Abstract
L’objectif de cet article est d’expliquer et d’illustrer la démarche méthodologique qu’il convient de suivre pour tester les effets dits de médiation modérée (effets indirects conditionnels) en marketing. Un effet de médiation modérée désigne la présence, dans un même modèle, d’une ou plusieurs variables médiatrices et d’une ou plusieurs variables modératrices. Après avoir décrit les principales approches méthodologiques permettant de tester les effets de médiation modérée en mettant l’accent sur leurs avantages et inconvénients respectifs, nous préconisons la méthode de Hayes (2013a, 2013b), que nous illustrons à travers plusieurs applications en marketing. Cette méthode permet de tester simultanément et de manière rigoureuse les effets médiateurs et les effets modérateurs. Des recommandations sont également formulées pour éclairer les chercheurs en marketing engagés dans des analyses de médiation modérée.
Introduction
Les effets médiateurs et les effets modérateurs sont fréquemment testés par les chercheurs en marketing (Caceres et Vanhamme, 2003 ; Zhao et al., 2011). Un effet médiateur, également appelé effet indirect, est défini par la présence d’une ou plusieurs variables qui interviennent pour transmettre l’influence d’une variable X sur une variable Y (Baron et Kenny, 1986 ; MacKinnon, 2008 ; MacKinnon et al., 2012 ; Shrout et Bolger, 2002 ; Zhao et al., 2010, 2011). Un effet modérateur est défini par la présence d’une ou plusieurs variables qui modulent l’influence d’une variable X sur une variable Y, en impactant la nature, le sens et/ou la force de cette influence qui varierait selon les valeurs de la variable modératrice (Aguinis et Gottfredson, 2010 ; Baron et Kenny, 1986 ; Caceres et Vanhamme, 2003 ; Dawson, 2014 ; Jaccard et Turrisi, 2003 ; Sharma et al., 1981). Edwards (2008) utilise le qualificatif d’effet conditionnel pour désigner un effet modérateur. Les procédures permettant de tester séparément et rigoureusement les effets médiateurs et les effets modérateurs sont de plus en plus stabilisées et généralisées (Aguinis et Gottfredson, 2010 ; Aiken et West, 1991 ; Preacher et Hayes, 2004, 2008 ; Zhao et al., 2011). Or, les avancées considérables de la recherche en marketing incitent les chercheurs à aller au-delà de l’analyse séparée des effets médiateurs et/ou modérateurs et à chercher davantage à comprendre simultanément les mécanismes par lesquels ces effets opèrent (le “comment”) et les limites conditionnelles de ces effets (le “quand” ou “sous quelles conditions”) (Edwards et Lambert, 2007 ; Hayes, 2013a, 2013b).
Les chercheurs en marketing font face aujourd’hui à un accroissement des modèles qui intègrent à la fois des variables médiatrices et des variables modératrices, donnant lieu à des effets dits de médiation modérée, de modération médiatisée (Edwards et Lambert, 2007), ou des effets indirects conditionnels (Preacher et al., 2007). De manière conventionnelle, le terme médiation modérée est utilisé comme terme générique pour désigner ces multiples effets (Edwards et Lambert, 2007 ; Fairchild et McQuillin, 2010 ; Muller et al., 2005 ; Preacher et al., 2007). Par ailleurs, la démarche méthodologique présentée dans cet article s’applique à l’ensemble de ces effets. Nous utiliserons donc le terme de médiation modérée pour désigner tous les cas pour lesquels l’effet modérateur est transmis via une ou plusieurs variables médiatrices. Autrement dit, il y a médiation modérée lorsque la magnitude, la grandeur ou le signe de l’effet indirect d’une variable X sur une variable Y, via une variable médiatrice M, varie en fonction de la valeur d’une variable modératrice Z (Preacher et al., 2007). Par exemple, Sellier et Dahl (2011) ont démontré que l’impact de l’étendue du choix des inputs sur la créativité du consommateur est médiatisé par le plaisir lié au processus créatif et que cet impact indirect varie en fonction du niveau d’expertise du consommateur. En étudiant les relations de partenariat entre acheteurs et vendeurs, Celuch et al. (2011) ont trouvé que l’effet indirect de la communication du partenaire sur la résolution de conflits, via l’attribution de la responsabilité, est conditionné par le niveau de confiance entre l’acheteur et le vendeur. Une recherche bibliographique couvrant la période de début janvier 2007 à fin décembre 2014 dans les revues de rang 1 et 2 en marketing 1 montre un intérêt croissant de la part des chercheurs pour l’analyse des effets de médiation modérée (cf. Annexe A1). Toutefois, le nombre d’articles utilisant des démarches rigoureuses d’analyse reste limité (nous avons recensé 118 articles sur plusieurs