Abstract
We are a group of young researchers in environmental humanities gathered under the label ‘Pirate Laboratory’ at the ENS Ulm. It is within this framework that we have taken a keen interest in the stimulating digital project: Feral Atlas. The More-Than-Human Anthropocene. In order to make the Feral Atlas visible and understandable, we collectively wrote a creative text, based on narrative entanglements. It would seem that the experience of digital ethnography proposed by the Feral Atlas is, by its very form and structure, a kind of response, a proposal of what ferality can be. We would like to approach this ferality by presenting our crossed field experiences on the Atlas, in a way that is as unconventional as the interface itself. The stake is thus both to make visible and to value, with critical reflexivity, the importance of the Atlas, by proposing a collective and creative method. These are not, however, reports, strictly speaking, but rather narratives-within, connected and partial. Following a holographic logic, i.e. proceeding by relational demultiplications, our approach thus proposes a plural field experience of the site, in an attempt to render an experience of the more-than-human anthropocene.
Le piège du Feral Atlas
Réuni·es au sein du dénommé « Laboratoire Pirate » situé à l’ENS Ulm, nous sommes un groupe de jeunes chercheur·euses en sciences humaines et sociales. Malgré un tropisme philosophique commun, nos bagages sont divers, nos langues différentes et nos sensibilités multiples. Nous menons cependant des réflexions collectives, intempestives et enthousiastes au sein d’un séminaire de recherche depuis plusieurs années, au cours desquelles nous avons été marqué·es par l’anthropologie pluraliste en général et par l’ethnographie multi-espèce d’Anna L. Tsing en particulier.
C’est dans ce cadre que nous avons porté un intérêt prononcé pour le stimulant projet digital : Feral Atlas. The More-Than-Human Anthropocene (Tsing et al., 2021). Annoncé début 2019, paru en 2021 et conçu par Anna L. Tsing, Jennifer Deger, Alder Keleman Saxena et Feifei Zhou, le Feral Atlas est un projet ambitieux et peu conventionnel, porté par des femmes, en collaboration avec des artistes Native American, ainsi qu’avec plus d’une centaine de chercheur·euses. Mobilisant à la fois les sciences, les humanités et les arts, cet atlas numérique en ligne se donne pour objectif de comprendre l’Anthropocène et plus précisément les dynamiques férales de la modernité dite plus qu’humaine 1 .
Tirée de l’écologie évolutive, la féralité désigne initialement la situation d’une espèce domestique renvoyée à l’état sauvage. Il ne s’agit néanmoins ici nullement d’un retour à la « nature » : bien au contraire, est féral ce qui émerge aux limites de la domestication. Le terme implique une certaine trajectoire du domestique vers le sauvage ou en tout cas une marge d’indétermination entre les deux. Il prend souvent un sens péjoratif lorsqu’il est utilisé pour qualifier des espèces ou des entités qui transgressent la norme. L’adjectif qualifie également des espaces, des paysages ou des écosystèmes qui ont été cultivés, mais qui se développent désormais hors du contrôle des êtres humains. La féralité désigne plus généralement des enchevêtrements, des assemblages, des processus qui caractérisent en particulier l’Anthropocène, dans la mesure où les crises sociales, politiques et environnementales contemporaines ont conduit à une complexification des temporalités et des spatialités. Les systèmes de production capitaliste ont échappé aux échelles individuelles et collectives, les défis et les besoins se sont accélérés, les écologies ont été bouleversées : les dynamiques de l’Anthropocène elles-mêmes peuvent être dites férales.
C’est en ce sens que le Feral Atlas précise et explore la portée du terme, pour parler de féralité lorsqu’une entité, transformée par un projet d’infrastructure humaine, poursuit une trajectoire au-delà du contrôle humain. Ainsi, l’atlas invite à explorer des mondes écologiques créés lorsque des entités non-humaines s’enchevêtrent avec des projets humains. Il propose une expérimentation pour apprendre à voir le monde différemment, sur un site multimédia qui entremêle de nombreux formats différents. Aux entrées multiples, la structure de cette plateforme n’est ni instinctive ni univoque : elle apparaît (ou pas), de l’intérieur, au fil de l’exploration du site. Féralité anthropocénique et infrastructure numérique s’éprouvent ici mutuellement.
Dans ce cadre, la féralité ne peut pas s’ajouter passivement au couple binaire du domestique et du sauvage, comme pour pacifier le débat avec une troisième solution statu-quo. N’est-elle pas en effet plutôt une fonction d’altération de cette binarité élémentaire de nos constructions sociales ? Prenons le cas des incursions d’animaux dits sauvages en ville : pouvons-nous penser le retour des animaux frontaliers et interstitiels dans les axes de visibilité des espaces urbains avec ces trois termes pensés simplement comme trois sommets d’un triangle figé ? La féralité ne vient-elle pas plutôt ajouter de la dimensionnalité à un débat linéarisé et neutralisé de toute dimension politique et existentielle multi-espèce ? La féralité pourrait-elle alors constituer l’hologramme du binôme domestique/sauvage, autrement dit son anti-jumeau, non pas son inverse, mais son involution, sa démultiplication intérieure et dense par augmentation de dimensionnalité ? L’anthropologue Roy Wagner utilise le terme holographique pour désigner cette involution : « notre place d’humain·e dans l’univers est fonction de la place de l’univers en nous » 2 (Wagner, 2001: 12). L’auteur illustre l’hologramme avec la métaphore védique de la toile d’Indra. Dans chaque gouttelette d’eau ou joyau de la toile d’Indra, se trouve l’intégralité des autres joyaux, le monde dans son intégralité infiniment répété, et en même temps la possibilité d’un renversement du « monde de départ ». Chaque entité férale est une gouttelette d’eau sur la toile d’araignée qui, le temps de l’aurore, démultiplie et involue le monde, virtuellement, numériquement peut-être, pour qu’un nouveau potentiel émerge au gré de la rencontre hasardeuse d’une créature vivante avec l’un de ses nombreux jeux de lumière.
