Abstract
Cette école thématique, organisée par Michel Bertrand, Claire Bidart, Michel Grossetti et Claire Lemercier, faisait suite à l’école « Réseaux sociaux - Enjeux, méthodes, perspectives », organisée quatre années auparavant à l’Institut d’études scientifiques de Cargèse 1 . Il s’agissait pour cette nouvelle école thématique de préciser les enjeux et les contraintes – méthodologiques, problématiques – qui accompagnent le fait de sortir l’analyse de réseaux sociaux du principal contexte disciplinaire qui l’a vue se développer, à savoir la sociologie. Outre l’apprentissage théorique et méthodologique, un objectif de cette école thématique depuis sa première édition est en effet la mise en perspective interdisciplinaire. L’analyse de réseaux se prête particulièrement bien à cet exercice. La mise en dialogue entre différentes disciplines autour de ce mode d’analyse, commencée lors de la première école thématique, a donc été approfondie tout particulièrement ici avec l’histoire. La dimension temporelle et dynamique est en effet un axe majeur des développements en cours dans l’analyse de réseaux. Cet axe rencontre des orientations de recherche développées en histoire sociale depuis une vingtaine d’années, notamment en France : à partir d'études visant à produire des statistiques agrégées ou de prosopographies conçues comme de simples dictionnaires biographiques, se sont développées des manières de construire les données historiques et d'en rendre compte en étant plus attentifs aux liens, d'abord familiaux, puis à leurs contenus plus variés. Elles ont fini par faire naître un usage historien des réseaux sociaux qui n'est plus uniquement métaphorique.
Le programme (voir plus bas) comportait donc un large éventail d’interventions d’historiens et d’archéologues aux côtés des autres disciplines des sciences sociales (sociologie, anthropologie, démographie, économie, gestion, science politique, géographie). Un accent particulier a été mis sur l’historicité des catégories relationnelles, sur les sources de l’étude des réseaux dans un contexte historique, sur les impacts du développement progressif des moyens de communication sur ces sources. D'une manière moins planifiée par les organisateurs mais à la grande satisfaction de tous, la dimension spatiale des réseaux et les questions pratiques et conceptuelles posées par son traitement sont également apparues au fil de plusieurs exposés et présentations de stagiaires, géographes mais aussi politistes, historiens, sociologues ou archéologues. Plus généralement, la diversité des disciplines représentées a permis de mettre l'accent sur l'importance de la construction des données empiriques de réseaux – au rebours de la facilité apparente des big data. Des questions classiques de la sociologie des réseaux ont ainsi été revisitées, qu'il s'agisse du suivi dans le temps des réseaux personnels ou de la manière de définir une population pertinente pour une étude de « réseaux complets ». Mais bien d'autres types de données et de manières de les recueillir ont aussi été discutées : chaînes relationnelles, grille « Fichoz » pour la saisie de données prosopographiques, traitement d'informations sur des relations entre lieux, ou encore sources textuelles les plus diverses, de la jurisprudence aux liens hypertexte entre blogs.
Une autre ambition affichée de ces écoles thématiques réside dans la structuration du champ des analyses de réseaux en France et le renforcement de ses liens avec l’étranger. À partir du temps fort que constitue l’école thématique, qui fait cohabiter et communiquer durant une semaine des chercheurs et des étudiants venant de divers horizons, des liens ont été consolidés et d’autres inaugurés, entre diverses instances qui depuis quelques années animent et développent en France les échanges autour des analyses de réseaux.
En premier lieu, et sans chercher l’exhaustivité, citons le Réseau Thématique 26 « Réseaux sociaux » (RT26) de l’Association Française de Sociologie, qui depuis quelques années propose des sessions aux congrès ainsi que de nombreuses manifestations inter-congrès. Pour la prochaine édition de ce congrès, qui se tiendra à Nantes du 2 au 5 septembre 2013, un appel à communications est proposé sur la thématique « Relations de domination - Contrôle, conflit, pouvoir et concurrence » (http://www.afs-socio.fr/? q=node/202). Citons également le ReSTo (Réseaux Sociaux à Toulouse), qui déploie une intense activité de séminaires et d’invitations au sein du LISST à Toulouse (http://fr.groups.yahoo.com/group/ReSTo_ARS/?v=1&t=directory&ch=web&pub=groups&sec=dir&slk=22). C’est d’ailleurs autour de cette structure toulousaine que s’est organisé le Labex « Structuration des Mondes Sociaux » (SMS). Ce dernier regroupe une dizaine de laboratoires de sciences sociales concrétisant l’existence d’un pôle toulousain qui accorde à l’étude des réseaux sociaux une place de choix. L’ORIO (Observatoire des Réseaux Intra- et Inter-Organisationnels, http://orio.dauphine.fr/) invite aussi un grand nombre de personnalités étrangères dans son séminaire. L’Atelier EHESS-INED « Analyse des données relationnelles et des réseaux sociaux », mis en place depuis quelques années par Pascal Cristofoli, propose des séminaires et discussions sur les méthodes. Plus modestement, le LEST à Aix en Provence démarre un « Atelier réseaux ».