centaines déclarant traiter d’une médiation modérée), ce qui peut générer un risque d’usage de méthodes non adéquates menant à des résultats et des conclusions erronés. Sur les 118 articles recensés, la majorité (61 articles, soit 51,7% des cas) a été basée sur la démarche recommandée par Preacher et al. (2007). En dépit de sa récence, la mise à jour de cette démarche par Hayes (2013a, 2013b) est déjà utilisée dans 49 articles (soit 41,5% des cas). Seulement 8 articles (soit 6,8% des cas) font référence à la démarche proposée par Edwards et Lambert (2007) (cf. Annexe A1). Il est à noter que la méthode de Hayes (2013a, 2013b) prend, depuis sa sortie, une importance notable dans la littérature en marketing. En 2013, 14 articles utilisaient cette méthode (contre 20 utilisant la méthode de Preacher et al., 2007). Ce chiffre monte à 33 en 2014 (contre 23 utilisant encore la méthode de Preacher et al., 2007). Ainsi, si l’utilisation de la méthode de Preacher et al. (2007) reste encore dominante sur le nombre global de travaux proposés entre 2007 et 2014, celle de Hayes (2013a, 2013b) est la plus utilisée au cours de l’année 2014. L’évolution qu’elle connait laisse penser que cette méthode, que nous recommandons, est en train de devenir dominante dans la recherche en marketing.
Récemment, nombre d’auteurs ont mis l’accent sur l’insuffisance et l’inadéquation des procédures classiques pour tester simultanément et rigoureusement les effets de médiation modérée (Edwards et Lambert, 2007 ; Hayes, 2013a, 2013b ; Preacher et al., 2007). Ces procédures consistent souvent à tester dans un premier temps les effets médiateurs et dans un second temps les effets modérateurs, avant de conclure sur l’existence d’effets de médiation modérée. Dans d’autres cas, c’est l’analyse multi-groupes qui est utilisée : l’échantillon est d’abord scindé en sous-groupes selon différentes valeurs de la variable modératrice et, ensuite, la significativité de l’effet médiateur est testée dans chaque sous-groupe (Wegener et Fabrigar, 2000). La majorité de ces méthodes ne permet pas d’avoir un test formel des effets indirects conditionnels et donc de formuler des inférences statistiques claires à ce niveau (cf. Tableau 1). Il est aussi possible de recourir aux méthodes d’équations structurelles pour tester simultanément un modèle global de médiation modérée (Dabholkar et Bagozzi, 2002 ; Hayes et Preacher, 2013). Toutefois, l’utilisation des méthodes d’équations structurelles pour le test de ce type de modèle reste complexe, et risque parfois de violer les conditions de normalité de distribution de probabilité et de linéarité des effets testés 2 , surtout lorsque la taille de l’échantillon n’est pas suffisante (Cortina et al., 2001 ; Edwards, 2008). Différents auteurs mettent l’accent sur l’importance de : (1) recourir à des méthodes robustes telles que le bootstrap qui permettent de tester rigoureusement des effets non linéaires et dans le cas de distribution non normale, en calculant des intervalles de confiance ; (2) tester la significativité des effets indirects à différentes valeurs de la variable modératrice ; (3) rendre intuitives et faciles d’usage les méthodes de test des effets de médiation modérée en développant des Macros prêtes à l’usage par les chercheurs (Hayes, 2013a ; Preacher et al., 2007).
Récapitulatif des principales méthodes permettant d’estimer des relations impliquant à la fois des liens de médiation et de moderation.
L’objectif de cet article est de présenter, d’expliquer et d’illustrer la démarche méthodologique à suivre pour tester les effets de médiation modérée. Après avoir clarifié les notions de médiation modérée, de modération médiatisée et d’effets indirects conditionnels, nous présenterons les principales méthodes permettant d’étudier ces effets et préciserons les apports et les limites de chacune de ces procédures d’analyse. Nous proposerons ensuite une illustration de cette démarche en marketing à travers plusieurs mises en application de la méthode que nous préconisons, à savoir celle de Hayes (2013a, 2013b), avant de conclure par une série de recommandations pour les chercheurs en marketing souhaitant tester des effets de médiation modérée.
Définition et principes fondamentaux de la médiation modérée
La compréhension des effets de médiation modérée repose au préalable sur une maîtrise des notions de médiation et de modération. En dépit de la maturité des démarches d’analyse des effets de médiation et de modération, il existe encore des confusions entre ces effets, représentant des processus distincts et impliquant des modes d’analyse différents (Hayes, 2013a, 2013b).