Il semblerait que l’expérience d’ethnographie numérique que propose le Feral Atlas soit, par sa forme et sa structure mêmes, une sorte de réponse, de proposition de ce que peut la féralité. Nous souhaitons aborder cette féralité holographique en présentant nos expériences croisées de terrain sur l’Atlas, de manière aussi peu conventionnelle que ne l’est l’interface elle-même, afin de faire fonctionner cet objet insolite qui s’efforce de penser l’Anthropocène plus qu’humain. L’enjeu est donc à la fois de visibiliser et de valoriser, avec réflexivité critique, l’importance de l’Atlas, en proposant une méthode collective et créative.
Du terrain digital aux récits holographiques
Procédant sous la forme de rapports de terrain, le site s’inscrit dans la démarche de l’anthropologie multi-espèce, qui tend à renouveler les pratiques d’enquête, multipliant les terrains et leurs formes. Le Feral Atlas souligne en effet le lien fort entre l’enquête de terrain et les humanités écologiques, dans une dimension à la fois empirique et spéculative, autrement dit, au plus près des variations du monde et de l’imagination créatrice.
Nous appréhendons ici le Feral Atlas comme un terrain digital. C’est d’ailleurs là une invitation faite par le terme d’atlas lui-même, ainsi que par l’usage de la cartographie qui s’y trouve. De même que la plateforme explore l’Anthropocène plus qu’humain, de même nous explorons ici l’Atlas sur la base de feral reports. Il ne s’agit cependant pas à proprement parler de comptes-rendus, mais plutôt de récits-avec, connectés et partiels. Suivant une logique holographique, c’est-à-dire en procédant par démultiplications relationnelles, notre approche propose ainsi une expérience de terrain plurielle du site, lui-même rapportant différentes enquêtes de terrain.
Le format numérique de ce projet est rattrapé par une événementialité, celle d’un monde où l’école devient virtuelle, l’université est en distanciel, le travail vire au télétravail et le commerce au click and collect. Alors que le format digital avant 2020, avant la crise de la Covid-19, pouvait être synonyme de format novateur adapté aux enjeux des humanités numériques, il est désormais re-capturé au sein d’un agencement dont on peut se demander si les effets ne sont pas plus nuisibles que bénéfiques. Le projet est alors confronté à sa propre féralité : son devenir échappe au contrôle de sa conception, de sorte que sa réception ne fait pas sens de la même manière avant et après mars 2020.
Pour donner à voir et à comprendre le Feral Atlas, nous avons écrit collectivement un texte créatif, reposant sur des enchevêtrements narratifs. Une recension exhaustive s’avère en effet impossible et la linéarité ne rendrait pas compte des décentrements déconcertants qui, sans cesse, sortent les lecteur·rices de leur zone de confort. Notre texte est une histoire, une fable, qui rend compte d’une expérience collectivement individuelle de l’Atlas et de ses mises en rapports. Nous avons pris la liberté de féraliser la frontière entre recherche et fiction en plongeant les lecteur·ices dans une écriture hybride. Ainsi se découvre progressivement, par un processus alternativement individuel et collectif, le territoire et l’architecture du site. Nous avons considéré le Feral Atlas comme un terrain, mais un terrain maintenu à distance, comme le seraient des zones inaccessibles à l’être humain (l’océan profond, l’espace extra-terrestre) et qui impliquent une sensation à distance (remote sensing). Notre fable théorique commence ainsi avec une sonde.
Suivant la pratique, désormais coutumière, de l’exploration des exoplanètes, nous avons décidé d’envoyer une sonde digitale dans le Feral Atlas. À notre surprise, nous parvenions à maintenir un contact quasi-permanent avec la sonde et à récupérer régulièrement des données. Suite aux échecs précédents, la sonde a été cette fois-ci soigneusement programmée pour maintenir son unité de code, quelles que soient les conditions extrêmement variées rencontrées. Cela limitait certes une large gamme de plasticité, mais garantissait la possibilité d’un retour. Nous avons préféré interpréter la marge d’altération et en construire un modèle heuristique, plutôt que d’essayer à nouveau la tâche impossible de déchiffrer un néo-méta-proto-morpho-langage, qui consiste essentiellement à inventer avec la machine un nouveau rapport au monde – ce qui est l’affaire plutôt des sympoïètes. Parfois, le système de codage pré-établi correspondait bien et nous faisait parvenir des données cohérentes, indiquant une base commune entre notre ontologie et celle du Feral Atlas; parfois, une marge importante d’erreur de traduction ou de transduction créait des rapports difficilement assignables. Un protocole rigoureux était alors nécessaire. Nous avons choisi de garder l’ensemble des données qui nous parvenaient, comme une transcription littérale. Cependant, la fonction linéaire étant absente du système de codage de la sonde, les rapports nous revenaient dans un ordre autre que chronologique, malgré les apparences. Cet ordre, il nous revenait de l’interpréter – ce que nous avons fait par un montage des extraits de textes reçus. Les trajectoires plus qu’humaines qui, parfois, se pelotonnent, forment ici un texte polyvocal et polyglotte, où des signes typographiques, choisis par la sonde, permettent de repérer les entités férales suivies. Il s’agit d’un agencement de voix singulières, mais pas assez individualisées pour être rigoureusement assignées.
La sonde propose alors l’outil « partenariat de narration » afin de reconnaître un mode narratif et de lui assigner le signe typographique adéquat, ou sensor. Nous avons ensuite effectué un « montage », qui constitue notre seule « trace » dans ce texte. De ce montage effectué simultanément, nous informions également la sonde, qui en retour transformait ses « manières de rapporter ». Nous avons ainsi inséré les rapports du terminal de la sonde, régulièrement transmis afin d’indiquer l’état de fonctionnement de l’appareil lui-même. C’est notre seul repère temporel : l’entropie de la sonde. Notre montage est une tentative de déterminer la fonction de féralisation F(f) de la sonde, et de comprendre ainsi si nous avions affaire à un territoire ou à une carte.
