilité des interventions de groupe par les assureurs. Ces derniers autorisent généralement des interventions individuelles pour les personnes en arrêt de travail, ce qui rend la mise en œuvre d’une approche de groupe inhabituelle dans ce contexte. Une sensibilisation ciblée auprès de ces acteurs apparaît donc nécessaire pour favoriser l’implantation de REDO. Enfin, la sensibilisation d’autres acteurs impliqués dans le processus de retour au travail, tels que les employeurs, les médecins et les gestionnaires de cas, semble également essentielle pour soutenir l’implantation durable de l’approche. Bien que certains employeurs aient manifesté une ouverture à recommander directement leurs employés à l’intervention par l’intermédiaire de l’ergothérapeute intégrée à leur équipe de ressources humaines, d’autres ont refusé de promouvoir le projet au sein de leur organisation. Dans un cas, un médecin a dû être convaincu par l’ergothérapeute référente d’autoriser la participation de son patient à l’intervention de groupe, en complément à ses traitements habituels.
Parmi les facilitateurs, la flexibilité de réaliser l’approche en ligne ou en présentiel a contribué à favoriser la rétention, l’adhésion et la participation au groupe. De plus, l’accompagnement structuré et la préparation offerts à l’ergothérapeute coanimant le groupe avant sa participation à l’intervention a constitué un facilitateur important. Comme elle l’a souligné, ce soutien allait bien au-delà de la simple lecture d’un manuel : il comprenait un mentorat actif, ce qui a favorisé une meilleure appropriation du contenu et de la démarche. Dans le contexte de la réadaptation au travail dans le secteur privé au Québec, où les interventions de groupe sont peu fréquentes et où la pratique repose majoritairement sur des approches individuelles, ce type de préparation apparaît essentiel. Ainsi, la poursuite d’un accompagnement similaire pour les ergothérapeutes dans la formation pour l’approche REDO® pourrait faciliter l’intégration durable de l’intervention dans leur pratique clinique. Par ailleurs, le soutien du supérieur immédiat dans la mise en place de l’approche REDO® a également été identifié comme un levier important, en contribuant à libérer l’horaire de l’ergothérapeute coanimant le groupe pour qu’elle puisse y participer et en légitimant l’utilisation de modalités de groupe dans son milieu.
Évolution des personnes participantes dans le groupe
Pour les trois temps de mesure (pré-groupe, post-groupe, suivi à 6 semaines), une amélioration a été notée chez la moitié des personnes participantes, sur le plan de l’équilibre occupationnel. L’estime de soi est restée sensiblement pareille avec une légère tendance à la baisse chez la majorité des personnes participantes. Par ailleurs, une tendance à la diminution de la perception des obstacles au RAT a été remarquée chez la plupart d'entre elles, parallèlement à un renforcement de leur sentiment d'efficacité à surmonter ces éventuels obstacles. Ces résultats ne sont toutefois pas statistiquement significatifs. Les tableaux 3 et 4 démontrent l’évolution observée chez les personnes participantes pour les différents temps de mesure en fonction des différentes variables. La colonne variation de chaque tableau fait état de l’évolution de chaque personne participante entre la mesure pré et la mesure suivi (Tables 3 and 4).
Perception d’obstacles et sentiment d’efficacité à les surmonter.
aÉchelle : 1 = Pas un obstacle, 7 = un gros obstacle. bÉchelle : 1 = Pas du tout capable, 7 = Tout à fait capable.
Équilibre de vie et estime de soi.
Échelle : 0 = Fortement en désaccord; 1= En désaccord, 2 = En accord, 3 = Fortement en accord, Score total = 39. bÉchelle : 1 = Tout à fait en désaccord, 2 = Plutôt en désaccord, 3 = Plutôt en accord, 4 = Tout à fait en accord, Score total =40.
Dès le début de l’intervention, les personnes participantes considéraient l'appréhension d'une rechute comme l'obstacle le plus saillant. À l’issue de l’intervention, une préoccupation accrue concernant les exigences liées à leur poste de travail s’est manifestée. Lors du suivi à six semaines, ces deux dimensions étaient perçues par les personnes participantes comme les principaux obstacles au RAT. La perception d’obstacle ayant le plus diminué durant le groupe était la conciliation travail-famille.
En ce qui concerne le sentiment d’efficacité, en début de groupe, les personnes participantes percevaient un sentiment d’efficacité plus bas face aux difficultés cognitives. Ce plus faible sentiment d’efficacité s’est maintenu à la suite du groupe et au suivi de 6 semaines.
Au suivi 3 mois post-groupe, deux personnes participantes étaient en RAT, deux personnes participantes avaient une perspective de RAT dans les prochains mois et deux autres n’envisageaient pas de RAT.