Les effets de médiation : effets directs et effets indirects
Un effet de médiation se réfère au mécanisme à travers lequel une variable indépendante X influence une variable dépendante Y, via une variable intermédiaire M se situant entre X et Y (MacKinnon, 2008). L’effet de médiation se décompose souvent en effet direct et effet indirect. De manière simplifiée, deux équations de régression permettent de tester ces effets. La première lie la variable indépendante X et la variable médiatrice M :
Et la seconde équation représente l’estimation de Y à la fois par X et M, permettant de tester l’impact de M sur Y, en contrôlant X :
L’effet indirect est représenté par le produit (a ×b) dans les équations (1) et (2). L’effet total de X sur Y est la somme des effets direct et indirect (a x b + c’) ; c’ représentant l’effet direct, en présence de M.
Plusieurs méthodes sont utilisées pour tester les effets médiateurs : (1) la méthode de séquences causales de Baron et Kenny (1986), (2) la méthode du test de Sobel (Sobel, 1982) et la méthode de significativité de l’effet indirect (MacKinnon et al., 2007) et (3) la méthode de bootstrapping (Preacher et Hayes, 2004, 2008). La présentation de ces méthodes n’est pas l’objectif de cet article ; les forces et les faiblesses de chaque méthode sont synthétisées dans le Tableau 1. Nous renvoyons le lecteur à certains excellents travaux qui ont fait un état critique des méthodes utilisées pour tester les effets de médiation (Hayes, 2013a ; MacKinnon, 2008 ; MacKinnon et al., 2012 ; Zhao et al., 2010, 2011).
Nous reprenons de manière synthétique les avancées apportées par ces récents travaux :
Zhao et al. (2010, 2011) proposent une nouvelle typologie des effets médiateurs en distinguant surtout le cas de la médiation complémentaire (l’effet indirect (a×b) et l’effet direct (c’) sont significatifs et ont le même signe) et de la médiation concurrente (l’effet indirect (a×b) et l’effet direct (c’) sont significatifs, mais ont des sens opposés). Cette typologie permet de dépasser la simple distinction classique entre médiation complète et médiation partielle, de plus en plus critiquée étant donné son caractère trivial, voire irréaliste (Hayes, 2013a).
Il y a un accord unanime pour rejeter le recours à la méthode de séquences causales de Baron et Kenny (1986). Plusieurs auteurs ont démontré les limites importantes de cette méthode, pouvant mener à des résultats erronés (cf. Zhao et al., 2010, 2011 ; voir aussi Tableau 1). Il y a aussi un consensus pour encourager l’utilisation du bootstrap pour tester les effets de médiation (Hayes, 2013a ; Preacher et Hayes, 2004, 2008 ; Shrout et Bolger, 2002). La seule et unique condition de l’existence d’un effet indirect significatif repose sur un test de bootstrap avec un intervalle de confiance qui exclut le zéro.
Les méthodes d’équations structurelles peuvent être combinées avec le bootstrap pour tester les effets médiateurs (Iacobucci et al., 2007 ; Zhao et al., 2010, 2011). Le recours à ces méthodes est recommandé lorsque la variable médiatrice est catégorielle/dichotomique – le logiciel Mplus est bien adapté à ce cas (Muthén et Muthén, 2011).
Les effets de modération : effets d’interaction et effets conditionnels
Un effet de modération désigne l’interaction entre deux ou plusieurs variables pour influencer une autre variable. Il y a un effet de modération lorsque l’effet de la variable indépendante X sur la variable dépendante Y varie en fonction de la valeur d’une troisième variable Z (Aiken et West, 1991 ; Edwards et Lambert, 2007 ; Jaccard et Turrisi, 2003). La variable Z peut être une variable continue (ou ordinale de type Likert à intervalles équidistants) telle que l’implication, ou encore une variable catégorielle telle que le genre (Aguinis, 2004 ; Aguinis et Gottfredson, 2010). Preacher et ses collègues (2007) recommandent l’utilisation du terme effet conditionnel pour désigner un effet modérateur étant donné que la variable modératrice joue le rôle d’un facteur de contingence 3 qui influence la force, la direction et/ou la significativité de la relation entre deux variables. L’analyse des effets modérateurs est importante dans le sens où elle permet de comprendre les conditions de généralisation sous lesquelles la relation entre la variable indépendante et la variable dépendante est vérifiée (Fairchild et McQuillin, 2010). La prise en compte des effets modérateurs est aussi le reflet du degré de maturité et de sophistication d’un domaine de recherche (Aguinis et al., 2001).