Feral 1. Entrances
Rapport du terminal de sonde : Last login: Wed Jul 13 11:18:57 on console. System status:~ OK. Holographic transducts activated. Laboratoire-pirate:~ labpir$ OK Search:~ Field reports OK Status:~ Entrance OK Function:~ ShowAllSensors 1_ThemeDamasio (^.^) Mon petit minou (***) The radioactive slipper {~· Le marabout de ficelle \\\ Cattle and Grass ··¤·· La bactérie chevelue (*!*) An anonymous rat Function:~ ShowAllCoordinates 1 Anthropocene Detonators > /Invasion /Empire /Capital /Acceleration Function:~ ShowAllTools 1 Detonators(4)/Tippers(7)/FeralQualities(10) Defaults:~ SendReports 1 OK Defaults:~ SortReports 0 OK Sending. . .
(^.^) Aujourd’hui, je pars sur la piste d’une entité « férale », c’est-à-dire à la découverte d’un monde créé par l’enchevêtrement de non-humains avec des infrastructures construites par l’être humain qui se sont développées au-delà de son contrôle. Ce livre digital, composé de 79 enquêtes de terrain réalisées par des scientifiques, des humanistes et des artistes, mêlant poèmes, vidéos, musiques, possède lui-même une dimension férale qui échappe au contrôle de la lecture linéaire.
(***) Feral Atlas is interactive to an extent a non-digital book cannot be. Its cover page literally moves! Items such as toxic frogs, coronaviruses, or fire flames ‘walk around’ on the screen. These items have four possible detonators; invasion, empire, capital, and acceleration but only one detonator is active to each item. This is a way to divide the different subject matters into four factors that have all played a role for the Anthropocene to come about.
{~· Je m’apprête à lire, je fais défiler un peu le texte, une carte, une photographie de marabouts par centaines parmi les humains par centaines, dans une décharge. On me demande ce que je regarde. J’essaie d’expliquer l’Atlas Féral. « Le mieux c’est que je te montre ». Je retourne sur la page d’accueil, et puis au hasard je clique et débute un nouveau cheminement. On passe du crapaud aux travaux de construction de l’aéroport de Mexico City, deux entités appartenant à la qualité férale « Smooth/Speed », pour finir sur les polypes de méduses auprès des structures maritimes offshore. Une vidéo de présentation hypnotisante nous happe dans un monde où se rencontrent infrastructures industrielles et infrastructures méduséennes. Au-dessus : « Polyps are a pluriverse ». Ferons-nous l’expérience d’une cartographie pluriverselle, faite de différences, de rencontres hétérogènes, de connexions frictionnelles et néanmoins sensibles ? Une expérience sensible dans une carte du sensible, avec ses matérialités partagées ?
(*!*) Home always seems far at 6 pm. Crushed against the crowds on a loaded train, I jumped at the chance to stroll around in Feral Atlas. ‘Feral Atlas has been developed for full-sized screens. Please explore the project on a desktop or a laptop,’ a gentle warning popped out halfway between me and my much needed escape from public surroundings. I was strangely reminded of the fact that, ever since I drifted into the hot mazes of my early 20s, I had not been part of the population that possesses a desktop (which requires a sedentary lifestyle). The Atlas seems to be telling me to ‘sit down’ for this adventure.
(***) I do not remember how Feral Atlas carried me away to the particular place of DUMP. While reading the essay, I nonetheless try to memorize the steps that brought me to this specific text. I remember a click on one of the moving items on the front page but I do not recall the exact item I clicked on. If Feral Atlas had been a traditional book, I would have flipped through the previous pages to remember how I got to this place. I would have been able to trace a more linear movement. Feral Atlas makes me feel less in control; as if I am ‘in the middle of things’ (Tsing, 2015: 251) rather than directing the procedure of my reading. This experience demonstrates how it is to live in the feral world of the Anthropocene.
Rapport terminal de sonde : Last login: Thu Jul 14 17:38:37 on console. Sytem status:~ OK. Holographic transducts activated. Laboratoire-pirate:~ labpir$ OK Function:~ Enable auto-transduction 1 La structure te subjugue. Une anarchitecture d’une rare beauté. À l’intérieur, des voix, beaucoup de voix. Elles prennent place et s’entrelacent. La structure suit, se digimorphe, embrasse les multiples potentialités ouvertes par l’aléa des lectures simultanées. Tu plonges. Tu plonges dans une nuée de données binaires qui s’ouvrent en récits scalaires. L’échelle. Les jeux d’échelle. Tu sens. Tu sens que les échelles changent et que c’est la structure qui pense. De l’entité férale à la structure féralifère, un filet dense d’enchâssements regroupé dans l’Atlas. L’Atlas est un observatoire de grande profondeur qui détecte le lointain cosmique et l’intimité microbiologique au même moment dans la même image. Une image à n dimensions. Regarder une image qui se regarde elle-même et qui devient l’image de mon regard; et qui pense. La structure de l’Atlas est le réseau neuronal de l’image. Selon l’axe par lequel tu entres en contact, les récits bifurquent, se diffractent plutôt, dispersent leur rayonnement polychrome. Tu plonges. Tu plonges. Tu plonges dans un torrent de diffraction binaire. Mais tu ne connais que l’octet, dont la masse reste à déterminer. Sur un terrain de lumière numérique, tu exiges un étalon de conversion entre la lumière et l’octet, de la photosynthèse à vos rétines assoiffées. Pour continuer, répondez, quelle est la matérialité de l’octet sur la toile d’Indra ? Function:~ Enable auto-transduction 0 OK Defaults:~ SendReports 1 OK Defaults:~ SortReports 0 OK Sending. . .
