Abstract

Voici déjà trois ans que, sous l'influence de nos amis américains, et particulièrement de M. Louis Brownlow, directeur du Public Administration Clearing House de Chicago, l'Institut international des Sciences administratives et l'Union internationale des Villes ont jeté les bases d'une large coopération, il leur est apparu, en effet, que sur le plan international, il n'existait pas, entre les problèmes d'administration centrale et ceux d'administration locale, une distinction nettement tranchée, et que la division de leurs activités provoquait fatalement sur cette base une duplication d'efforts.
C'est ce qui les a amenés, tout en conservant leur entière indépendance, à mettre en commun certaines de leurs activités sous le nom de « Services communs de Recherche et de Documentation administratives ».
Aujourd'hui, cette collaboration a trouvé sa matérialisation dans le transfert de leurs secrétariats dans un même immeuble. Le choix des deux institutions se porta sur le Shell-Building (47, Cantersteen) à. Bruxelles, où ils disposent de locaux modernes et clairs; cette proximité physique devant leur permettre de centraliser leurs bibliothèques, leurs services de documentation et de recherche, et de mettre en commun leurs services de dactylographie, de traduction, d'expédition, etc.
Grâce à cette rationalisation, les deux institutions constituantes ont pu approfondir l'étude des sujets dans lesquels elles étaient spécialisées. Le maitien de leur autonomie respective fut un des principes fondamentaux de leur collaboration.
Le succès de cette expérience les a incités à étendre cette coopération à d'autres associations internationales.
C'est dans ce but que le prof. Egger, de l'Université de Virginia, dont il convient en passant de rappeler avec reconnaissance le travail tenace, persévérant et intelligent, publia en 1936 un « Directory of International Organisations in the Field of Public Administration ». Cet ouvrage constitue une nomenelatur et une analyse des activités des quelque 200 grandes associations internationales dont l'objet présente un rapport plus ou moins direct arec les sciences administratives.
Bien souvent, par suite de l'ignorance dans laquelle ces organisations se trouvent les unes des autres, les nombreux et louables efforts qu'elles font sont dispersés: les mêmes problèmes sont étudiés par plusieurs institutions, d'autres questions sont laissées complètement dans l'ombre.
Etant ainsi en possession d'un instrument permettant de connaître les activités des autres institutions, l'étape suivante consistait à entrer en rapport avec certaines d'entre elles et, avec leur agrément, à jeter les bases d'une coopération future.
Déjà, l'Association internationale de l'Habitation de Francfort et la Fédération internationale de l'Habitation et de l'Aménagement des Villes, qui viennent de fusionner, ont décidé de transférer le siège de leurs secrétariats à Bruxelles dans les locaux des Services Communs.
De plus, le 10 juillet dernier, à l'occasion des réunions de la quinzaine des Administrations et de l'Habitation, qui se tenaient à Paris, une dizaine d'associations internationales, dont l'activité présentait des rapports plus ou moins étroits avec le domaine de l'administration publique, furent invitées à venir discuter le problème d'une coopération rationnelle et d'un partage de compétences entre elles.
Les associations suivantes avaient accepté de participer à la réunion:
Association Internationale de l'Habitation, Francfort;
Association Internationale Permanente des Congrès de la Route, Paris;
Fédération Internationale de l'Habitation et de l'Aménagement des Villes, Londres;
Fédération Internationale des Fonctionnaires et du Personnel des Services Publics, Paris;
Institut International de Droit Public, Paris;
Institut International des Sciences Administratives, Bruxelles;
Institut International de Statistique, La Haye;
Union Internationale des Villes et Pouvoirs Locaux, Bruxelles.
Dans l'esprit même des promoteurs de cette réunion, le cadre de la collaboration envisagée devait nécessairement être limité.
Il ne s'agissait nullement de restreindre les activités respectives des différentes organisations, ou même d'établir au-dessus d'elles un super-organisme, mais simplement de rationaliser leur travail pour éviter des duplications d'efforts, et arriver, par un échange d'informations et de documentation, à permettre à chacune d'elles de se consacrer plus entièrement au domaine dans lequel elle s'est spécialisée.
Au cours d'un récent voyage aux Etats-Unis, MM. Vinck et Didisheim ont pu se rendre compte du développement énorme qu'une pareille collaboration avait donné aux activités propres des institutions groupées à Chicago sous l'égide du Public Administration Clearing House (1).
Voir dans cette Revue, 1937, no 2, pp. 204 et suivantes: E. Vinck et R. Didisheim: Voyage à travers les Institutions administratives des Etats-Unis.
La discussion de la réunion de Paris, si elle ne répondit pas entièrement à l'attente de ses promoteurs n'en fut pas moins très intéressante.
M. Leimgruber, Vice-Chancelier de la Confédération Helvétique, qui présidait à ce moment la réunion, dégagea fort bien le sentiment général, en disant qu'une coopération entre les grandes Associations était incontestablement désirable, mais à la condition de maintenir leur indépendance respective.
Les points suivants furent plus spécialement abordés:
M. Lesoir estimant désirable qu'il soit procédé, entre les différentes organisations, à l'échange automatique des publications et des bibliographies, M. Steele fit remarquer que la différence de langues était de nature à constituer un obstacle aux échanges. Rencontrant cette objection, M. Vinck émit l'avis, partagé du reste par M. Lesoir, que les publications devraient être établies en plusieurs langues, et que les traductions nécessaires seraient obtenues facilement si les diverses organisations consentaient à s'entr'aider en cette matière.
Des économies pourraient sans doute être réalisées si les services de documentation des différentes organisations internationales pouvaient profiter du travail les uns des autres.