Les deux écoles thématiques ont permis de relier ces instances avec des initiatives issues d’autres disciplines. Le groupe « Flux, matrices, réseaux » (http://groupefmr.hypotheses.org/), à l’origine surtout constitué autour de la géographie, s’intègre maintenant aussi dans ce réseau des analystes des réseaux. Enfin, le lien avec l’archéologie et l'histoire ancienne s’est tissé en particulier autour du groupe « The Connected Past » (http://connectedpast.soton.ac.uk/), tandis que les historiens des universités françaises présents à Porquerolles ont commencé à y discuter de la pérennisation d'un collectif propre à leur discipline.
On le voit, le réseau des spécialistes des réseaux s’amplifie et se densifie.
Le site Web créé par Olivier Godechot à l’issue de la première école thématique (http://www.cmh.ens.fr/pro/reseaux-sociaux/hoprubrique.php? id_rub=0) permet de retrouver, de renouveler et d’actualiser ces liens, mais aussi d’archiver des textes et des communications, d’échanger et de valoriser les travaux, etc.
À l’issue de l’édition précédente de cette école thématique sur les réseaux, les stagiaires avaient mis l’accent sur leur besoin important d'apprentissage pratique des logiciels. Nous avons donc renforcé ce point avec l’organisation de nombreux ateliers sur les logiciels d’analyse et de visualisation des réseaux.
Afin de tenir les objectifs de renforcement des apprentissages méthodologiques et de focalisation sur les aspects historiques, tout en maintenant la diversité des disciplines impliquées, les organisateurs ont construit un programme dense et mobilisé un peu plus d’intervenants que lors de l’école précédente.
L’école a connu un grand succès et les organisateurs ont été contraints de refuser un certain nombre de candidatures de stagiaires, le maximum fixé ayant été atteint, et même un peu dépassé. L’école thématique a finalement réuni 29 intervenants (dont quatre étaient aussi organisateurs), une organisatrice, et 75 stagiaires. Sept intervenants ou organisateurs étaient membres du CNRS, ainsi que 12 stagiaires. Une évaluation qualitative a été effectuée le vendredi après-midi, doublée d’un questionnaire. Les participants ont dit avoir beaucoup apprécié l’école. Les quelques critiques ont porté sur l’absence d’une bibliographie préalable et sur quelques problèmes matériels. Parmi les suggestions pour une école future, les plus nombreuses ont porté sur l’apprentissage des logiciels, qui mériterait plus de temps selon certains participants, avec une distinction selon le niveau. Le développement des ateliers de logiciels mérite donc d’être encore amplifié. Ont également été mentionnés par plusieurs participants un accroissement du temps consacré aux ateliers de stagiaires, et enfin un approfondissement des aspects épistémologiques et méthodologiques. Les ateliers de stagiaires, qui sont donc encore eux aussi à développer, ont constitué des moments particulièrement satisfaisants d'échanges informels autour d'interventions courtes qui mettaient l'accent sur les difficultés pratiques rencontrées lors des recherches. Ils ont permis de mesurer la diversité des disciplines et des approches représentées, en même temps que la convergence de bien des interrogations autour de thèmes comme les réseaux politiques, scientifiques, économiques ou encore les réseaux comme ressources pour les individus.