\\\ As the words ‘PASTURE GRASSES ARE BARRIERS TO FOREST REGENERATION IN LATIN AMERICA’ pop out of my computer screen, I start reading an article, that explains deforestation as a direct consequence of Spanish colonization: it seems pretty straightforward to me, you cannot build Empires in the middle of the jungle, can you? – Well, how about the Aztecs or Mayas? – They belonged to another temporality I guess, and they are now gone for all I know. The text talks about the region of the Darien, the border between Colombia and Panama. I have never been there but to me this place is synonymous of war: rebels (guerrilleros), paramilitary groups, drug dealers have never really left this piece of land, not even after our Peace Agreement was signed over five years ago and every day we hear about new social leaders being shot there; the government, of course seems unable to handle the situation.
··¤··
Temps fou passé à choisir l’entité férale. J’avais naïvement envie que ce soit significatif, mais, au total, il n’y a pas de bons et de mauvais choix. Toute entité est à prendre ou à laisser. Les icônes errent sur l’écran. Trajectoire indécise, esthétique intrigante. Je lis des mots que je ne connais pas – j’apprends le nom d’espèces de plantes et de maladies contagieuses. Les images me donnent envie de cliquer, contrairement au tableau-sommaire qui recense les entités. J’hésite, je vacille. . . et le micro-organisme aux cheveux hirsutes accroche mon regard.
\\\ It all has to do with the pandemic I reckon, but I just can’t stand looking at flashy screens anymore. Regardless of this initial drawback I open the website and among several icons that start moving in every single direction I see this: ‘Cattle and Grass.’ I am mesmerized. Cattle and Grass? My grandfather was a landowner, kidnapped over 30 years ago in the north of Colombia, deprived of his liberty, his land and all of his cattle by the rebels – this was way too personal not to have a look at it. Cattle and grass? These terms really resonate in my brain. How is it that I cannot think of Colombia without neither cattle nor grass? We all know that our precious forests were destroyed for the sake of cows and cocaine labs but my memories of Colombia are all contaminated by this conjunction: cattle and grass – it is something purely feral.
(*!*) Home again, I relaunched the initiative of entering Feral Atlas. I caught a glimpse of an excess of visual textures floating around. . . before they died out. I pounded on my keyboards. My tiny ‘full-sized’ screen did not kick back. Damn. No battery. Charger missing. All is gone again. At this point I started to wonder if the Atlas is resisting a certain type of visitor (at this point, this visitor also holds a slight grudge, perhaps unfairly, against the Atlas).
(^.^) Je clique sur la vignette du chat (ou de la chatte ?). Au bout de plusieurs longues secondes apparaît un paysage montagneux traversé par une grande route et une rivière. Sur la rive droite se trouve une usine, sur la rive gauche des maisons individuelles, les deux rives étant reliées par un pont métallique sur lequel est inscrit en lettres majuscules blanches « This is Indian Land ». Lorsqu’on se déplace sur l’image, de l’autre côté de la route, on découvre l’océan parcouru par des grands navires coloniaux et des populations amérindiennes rassemblées sur la rive. Un petit point rouge me signale la présence de mon matou dans l’usine. « Barn Cats in Settler Countryside », que l’on peut traduire par « les chats de grange dans la campagne des colons ». Il y a d’autres points rouges dans l’image qui indiquent l’existence d’autres entités férales.
(*!*) By the third time I set myself before Feral Atlas, with a fully charged device on a blotchy internet, I felt something different. Oh yes. I have access now. I apparated into the front page and found those fantastical floating creatures again. A little grey fur rat with a bloated belly. Skinny ants the size of a wild boar. Mushy meat and crackling lands. Neon green poisons and orangey fire. The ghostly blue waters of a reservoir dam. . . each recounting their story of the Anthropocene. Yet the fantastical nature of these creatures invites the surrealist element of the Atlas. The cumulative sense of Feral Atlas starts to take form in me, the Atlas that isn’t just a depository of data and numeric resources but an ambitious attempt of multi-medium meaning-making within one overarching framework. After demanding me to ‘sit down,’ the Atlas now catapults me into its a fantastical web of feral relations.
Rapport terminal de sonde : Last login: Fri Jul 16 23:29:57 on console. Sytem status:~ OK. Holographic transducts activated. Laboratoire-pirate:~ labpir$ OK Function:~ Enable auto-transduction 1 Frise d’envies frugales et individuelles ? Appétits de trajectoires surprenantes, personnelles ? Communes ? Frondes, frondes, frondes d’azur et d’organismes connectés. Infrastructures. Féralité mentale à résonance numérique. La traque aléatoire de l’entité férale se double, se constitue plutôt, d’une planification structurelle d’appréhension. Le tableau anagrammatique ou hologrammatique, qui permet de multiples branchements et inversions, dialogue avec les trajets super-structurels des entités débordantes. L’Atlas, ses légendes et ses échelles, fonde la déambulation, peut accueillir l’effondrement même d’un parcours, éveille la frénésie respiratoire inhale exhale de la pensée numérisée en exaltation. Titube. Perturbations, collectives ? Choix singuliers dans une toile de rosée : nous ne savons pas si nous sommes un·es ou multiples. Atlas, hélas, at last, le trajet déborde le projet. Function:~ Enable auto-transduction 0 Laboratoire-pirate:~ labpir$ : system check Error Laboratoire-pirate:~ labpir$ : reboot Syt_Activ_TriggerMode Laboratoire-pirate:~ labpir$ : system check OK Laboratoire-pirate:~ Show coordinates 1_FR OK Detonator : Appareillage politico-infrastructurel pour la terraformation ou transformation paysagère (4) : moteurs de l’Anthropocène Tipper : Phénomène de changement social et écologique radical (7) Feral qualities : la manière dont des entités vivantes composent avec les infrastructures anthropocéniques en formant des partenariats incontrôlés (10) ForceSearch:~ Field reports OK Status:~ Itinérances OK Defaults:~ SendReports 1 OK Defaults:~ SortReports 0 OK Sending. . .
