Abstract

Cet ouvrage collectif est le prolongement d’un colloque tenu à l’Université de Lausanne (UNIL) en 2011. Jacques Ehrenfreund (professeur d’histoire des Juifs et du judaïsme à l’UNIL) et Pierre Gisel (professeur d’histoire des théologies, des institutions et des imaginaires chrétiens à l’UNIL) y ont rassemblé et fort bien organisé les réflexions des meilleur-e-s spécialistes lausannois et parisiens (ainsi que de quelques autres) sur un sujet ô combien d’actualité.
Dans la première partie « Religion et conflit dans l’Europe de la première modernité : la société aux prises avec la diversité religieuse », Olivier Christin (professeur d’histoire moderne à l’Université de Neuchâtel) remet en cause la valeur effective d’un principe que l’on pensait bien établi au 16e siècle, celui du « cujus regio, eius religio » ; Christian Grosse (professeur d’histoire et d’anthropologie des christianismes modernes à l’UNIL) réévalue la manière dont, un siècle plus tard, catholiques et protestants ont su coexister tout se démarquant.
Dans la seconde partie « Organiser une suprématie du politique sur le religieux : statut et fonction impartis au religieux. Les XIXe et XXe siècles français : émancipation et redistribution », Philippe Portier (directeur d’études à l’EPHE à Paris), Rita Hemon-Blot (historienne et maître de conférence à l’EHESS à Paris) et Patrick Weil (directeur de recherche au CNRS) répondent à trois questions énoncées par Jacques Ehrenfreund : « La France a-t-elle constitué un modèle dans la manière de séparer le religieux du politique ? La laïcité, telle que mise en place par la loi de 1905, est-elle la modalité la plus aboutie pour faire cohabiter ensemble des populations n’adhérant pas aux mêmes croyances ou affirmant leur droit à n’en avoir pas ? Est-elle encore efficace aujourd’hui pour gérer le « vivre-ensemble » ou s’est-elle lentement transformée pour devenir une pomme de discorde ? » (49).
Dans la troisième partie « Processus politiques et religieux à l’œuvre dans le contemporain extra-européen », Farhad Khosrokhavar (directeur d’études à l’EHESS à Paris) traite des « révolutions arabes et [du] Mouvement vert en Iran », Monika Salzbrunn (professeure de Religions, migration, diasporas à l’UNIL) aborde « le religieux et le politique en Afrique musulmane francophone », Jacques Ehrenfreund discute la légitimité de la prétention de l’État israélien à être à la fois « Juif et démocratique », Raphaël Rousseleau (professeur d’histoire et anthropologie des processus politico-religieux à l’UNIL) propose un double « éclairage indien » venu d’Inde et d’Amérique du Nord, enfin Christian Indermuhle (premier assistant du programme Mondes virtuels, imaginaires culturels, religions pour l’EPFL à l’UNIL) présente la place des « religions, [de la] politique de l’anthropologie et [de l’]utopie de la comparaison dans les Patterns of Culture de Ruth Benedict ».
Dans la quatrième partie « Débats sur le statut du religieux en modernité tardive et interrogations sur la société civile et politique », Reinhard Schulze (professeur d’Études islamiques et de philologie orientale à l’Université de Berne) complexifie la manière dont l’islam pense la religion et la sécularisation, Philippe Gonzalez (maître assistant à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’UNIL) et Joan Stavo-Debauge (chargé de recherche à la Faculté de sciences sociales et politiques de l’UNIL) mettent en évidence la manière dont les évangéliques étasuniens refusent la sécularisation et cherchent à imposer leur vision chrétienne du monde, Tristan Storme (chercheur au Centre de théorie politique de l’Université libre de Bruxelles) rappelle comment la Théologie politique du juriste catholique Carl Schmitt traite de la sécularité et de la sécularisation, et Pierre Gisel conclut l’ouvrage en se demandant « De quoi le motif du retour du religieux est-il le nom ? » Si la réponse vous intéresse, il vous suffit de lire le livre !