Discussion
Les objectifs principaux de cette étude étaient de traduire, adapter et mener une première évaluation de l'approche REDO® dans le contexte québécois de RAT pour des personnes en invalidité au travail long terme. Dans un contexte où l'invalidité au travail représente un lourd fardeau pour la société (OCDE, 2011), REDO® se distingue comme une approche prometteuse et pertinente pour faciliter le RAT de personnes aux prises avec différentes conditions de santé (Eklund & Erlandsson, 2011; Olsson et al., 2020). REDO® pourrait permettre de soutenir les retours au travail, particulièrement dans le cadre des absences prolongées, où selon Gragnano et al. (2018), les aspects psychosociaux prennent le pas sur les symptômes occasionnés par les diagnostics initialement posés.
L’étude a permis d’obtenir une traduction francophone internationale de REDO® adaptée au contexte québécois et pouvant être utilisée dans un format en ligne. L'essai pilote de REDO® dans le contexte québécois de RAT avec des personnes présentant diverses conditions de santé a montré une acceptabilité élevée de l'approche, tant chez les personnes participantes que chez les ergothérapeutes. Des aspects tels que l'appréciation générale de l'approche, les perspectives d'amélioration future de l'état des personnes participantes, ainsi que la facilité de mise en œuvre pour les ergothérapeutes, ont été soulignés. Par ailleurs, la pertinence et l’utilité de l’approche étaient bien tangibles pour les personnes participantes, leur participation à l’intervention les ayant amenés à réfléchir à leur quotidien, à identifier des leviers de changement et à intégrer des outils concrets pour soutenir leur équilibre occupationnel. Ceci renforce la pertinence d'intégrer REDO® dans les processus de RAT au Québec, notamment pour des personnes qui sont en absence entre 6 mois et deux ans. Ces résultats sont cohérents avec ceux obtenus par Fox et al. (2022b) and Olsson et al. (2020) lors de l'implantation de REDO® dans les contextes irlandais et suédois.
Les résultats quantitatifs obtenus révèlent plusieurs correspondances avec les données qualitatives. En effet, l’amélioration de la perception de l’équilibre de vie est corroborée par les commentaires des personnes participantes, qui ont souligné la pertinence et l’utilité de l’approche REDO®. Les personnes participantes indiquent que REDO® a contribué à une prise de conscience des déséquilibres dans leur vie quotidienne et leur a offert des idées concrètes pour améliorer la vie au quotidien. La diminution de la perception d’obstacles, l’augmentation du sentiment d’efficacité à les surmonter, lorsque présent, de même que le fait que quatre personnes participantes sur six étaient dans un processus de RAT ou préparaient leur RAT au suivi à 3 mois, sont cohérentes à savoir que l’approche leur permettait d’améliorer leur condition dans le futur, notamment dans la préparation au RAT. La tendance à la diminution de la perception d'obstacles et à l’augmentation du sentiment d’efficacité chez les personnes participantes au fil du temps soutient l’impact positif potentiel de REDO® sur le RAT.
L’adaptation de REDO® en ligne semble avoir été appréciée par les personnes participantes. D’ailleurs, l’approche REDO® a été réalisée en ligne, pour la première fois, ce qui constitue donc une adaptation de l’approche à la fois nouvelle et spécifique. Les résultats obtenus sont prometteurs et concordent avec les résultats des études conduites en Suède et en Irlande sur l’approche en présentiel (Erlandsson, 2013; Fox et al., 2022b). L'adaptation de l'approche REDO® au contexte québécois de RAT, en version française, offre une flexibilité précieuse. Bien que le manuel en version hybride ait aussi été développé dans le cadre de l’étude, seul le mode en ligne a été validé. La flexibilité offerte quant au mode de livraison de l’approche REDO® est particulièrement pertinente dans le contexte post-pandémique (Corbière et al., 2021).
Un obstacle majeur s’est toutefois présenté lors de la réalisation du projet de recherche portant sur l’approche REDO® en contexte québécois, soit la difficulté d’accès à la clientèle et de recrutement. Il importe cependant de distinguer cet enjeu, propre au contexte de la recherche, des défis potentiels liés à l’implantation clinique de l’approche. Bien que certains facteurs puissent se recouper, les conditions de participation à une étude ne reflètent pas nécessairement celles de l’adoption en milieu clinique. Cela dit, pour favoriser une utilisation plus large de l’approche REDO® en pratique, une diffusion accrue auprès des ergothérapeutes œuvrant auprès de cette clientèle, ainsi qu’une sensibilisation des autres acteurs clés du retour au travail (RAT), tels que les assureurs et les employeurs, pourraient favoriser davantage l’aiguillage des personnes en arrêt de travail. À cet égard, l’étude de Corbière et al. (2021) met l'accent sur le fait que le succès du RAT ne dépend pas uniquement de l'individu, mais plutôt du résultat de l'interaction collaborative de l'ensemble des acteurs impliqués dans le RAT.