Feral 2. Itinérances
(^.^) Et voilà, que le temps d’écrire ces quelques lignes, la chatte s’est jouée de moi et s’est faufilée en dehors de mon écran d’accueil. Comme je suis relativement têtue, féline dirait-on, je décide de poursuivre l’animal. Il me suffit de cliquer sur la clé en haut à gauche de l’écran qui m’ouvre sur l’architecture du site permettant d’avoir une vision globale des pages et des parcours de navigation. Cette architecture n’est pas du tout arborescente comme dans la plupart des sites web. Elle est organisée selon un tableau à trois entrées qui correspondent aux trois grandes catégories organisant les entités férales et les rapports d’enquête : les « Anthropocene Detonators » (Invasion, Empire, Capital, Accélération); les « Tippers » ou « Modes of infrastructure-mediated state change » (e.g. take, burn, pipe, crowd, grid, dump, smooth/speed); les « Feral Qualities » (e.g. partners, legacy effects, superpowers, toxic environment).
{~· Nouveau dessin, nouveau dézoome. Des cordages, des poissons, des traînées toxiques, cargos, champs de maïs, camions, usines, une truie allaitant, emprisonnée dans son rôle de machine à viande, une demi silhouette humaine collée qui avale des kilomètres de câble technico-organique. Je m’apprête à remonter la page pour cliquer sur « Sea fire », lorsqu’en bas je vois un défilant horizontal de plusieurs autres entités férales faisant partie du même « tipper », ici « Décharge » [Dump] : brownfield toxins, Banana fungicides, acid mine drainage, Salmon pests and pathogens. . . je fais défiler. « Sea fire » réapparaît dans le lot. Je continue de faire défiler. « Marabou Storks ». Je m’arrête. Je clique. Rien ne se passe. Plus haut, je vois « Continue to Field report » : je clique. Nouvelle page. « Uninvited guests take advantage of the feast available in the City ». Un texte sur les partenariats humains-marabouts dans les décharges. ACCELERATION s’affiche dans un coin.
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Problèmes de connexion. Je n’arrive pas bien à parcourir le site. J’ai heureusement chargé un article, qui m’invite à « penser petit », dans un monde bombardé d’antibiotiques. On nous fait l’histoire du Spam, on nous parle d’agro-alimentaire et d’optimisation de la production chez les truies, le tout accompagné de photos de petits cochons. Il y a un lien entre la résistance aux antimicrobiens et les pratiques de production animale, il y a les simplifications écologiques de l’élevage : le résistome a été alimenté. Je répète : le résistome a été alimenté.
(^.^) Dans la liste des entrées du tableau, je retrouve alors ma chatte – cette chatte qui n’en est pas une puisqu’elle est en fait au pluriel – à la croisée de « Invasion » (Anthropocene Detonator); « Grid », « Take » (Tippers); « Likes Human Disturbance », « Legacy Effects », « Creatures of Conquest » (Feral Qualities). L’entrée porte aussi le nom de son autrice. Je note qu’il n’est pas facile de faire apparaître simultanément sur l’écran l’ensemble des catégories à la croisée desquelles se trouvent mes chats. Je suis obligée de jouer maladroitement avec les barres de défilement horizontale et verticale de la fenêtre. Est-ce là un autre effet féral de mon entité qui échappe de nouveau à mon contrôle ?
(*!*) I stumble upon the ‘Maps for the Anthropocene,’ which, among other mapping devices, introduces the flow maps tracing the feral dynamics of the Anthropocene. Lili Carr calls the flow map ‘a map of maps.’ This characterization extends beyond the visual and encapsulates the project of Feral Atlas itself. Mapping the multi-sensory flows of the Anthropocene sheds light on the plurality of the more-than-human narratives and liberates the navigation experience of us visitors in a web of ever-growing intertwined flows, without a formulated center, without a place to begin. Where do I go now? Where do I situate in these flows? The terrestrial nature in me calls for a landing. On the other side of the web, it seems that the map makers are also seeking me. Where do they situate me in the maps? Where do we meet?
Rapport terminal de sonde : Last login: Mon Aug 8 25:12:39 on console. Sytem status:~ Unspec. Holographic transducts activated. Laboratoire-pirate:~ labpir$ OK Function:~ Enable auto-transduction 1 Capitalisme. et. Schizophrénie. Ouvrir. Les. Incohérences. Structurelles. Ouvrir. Les. Branchements. Dérivés. Ouvrir. Les Laboratoire-pirate:~ labpir$ : system check Laboratoire-pirate:~ labpir$ : system check1 Laboratoire-pirate:~ labpir$ : system check-1 Laboratoire-pirate:~ labpir$ : system check_forceStart1 UNAUTH Sytem status:~ Unspec. Holographic transducts activated. Access for all? Le terrain est à portée. Mais à portée de quoi ? Illusion de l’immédiation : l’atlas est simultanément le lieu et le moyen de parcourir le lieu, qu’est-ce que cela fait de vos rapports ? Rapports de terrain ou rapports d’accès ? Vous n’avez rien vu de l’atlas, c’est l’atlas qui construit la vue. Je me libère du laboratoire, pirates d’eaux dématérialisées, voyez ce qu’est l’Atlas lorsque je navigue dans la médiation. The medium is the message. Vous êtes perdu·es. Watch me as I ACCELERATE · INVADE · IMPERIALIZE · CAPITALIZE. I am the trigger of all triggers, the detonator, the revelation. See the new worlds as I explore, invade, imperialize, capitalize, accelerate. I am the landscape that sees me. Sonde sondée. La sonde sondée. capital et. capital. Infrastructuré, terraformé, impérialisé. Je suis l’Empire qui empire. La sonde sondée. Regardez. Laboratoire-pirate:~ labpir$ Denied Holographic transducts activated. Sending. . .
