Abstract

Les trois questions kantiennes : Que peut-on savoir ? Que faut-il faire ? Qu’est-il permis d’espérer ?, sont au cœur de l’ensemble de ces recherches. Dès le premier chapitre, ces questions centrales sont à la fois exposées ; en fait, tout au long de ce livre, Lafont décline, en quelque sorte, ce qu’a été le néo-platonisme à travers les derniers siècles chrétiens et nous décrit son influence au cours des siècles dits modernes et au sein de notre monde technicisé. Après une analyse succincte de la modernité et de quelques raisons de désespérer de notre temps, il invite les lecteurs à « réintroduire le symbolique » donc à repenser le lien.
Tout d’abord, l’auteur pose la question « Y a-t-il ‘Homme’ ? », qu’il introduit par un récit de chasse à courre et l’action d’opposants qui signèrent en 1978 une Déclaration universelle des droits des animaux ; il entre en discussion sur le problème des relations entre l’homme et la nature, à l’aide des travaux de Philippe Descola (Par delà nature et culture, Paris : Gallimard, 2005) qu’il présente comme une forme d’orthopraxie de la relation ou du lien. Il prolongera sa réflexion en compagnie d’un autre livre sur cette question, sous la direction de Pascal Picq et d’Yves Coppens (Aux Origines de l’humanité, Paris : Fayard, 2002), qui repose le problème de la place de l’homme, comme une espèce parmi tant d’autres. Mais au cœur de la problématique que l’auteur met en relief, demeure le lieu du christianisme dans nos civilisations occidentales par leurs origines grecques principalement, qui feront l’objet d’une analyse plus fouillée sous trois axes, soit par ce que l’auteur nomme l’hénologique (centré sur l’unité), l’ontologique et le proslogique (insistance sur l’échange et la communication).
Le second chapitre, qui se situe sous la pensée dominante dans les sphères occidentales du platonisme, initie le lecteur aux hypothèses de la naissance du monde avec le « modèle standard » que la physique moderne a élaborée voilà plusieurs décennies. Lafont précisera sa pensée en y créant des liens avec le néo-platonisme et le monisme modulé qu’il tentera de lier au développement de la pensée chrétienne ancienne et aussi moderne. Il établira ainsi des liens entre la pensée platonicienne et divers philosophes comme Spinoza, par rapport à l’éthique et sa recherche de l’Un, par l’épure de la Raison. Les questions posées par les sciences exactes et inévitablement les techniques modernes, situent cette recherche de l’Un vers d’autres horizons qui iraient même au-delà de ce que l’on aurait pu penser, il y a à peine quelques décennies.
De l’influence de Platon et du néo-platonisme, l’auteur aborde l’ontologie par Aristote, en particulier par son Traité De l’âme, dont il situe la lecture dans une perspective nouvelle lors de sa parution en latin au XIIIe siècle à Paris, plus exactement à la Sorbonne, où la controverse surgit sous la plume de Thomas d’Aquin, dans son ouvrage majeur De Unitate intellectus contra Averroïstas. De plus, la question de la création, y compris celle de l’univers dans lequel nous vivons, ainsi que de l’âme, prend, sous la plume de l’auteur, toute son importance par rapport au lien ou encore à la difficile question de la filiation. Les conclusions de ce chapitre plaident en faveur d’une cohérence de l’histoire humaine, ce qui, tout de même, n’apparaît pas évident ni même possible à prouver ; par contre, l’auteur semble vouloir joindre au problème du sacrifice en relation à la hiérarchie « qui sont censé répondre de tout » (223), la volonté séparatrice de la Réforme qui à cet égard, ne lui apparaît pas faire œuvre de cohérence, ce qui là aussi demanderait davantage de preuves ; d’ailleurs, le lecteur pourrait immédiatement y reconnaître certains accents apologétiques.
Le quatrième chapitre ou la troisième partie, cette fois-ci « Proslogique », développe l’intuition de la Genèse et de Jean (« Au commencement était le verbe ») comme base fondatrice du dialogue sans lequel l’Homme est sans visage. La foi en Christ de l’auteur y est d’ailleurs affirmée clairement en l’illustrant du contexte qui fut le sien qu’il qualifiera par Karl Rahner de « monothéisme faiblement christianisé » et sa découverte de la centralité du Christ qui le conduisit sur des terres plus fertiles.
En conclusion, Lafont renoue avec une de ses prémisses puisée chez Jaspers qui élabora son concept de période axiale (définie par Jaspers entre 800 et 200 de l’ère commune ; période où les plus grandes religions et philosophies ont pris naissance), qu’il faudrait désormais dépasser par une nouvelle lecture de Platon et d’Aristote qui ne seraient plus dorénavant parties adverses, mais plutôt à la faveur de « l’homme symbolique » soit celui qui « essaie de vivre, puis de dire, s’il le peut, le mystère de sa naissance et de sa mort » (317). Afin de répondre à la question de départ que porte le titre de son ouvrage, l’auteur répond simplement ceci par une forme de plaidoyer pour une « renaissance intelligente du théologico-politique » ou encore par « la connaissance de Jésus-Christ, dont le périple est exemplaire » (321).