L'augmentation de l'équilibre occupationnel et la diminution de la perception d'obstacles liés à la conciliation travail-famille chez les personnes participantes tout au long du programme résonnent avec les résultats de l’étude d’Eklund and Erlandsson, (2011). Les personnes participantes de REDO® dans le contexte suédois maintenaient à long terme un meilleur équilibre vie personnelle - travail que celles ayant reçu des interventions usuelles. Ces résultats concordent également avec les travaux de Schene et al. (2007), qui démontrent l’utilité des approches centrées sur les occupations, incluant l’équilibre occupationnel, en vue de soutenir le RAT.
Ainsi, REDO® pourrait se positionner comme une stratégie prometteuse à inclure dans la boîte à outils des ergothérapeutes pour surmonter certains obstacles au RAT (Robitaille-Beaumier et al., 2024).
Limites de l’étude et pistes de recherche
L'acceptabilité élevée et les impacts positifs de REDO® sur l'équilibre occupationnel et l’amélioration du sentiment d’efficacité face aux obstacles au RAT chez les personnes participantes sont prometteurs. Toutefois, cette étude demeure une étude pilote avec une très petite taille d’échantillon. De plus cet échantillon n’est pas nécessairement représentatif de la population des personnes en invalidité au travail de longue durée, étant principalement composé de personnes ayant un certain niveau de scolarité. En effet, l’enquête canadienne sur l’incapacité (Cloutier et al., 2018) révèle que les personnes en incapacité sont moins nombreuses à avoir un diplôme d’études secondaires ou un diplôme d’études postsecondaires que la population générale. Ces éléments ne permettent pas de se prononcer sur son efficacité et donc sur la généralisation des résultats obtenus.
Par ailleurs, il est important de préciser que la première autrice a également agi à titre d’ergothérapeute principale lors de l’animation du groupe REDO®. Cette double implication, à la fois comme intervenante et comme chercheuse, a été prise en compte dans la planification de l’étude. Bien que cette posture puisse soulever des enjeux en matière de biais potentiels dans la collecte et l’interprétation des données, plusieurs mesures ont été mises en place pour en atténuer les effets. D’abord, les journaux de bord ont été tenus de manière systématique et réflexive, et les analyses qualitatives ont été discutées en équipe afin de favoriser une triangulation des perspectives. Ensuite, la deuxième ergothérapeute, qui n’était pas impliquée dans la rédaction du manuscrit, a également contribué à la documentation des observations et à la validation des ajustements apportés au programme.
Basé sur ces premiers résultats, il serait à présent intéressant d’évaluer l’efficacité de cette intervention en menant un essai contrôlé randomisé, comme le soulignent Venning et al. (2021) et Tingulstad et al. (2022). Ce type d’étude permettrait de renforcer les preuves scientifiques sur l’efficacité de l’approche REDO® et de formuler des recommandations pour son utilisation auprès de la clientèle en invalidité prolongée et présentant diverses conditions de santé. Une étude comparant les trois modes de l’intervention — en ligne, en présentiel ou en mode hybride — serait aussi intéressante pour permettre d’évaluer, selon le mode préconisé, les préférences et impacts sur les personnes participantes.
Conclusion
Cette étude visait à traduire REDO® en français et à l’adapter au contexte québécois de RAT, tout en conduisant une étude pilote sur l’évaluation de sa faisabilité. Les résultats apportent une contribution intéressante à la littérature sur les interventions en réadaptation au travail, en précisant que la version française de REDO® est acceptable dans le contexte québécois pour des personnes en absence prolongée et ayant diverses conditions de santé. En ce sens, les améliorations notées chez la majorité des personnes participantes au niveau des principales variables ciblées (équilibre de vie, obstacles au RAT et sentiment d’efficacité à les surmonter) sont prometteuses. La polyvalence de REDO® et son alignement avec les principes fondamentaux de l’ergothérapie laissent présager un réel potentiel pour favoriser le RAT et améliorer la qualité de vie des personnes en arrêt de travail prolongé.
Messages- clés
REDO® semble être une approche pertinente à considérer par les ergothérapeutes dans le contexte québécois de RAT auprès de populations présentant des diagnostics variés et en invalidité prolongée.
L’utilisation pour la première fois de REDO® en ligne ouvre la porte à son utilisation afin de mieux répondre aux besoins des personnes qui vivent dans différentes régions.
Des études subséquentes avec une taille d’échantillon plus importante et un groupe de comparaison sont nécessaires afin de bien identifier les impacts de l’approche REDO®.
Remerciements
Cet article est dédié à Alain Léveillé (1958-2025), contributeur au projet par l'apport de sa perspective grand public. Merci pour ta sagesse, ton soutien indéfectible et tes encouragements. L’application ChatGPT a été utilisée dans la rédaction de cet article pour optimiser et améliorer le français utilisé dans la rédaction.
Conflits d’intérêts
Les personnes autrices ne rapportent aucun conflit d’intérêts.
Footnotes
Funding
The authors received no financial support for the research, authorship, and/or publication of this article.