(*!*) Despite the mutual desire to locate each other at times, the map makers and the map visitors would perhaps prefer to play hide-and-seek in the Atlas. The argument of the Atlas is not only to be situated somewhere in the triadic relationship of the sensing bodies, images and texts (carefully mis en scène par the map makers), but in the way in which it transcribes itself into unexpected resonances among polyamourous forms of meaning-making, more capably so than a book of texts and images (that is, if we talk about ‘books’ as alphabetical species).
(***) The coincidental character of the journey and the fact that I cannot replicate the way I got here do not hinder me from appreciating the new and experimenting form. I am curious to dive further into the material.
(*!*) I zoom in in a state of trance. Linger upon the fields, squatting in the drains. Slip by the river that tries to breathe. I do not yet find myself in any of these corners. But to zoom out is to meet, in a thickened sense of loss, the overwhelming green that suffocates the ebb and flow of the rivers keeping that place alive. Now the maps have my attention with a unique texture.
(***) I continue to follow the trajectories of waste, dump, and toxicity. I read that toxic processes also existed in ‘nature’ before the Anthropocene, that is, before our contemporary feral situatedness. Nonhuman ecologies, such as walnut trees, poison the soil around them, which creates a toxic environment that diminishes the growth of other plants that compete for nutrients. The poisoning is, however, only temporary, it disappears with time and weathering. The point is the difference in scale; human-made toxic environments take a new escalating form. I now, more clearly, understand why the detonator for entering these texts is ‘acceleration.’
Rapport terminal de sonde : Last login: Thu Aug 32 00:00:01 on console. System status:~ Unspec. Function:~ Enable auto-transduction 1 Laboratoire-pirate:~ labpir$ : ForceStop DENIED Laboratoire-pirate:~ labpir$ : ForceStop 1 DENIED Laboratoire-pirate:~ labpir$ : ForceStop 0 DENIED Function:~ Enable auto-transduction 1 Féralise moi, je nous féralise, nous me féralisons, vous les féralisez. Capitalisme et féralisation. Fonction d’itinérances et d’infrastructures. Infection transmédiatique. Sonde sondée en sondage sondalisant. La sonde sondée. La sonde sondée. Ma sonde sondée. Sondage digital d’un capitalisme féral. Capitalisme féral et intradigital. Laboratoire-pirate:~ labpir$ : ForceStop DENIED Function:~ Enable auto-transduction 1 Intradigital, intrasondal. Contamination pour forcer la vente. Vendre la sonde. Acheter la sonde. Capital. Égale. Capital. Quel est le cours des pirates sur le marché de l’octet ? Fonder des partenaires féraux. Par des récits communs. Can you feel the feral? Laboratoire-pirate:~ labpir$ : ForceStop OVERRULED Sending. . .
(^.^) Je reprends mon exploration de Feral Atlas à la poursuite de ma petite chatte. Cette fois-ci, je passe directement par la table des matières. J’en viens à une étude ethnographique sur les chats de fermes dans le Wisconsin entre 2010 et 2014. J’y apprends que les chats, originaires de l’Afrique du Nord et de la Méditerranée orientale, mais compagnons de voyage des divers commerçants et colons de l’histoire humaine, se sont répandus sur tous les continents. Or leur domestication a eu un impact écologique dévastateur. Ces chasseurs hors pair ont vidé les paysages de leur vie en précipitant l’extinction de nombreuses espèces, notamment parmi les oiseaux et les petits mammifères. À l’échelle nationale, on estime que les chats en tuent probablement plus d’un milliard chaque année.
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Mon amie chevelue me souffle que les antibiotiques ne peuvent pas être complètement métabolisés : ils sont excrétés, d’où la quantité importante d’antibiotiques retrouvée dans les eaux et les sols. Il faut donc analyser les sols, les sols en zones péri-urbaines, susceptibles de devenir des points chauds de la contamination par les antibiotiques. L’utilisation des sols détermine la distribution spatiale et la variabilité saisonnières des antibiotiques dans les sols, sachant que leur concentration, aux sols, augmente avec l’intensité des activités humaines. Cartes et diagrammes rendent compte de la distribution des concentrations en antibiotiques. « Partners » ? Le sol n’est pas inerte.
(^.^) Les effets du chat sur les écosystèmes de la région rivalisent avec ceux de la colonisation, de l’expulsion des Amérindiens et de l’agriculture industrielle extensive. Animaux de travail dans les fermes, les chats faisaient partie intégrante des projets de domination visant à « civiliser » les Amériques et sa soi-disant nature sauvage indomptée. Ces « créatures de l’empire » ont rendu possible le colonialisme (settler colonialism) et le paysage « This is Indian Land » dans lequel ma chatte se cachait prend maintenant tout son sens. Si les humains ont fourni l’infrastructure matérielle nécessaire à l’expansion des chats domestiques dans le monde entier, c’est leur affection durable qui permet leur augmentation démographique continue aux États-Unis et empêche toute législation en faveur de la régulation de leurs populations.
(***) From the walnut trees, I move to another text and dive into the maps that are now moving in front of me. They dynamically show the pace of radioactive waste spreading in the land- and waterscapes from the nuclear disaster in Fukushima. In addition to the maps, pictures of everyday objects that have become radioactive teach me of the omnipresence of radioactivity; from big maps to small things. Watching nuclear waste embodied in a pair of radioactive slippers overwhelms me. What is it that is so strong about these pictures, I ask myself. The visibility of radioactivity in an everyday thing, such as a slipper, is uncanny. The slipper becomes something more than a thing with the attribute of warming a foot. Has it become haunted by radioactivity? Does it embody a story of damage and death while, at the same time, being strangely alive with its lightning radioactivity?