Ecole thématique
Etudier les réseaux sociaux
10-14 septembre 2012
Lieu: Porquerolles
Programme
Lundi 10 septembre
Matin
9h: « L’analyse de réseaux sociaux pour les nuls » (facultatif, sur inscription)
Pour les stagiaires qui souhaiteraient une rapide introduction de type cours de licence
Pierre Mercklé (ENS Lyon)
11h: Pause
11h30 - 12h: Accueil - introduction
Après-midi
Conférences introductives
14h: Réseaux et socialisation - Claire Bidart (LEST) et Alain Degenne
15h: Réseaux et organisation - Emmanuel Lazega (IRISSO) et Fabien Eloire (CMH)
16h: Pause
16h30 - 18h30: Réseaux sociaux et Histoire - Michel Bertrand (FRAMESPA) et Claire Lemercier (CSO)
19h: Pot de convivialité
Mardi 11 septembre
Matin:
9h: Session 1 - Méthodes bibliométriques et réseaux sociaux - Yves Gingras (CIRST, UQAM) et Béatrice Milard (LISST)
10h30: Pause
11h: Session 3 - Réseaux et Histoire des sciences
« L'utilisation de données systématiques en histoire des sciences » - René Sigrist (Université de Gand)
« Thèmes, structures et évolution 2006-2011 à travers les médias internationaux » - Karl Van Meter (CMH)
12h-12h45: Débat général
Après-midi:
Pascal Cristofoli (EHESS)
14h-15h: Panorama des logiciels d’analyse de réseaux
15h-16h: Visualisation des réseaux
16h-18h: Pause
18h-19h30: Ateliers pratiques sur les logiciels (en parallèle), animés par des intervenants et des stagiaires:
- Pajek - Alain Degenne et Pierre Mercklé
- Modèles ERGM, PNet, Statnet - Julien Brailly, Fabien Eloire et Claire Lemercier
- NodeXL, Visone, Puck - Pascal Cristofoli
- Calliope - K. Van Meter
Mercredi 12 septembre
Matin:
9h00: Session 1 - Historicité des catégories relationnelles - Christian Windler (Université de Berne) / Florent Hautefeuille (TRACES) / Tom Brughmans (Université de Southampton)
11h: Pause
11h15 - 12h30: Session 2 - Historicité des catégories relationnelles - Zacarias Moutoukias (Université de Paris VII)
Après-midi:
14h00: Atelier - Les narrations contrôlées et les chaînes relationnelles - Michel Grossetti (LISST) / Nathalie Chauvac (LISST) / Grégori Akermann (LISST) / Laurence Cloutier (LISST)
16h-18h: pause
18h00 - 19h30: Atelier - Présentation de travaux de stagiaires - Innovations, questions, problèmes
Jeudi 13 septembre
Matin:
9h00: Session 1 – Table ronde
Réseaux sociaux et incertitude - Michel Ferrary (Université de Genève)
Les relations aident-elles vraiment à trouver un emploi à l'université? Une expérience aléatoire avec des intellectuels français - Olivier Godechot (CMH)
Réseaux commerciaux atlantiques, fraude et contrebande (18e siècle) - Silvia Marzagalli (Université de Nice)
10h45: Pause
11h15 - 12h45: Session 2 - Biographies et analyses de réseaux
Réseaux et parcours - Alvaro Chaparro (LARHRA)
Réseaux familiaux et biographies individuelles - Eric Widmer (Université de Genève)
Après-midi:
14h30-16h: Ateliers parallèles
Analyses dynamiques (SIENA) - Ainhoa de Federico (LISST)
UCINET et Netdraw - Vivien Faraut et Claire Lemercier
Modèles ERGM (suite) - Julien Brailly et Fabien Eloire
Gephi - Alain Barrat
16h-18h: Pause
18h -19h: Atelier - Présentation de travaux de stagiaires - Innovations, questions, problèmes
Vendredi 14 septembre
Matin:
9h: Session 1 - Grands réseaux, réseaux sur Internet - Camille Roth (CAMS) / Dominique Cardon (CIUEM)
10h: Pause
10h30 -12h45: Session 2 - Réseaux, pragmatique et cognition située - Johann Chaulet (LISST)
Pouvons-nous concevoir que des relations pensent? - Alexis Ferrand
Chaînes de communication - Marie-Pierre Bès (LISST)
Après-midi:
14h: Présentation de travaux de stagiaires - Innovations, questions, problèmes
16h: Bilan de l'école thématique et réflexion prospective.
17h30: Fin
Footnotes
Declaration of Conflicting Interests
The author(s) declared no potential conflicts of interest with respect to the research, authorship, and/or publication of this article.
Funding
The author(s) received no financial support for the research, authorship, and/or publication of this article.