— Recherche
Il existe un intérêt évident pour chaque institution de se spécialiser dans un domaine propre de la recherche administrative.
Voici par exemple comment l'Union et l'Institut tentent de réaliser cette coopération. Supposons que l'Institut international des Sciences administratives reçoive d'un de ses membres une question relative à l'administration locale. Il pourrait évidemment se donner la peine d'effectuer les recherches nécessaires pour répondre lui-même. Mais cela lui demanderait du temps, pendant lequel il négligerait autre chose. Au lieu de cela, il communique cette question à l'Union des Villes, qui est spécialisée en la matière. Celle-ci rédigera la réponse, ou en donnera les éléments.
Alors se pose la question de savoir qui va envoyer la réponse à l'intéressé. Comme celui-ci est membre de l'Institut, il faut que ce soit ce dernier qui lui adresse la réponse de façon à sauvegarder son propre prestige. La question de savoir qui a rédigé la réponse ne regarde personne; c'est une question de simplification et de partage de compétences. Cette méthode, appliquée aux grandes associations internationales permettrait à chacune d'entre elles de se consacrer à sa spécialité et d'éviter de nombreuses pertes de temps et duplication d'efforts.
M. Ham, directeur de l'American Municipal Association, fit part à la conférence de l'expérience américaine dans le domaine de l'information, et signala l'existence à Chicago d'un centre où l'on trouve deux associations qui correspondent pour les Etats-Unis à l'Institut international des Sciences administratives et à l'Union internationale des Villes; ce sont l'American Municipal Association et le Council of State Governments. A côté de ces organisations, il y en a d'autres qui ont un caractère technique: urbanisme, habitation, finances municipales, etc. Toutes sont groupées dans le même immeuble sous l'égide du Public Administration Clearing House, ce qui facilite énormément l'échange de documentation. Quand une question est posée à une des associations et ne la concerne pas, elle la transmet à l'organisation spécialisée. Toutefois, il faut que ce soit l'organisation interrogée en premier lieu qui réponde, afin de sauvegarder sa réputation vis-à-vis de ses membres.
— Publications
La Conférence examina ensuite l'opportunité d'adopter des programmes généraux de publications:
en se communiquant à l'avance les programmes de publications des différentes institutions;
en spécialisant les publications existantes;
en fusionnant certaines d'entre elles.
Sir Gwilym Gibbon et M. Menahan (City Manager de Cork, Irlande) se trouvèrent d'accord pour dire qu'il y avait trop de publications, et que la quantité nuisait à la qualité. Il serait donc nécessaire d'en réduire le nombre, ou tout au moins d'en coordonner les programmes. Mais il faut être très prudent dans ce domaine car, comme le rappelait M. Vinck, chaque institution a, vis-à-vis de ses propres membres, certaines obligations.
L'ordre du jour de la Conférence comprenait la dernière question suivante:
Est-il désirable d'établir une coordination des congrès et conférences?
en s'arrangeant pour que ceux-ci ne se tiennent pas à la même date;
en tâchant de les tenir dans les mêmes lieux à des dates rapprochées;
en cherchant à obtenir ensemble des facilités de déplacements (réductions, moyens de transports, etc.);
en coordonnant leurs programmes de façon à éviter des doubles emplois.
A cet égard, la Conférence était encore sous l'impression de l'organisation simultanée des Congrès de l'Association et de la Fédération de l'Habitation et de l'Aménagement des Villes, d'une conférence de l'Union des Villes et d'une réunion de l'Institut des Sciences administratives, sans parler du Congrès des Maires de France et des multiples réunions de bureaux et de commissions. Cette expérience s'est révélée déplorable. Mais cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas une coordination à opérer. Il faut que les Services Communs de Bruxelles soient en mesure de connaître les dates des principaux congrès, et d'agir sur les organisateurs de ceux-ci, de telle façon qu'il soit possible à quelqu'un qui s'intéresse à plusieurs congrès, de s'y rendre sans dépenser trop de temps et d'argent.
Ce qui vient d'être dit des grands congrès, ne doit cependant pas empêcher les associations internationales de tenir en commun des conférences restreintes de techniciens. C'est là une activité des plus intéressantes.
La conférence décida également d'inviter les Services Communs à étudier la question des facilités de transport à accorder aux congressistes. Actuellement il faut, pour obtenir des réductions, s'adresser pour chaque congrès à chaque compagnie de chemin de fer en particulier. Il faudrait arriver à établir un régime permanent pour les personnes se rendant à un congrès officiel d'une des grandes associations internationales reconnues.
En résumé cette réunion vit éclore des idées fort intéressantes. Mais malheureusement toutes les grandes associations internationales ne sont pas encore pénétrées de cet esprit de coopération. Elles n'aperçoivent dans cet effort qu'une atteinte à leur autonomie, alors qu'au contraire la rationalisation n'a jamais fait que développer les activités propres de chacun. L'expérience de l'Union des Villes et de l'Institut est concluante à cet égard.
Mais l'idée est lancée, et se développera tôt ou tard, complètement ou fragmentairement.
Les Associations internationales ont un grand rôle à jouer. Aujourd'hui que la popularité des organes politiques de collaboration internationale est en déclin, l'effort de la coopération internationale doit se reporter sur le plan technique. Les contacts répétés entre hommes de bonne volonté, venus des quatre coins du monde et ayant entre eux des sujets d'intérêt commun, sont autant de menus liens qui apprennent aux peuples à s'estimer et à s'apprécier.
Et ainsi les organes internationaux de recherche scientifique apporteront leur contribution à la paix du monde.
R. D.