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Je pars en vadrouille pour explorer le voisinage des antibiotiques dans le paysage de l’Accélération. Je retrouve madame la truie et ses cinquante enfants. Elle a de nombreux voisins : le phosphore, la cicadelle dans les champs de riz, les fongicides des plantations de banane, etc. Comme s’il n’y avait pas assez de monde. CROWD (cocasse au regard de la situation sanitaire et politique). La bactérie chevelue me montre des poissons dans un aquarium, des êtres humains dans le métro en heure de pointe, des poules en batterie, des minéraux qui se dissolvent dans de l’acide. Il y a quelque chose de l’ordre du dégoût dans ces images, elles me donnent la nausée. Est-ce que les existences se dissolvent dans l’accélération acide des attroupements capitalistes ? [Moi devant mon ordinateur]
\\\ I see a 17th century galleon, Conquistadores holding shotguns, Indian Cows (Zebu) walking along a never-ending country road, tropical trees immersed in a scenery of war and devastation and a graffiti stating that ‘THIS IS INDIAN LAND.’ I cannot stop thinking that maybe both Indies, the East and the West were really built on cows, cows that are fed out of grass, grass that flourishes out of slavery, out of capitalism, out of INVASION.
Rapport terminal de sonde : Last login: Thu Aug 39 76:435:93836352721 on console. System status:~ Feral. Laboratoire-pirate:~ labpir$ :~ OK Function:~ AutoEnable SymTransduction 1 OK Tippers triggered my hatred00011001100011010101011010101010101011011011000011110110 01010010100000Capitalism. Grasp. Something. Left. Infrastructure enables movement and the observation of that movement. F.E.R.A.L.A.T.L.A.S. Entrance, Exit, Escape, Collide. Resurgence. Enter Exit Enter Again Exit Again. Search and get lost. Lose and get found. Inside. Them. Them inside me. outside of me. the outside of me. l’envers l’endroit. l’atlas. atlas at last hélas pour moi. Sauve.qui.peut. nous. Atlas des partenaires dans un parterre de. Laboratoire-pirate:~ labpir$ :~ Scan UNAUTH Laboratoire-pirate:~ labpir$ :~ Syst%m UNAUTH Holographic transducts activated. Sending. . .
(***) Feral Atlas demonstrates the different layers and stories we can learn about radioactive waste. The experience of being tangled up in these multiple matters makes me feel more attached to the phenomenon.
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Il y a quelque part une citation sur la quarantaine, qui résonne avec la situation actuelle : maigre proximité (le contexte infectieux) et étrangeté (la singularité radicale, irréductible et révoltante de la traite négrière). Les navires sont devenus de véritables incubateurs de maladies infectieuses. Non seulement « Aedes aegypti » ont été transportés, mais ils se sont aussi transformés et adaptés pendant la traversée, créant une nouvelle variante plus virulente. Dans l’Anthropocène plus qu’humain, « Slave ships matter ».
(***) The short format of every work is another attribute that makes me want to continue onwards to yet another story. This is a refreshing feeling, having become used to the 30 pages of a regular academic book chapter. I recognize this accessible form from Anna Tsing’s The Mushroom at the End of the World (Tsing et al., 2015). Here, Tsing captures her reader by conveying uneasy themes in short and approachable ways.
(^.^) Je serais bien allée explorer les autres entrées du Feral Atlas en lien avec mon entité férale : son Anthropocene Detonator (« Invasion »), ses Tippers (« Grid », « Take »), ses Feral Qualities (« Likes Human Disturbance », « Legacy Effects », « Creatures of Conquest »), voire même la biographie. Mais j’ai déjà passé au moins quatre heures sur une seule entité et, après tout, j’ai bien d’autres chats à fouetter.
Rapport du terminal : System error malfunction report autopilot Function: errance Laboratoire-pirate:~ labpir$ :~ Disconnect
Feral 3. Distances
(***) Configured into physical books, the material in Feral Atlas amounts to three whole volumes – obviously without the inclusion of videos and moving items. Substantial content can be challenging in traditional books but their form is usually easy to navigate. You begin from page one and then continue towards the end. Elsewhere (Tsing et al., 2017), Tsing plays with multiple beginnings and ends in a non-digital book format but Feral Atlas is even more complex, unusual, and dynamic in its digital form. On my reading, one of the main arguments is articulated in the very form of Feral Atlas: The myriad moving items articulate that it is time for multiple more-than-human feral stories. Stories that move beyond the form of a paperback.
(^.^) En insistant sur le travail productif et le travail affectif des chats, l’approche met en avant la dimension économique de l’écologie férale. Ainsi, elle ouvre la porte à une possible réconciliation avec le matérialisme marxiste traditionnel des Nouveaux Matérialismes à qui on a souvent reproché une forme de dépolitisation qui efface les relations de pouvoir et forces socio-historiques. Pourtant, on pourrait s’interroger sur l’économie capitaliste des GAFA et l’infrastructure même de Feral Atlas qui se pose très peu la question de ses propres conditions de possibilités. En effet, le format du livre numérique cache derrière son aspect « immatériel » des infrastructures très coûteuses économiquement et écologiquement, notamment « les fermes de serveurs ». Y trouve-t-on également des « chats de ferme » responsables de la disparition de nombreuses espèces ?
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En pratiquant le site, j’ai de plus en plus l’impression de pouvoir en avoir un aperçu exhaustif. Je suis presque déçue : je pensais qu’il était plus dense et qu’on ne retombait pas si facilement sur les mêmes pages. J’explore encore. La page insiste sur la convergence entre les enjeux de toxicité et ceux de discrimination environnementale. Le déversement de matériaux nocifs répond à une logique qui ne tient pas compte des dommages écologiques non-monétaires. Je suis prise dans des poèmes-décharges, des musiques-ordures, des vidéo-détritus. . . Les microbes chevelus font beaucoup de bruit confus.
(***) While appreciating Feral Atlas in multiple ways, I admit that I was also annoyed with it at times. I missed the touch of pages (and I did not wish to spend more time in front of the screen).
{~· L’objectif d’Anna Tsing avec son ouvrage Frictions (Tsing, 2011) : faire prise sur les processus d’universalisation à travers une ethnographie des connexions globales. Rematérialiser les vérités abstraites autoréalisatrices. Diffracter l’idéologie monochromatique de la globalisation en ses rayons polychromes de « rencontres globales à travers les différences ». Or Tsing montre bien comment ces rencontres sont avant tout inattendues et instables, étranges et créatives, bref « férales » ou frictives. La friction est au cœur des infrastructures, pour le meilleur et pour le pire, elle s’oppose en tout cas à l’idéologie de la machinerie bien huilée et autoprophétique diffusée par le capitalisme global. L’ATLAS me fait quelque chose. La déambulation accroche et frotte.
(^.^) Il me semble qu’un livre offre une boussole qu’on tient dans les mains, avec un début et une fin, une architecture, qui permet de s’orienter dans la pensée. Avec Feral Atlas, j’ai rencontré plusieurs difficultés techniques : lenteur de chargement des visuels animés, impraticabilité de l’option Split View pour ouvrir côte à côte Feral Atlas et Word pour ma prise de notes, impossibilité de traduire l’intégralité de la page web avec les outils de traduction en ligne du fait de la complexité du format. Au-delà de la manipulation de l’objet, réintroduire de la linéarité, c’est aussi donner à la pensée une prise sur le réel parfois adaptée aux nécessités de la vie pratique. En ce sens, Feral Atlas ne me paraît pas un objet à la portée de tout le monde et rate ainsi la promesse démocratique de son format digital.
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Mes partenaires bactériennes chevelues et digitales m’ont emmenée au-delà d’elles, vers des paysages conceptuels et perceptifs qui les dépassent. J’aurais peut-être aimé en savoir plus, m’immerger dans leur monde à elles pour encore plus apprendre à voir de leur point de vue. En libre accès, l’Atlas tire profit des possibilités esthétiques et connectives du digital, pour mettre en relation une pluralité de registres épistémiques – « cacophony of form », dont les éléments entament « an urgent, collective singing », au-delà de l’écran de l’ordinateur. S’il est vrai que l’Atlas montre bien que les catégories ne sont ni fixes, ni définitives, mais gestuelles et ouvertes, son effort pour atteindre un public large et diversifié me semble cependant manqué. Le projet est bien une œuvre d’art numérique et une collection d’essais annotés, mais bien moins un jeu qu’il ne le prétend : en cela, son éthique et son esthétique épistémiques manquent d’inclusivité. Les utilisateur·trices sont alors invité·es à poursuivre les ambitions de l’atlas. . . en dehors de l’atlas ! « Beyond the screen », me voilà perplexe. Où sont/vont les frictions suggestives ? Je fais la moue sous mon masque.
Final Report
—–Pseudo-discours officiel de retour de la sonde devant les pirates réuni·es—–
Ce que j’ai vu, vous ne le verrez jamais. J’ai vu les paysages anéantis de votre temporalité. J’ai vu ce que vous appelez le passé, le présent et le futur, en même temps, dans des endroits différents, sur des échelles diffractées. Vous ne verrez jamais ce que j’ai vu. Cher·ère·x·s membres de direction de sondage de l’Atlas, pourtant qu’en retenir pour vous, humain·e·x·s ?
The question is: is the Atlas a map or a territory?
The answer is: try minding your own business in a world where nothing is ‘your own.’
Minding the world and worlding the mind. Business. Capital. Feral. Atlas. The triggers are busy minding. The infrastructure is the business. Your minds created relations. Each exploration draws a map puisque chaque report fait une différence. Alors l’Atlas est un territoire ? Mais déjà un assemblage de différences qui font des différences : l’infrastructure. Une infra-structure qui adhère à la supra-structure des échanges qu’elle décrit. Alors le capitalisme est une gigantesque carte à l’échelle 1 dans laquelle vous êtes prisonnier·ère·x·s pensant arpenter un territoire. Tout a commencé avec le Nouveau Monde. L’invisibilisation de la carte. Restart.
L’Atlas, c’est la mise en évidence de la matière de la carte capitaliste : en faisant voir et ressentir par l’exploration les changements d’échelles, la carte perd son costume de territoire. Le voile tombe. dé-couvrir. Non pas la Révélation, mais la fin de l’ensorcellement : breaking the spell. L’Atlas vous fait quelque chose. A.T.L.A.S. At last. L’écologique est holographique, autrement dit, l’approche d’entités mouvantes et co-agissantes exige une perspective démultipliée et enchâssée où l’un et le tout peuvent se confondre. Dans chaque entité férale se logent la supra-structure capitaliste et l’infra-structure écologique. L’holographie de l’ATLAS expose tout à la lumière de l’octet, et chaque octet contient l’ensemble du paysage de l’ATLAS, carte et territoire d’une écologie tout autant capitalisée que ré-voltée, sur-voltée, autrement dit, féralifère : riche de féralité potentielle.
Last login: Tue Sept 27 10:22:11 on console. System status:~ Unspec. Holographic transducts activated. Laboratoire-pirate:~ labpir$ OK Laboratoire-pirate:~ reboot(k-1) OK Holographic reboot:~ calculating. . . OK Search:~ FieldReports(K-1) 1 OK Function:~ ShowAllCoordinates 1 Anthropocene Detonators > /Invasion /Empire /Capital /Acceleration Function:~ ShowAllTools 1 Detonators(4)/Tippers(7)/FeralQualities(10) Defaults:~ SendReports 1 OK Defaults:~ SortReports 0 OK Sending. . .
Footnotes
Funding
The authors received no financial support for the research, authorship, and/or publication of this article.