Plusieurs méthodes telles que l’analyse de la variance (ANOVA) ou l’analyse multi-groupes peuvent être utilisées pour tester les effets modérateurs. La régression hiérarchique modérée est aussi fréquemment utilisée pour tester ces effets. Elle consiste à tester la significativité du coefficient de régression du produit de la variable indépendante X avec la variable Z, après avoir introduit dans l’équation de régression les effets directs de X et Z. Le produit XZ représente le terme interactif.
Il y a un effet modérateur de Z sur la relation entre X et Y si le coefficient β3 est significatif (p < 0,05). Notons que la variable modératrice Z n’est pas nécessairement directement liée à la variable dépendante Y ; autrement dit, même si il est essentiel d’un point de vue statistique d’intégrer dans les analyses le lien direct entre la variable modératrice et la variable dépendante (Dawson, 2014), la significativité de ce lien direct (β2) n’est pas une condition nécessaire pour l’existence d’un effet modérateur (Carte et Russell, 2003). En ajoutant le terme d’interaction XZ, il importe aussi d’avoir une variation significative de la variance expliquée R2. La valeur du ΔR2 (test F) indique dans quelle mesure l’effet modérateur améliore le pouvoir explicatif du modèle au-delà des effets linéaires directs (Aguinis, 2004 ; Aiken et West, 1991 ; Fairchild et McQuillin, 2010).
En dépit du récent débat sur la nécessité et l’intérêt de centrer les variables X et Z avant de calculer XZ et de réaliser la régression hiérarchique modérée pour réduire la multi-colinéarité (Dalal et Zickar, 2012 ; Echambadi et Hess, 2007 ; Hayes, 2013a), il est encore recommandé de centrer 4 les variables pour faciliter l’interprétation des résultats (Dawson, 2014). Nous précisons que la variable dépendante Y ne doit pas être centrée (Dawson, 2014). Enfin, pour faciliter l’interprétation du sens et la grandeur des effets d’interaction, il faut toujours réaliser une représentation graphique (plot) 5 de ces effets selon la démarche recommandée par Aiken et West (1991). Cette représentation permet aussi de comparer la significativité de la relation entre X et Y selon des valeurs focales signifiantes de Z ou lorsque la valeur de Z est faible (égale par convention à la moyenne de Z moins son écart-type) et lorsque la valeur de Z est forte (égale par convention à la moyenne de Z plus son écart-type). Même si cette approche, dite spotlight (qui est basée sur une interprétation des effets selon les valeurs focales de la variable modératrice) reste dominante, certains travaux récents recommandent une approche dite floodlight, qui consiste en une interprétation des effets pour toutes les valeurs de la variable modératrice, et ce, afin de limiter un choix potentiellement arbitraire des valeurs focales (Cadario et Parguel, 2014 ; Spiller et al., 2013). Cette approche repose sur une identification des régions de significativité (toutes les valeurs de la variable modératrice Z pour lesquelles la relation entre X et Y est significative) selon la procédure de Johnson-Neyman qui est implantée dans les Macros telles que PROCESS (Hayes, 2013a, 2013b) 6 .
Les effets de médiation modérée : effets indirects conditionnels
L’évolution de la recherche en marketing a fait que, de plus en plus, les chercheurs sont confrontés à des modèles complexes qui combinent à la fois des effets de médiation et des effets de modération. Néanmoins, certains auteurs traitent et analysent ces effets séparément, tandis que d’autres les appréhendent de manière simultanée (cf. Tableau 1). Dans ces modèles, qualifiés de modèles de processus conditionnels (Hayes et Preacher, 2013), les effets indirects et/ou directs d’une variable indépendante X sur une variable dépendante Y, via une ou plusieurs variables médiatrices M, sont modérés par une ou plusieurs variables modératrices Z. Un exemple simple est présenté dans la Figure 1 qui montre qu’aussi bien l’effet direct de X sur Y que l’effet indirect, via M, sont modérés par Z. In fine, l’influence de la variable indépendante sur la variable dépendante est conditionnée par l’interaction entre la variable médiatrice et la variable modératrice.

Un exemple de modèle de médiation modérée.
Les modèles de médiation modérée peuvent être très variés (Hayes, 2013a, 2013b). Ceci explique la multiplicité des termes utilisés pour les désigner. Selon Edwards et Lambert (2007), la modération médiatisée désigne le cas dans lequel l’effet modérateur est localisé sur la première séquence du processus de médiation (autrement dit avant la variable médiatrice, au niveau de (a) dans la Figure 1). Ces auteurs considèrent ainsi la modération médiatisée comme un cas spécifique de médiation modérée. Néanmoins, il est important de noter que ce concept fait débat. Pour d’autres auteurs comme Muller et al. (2005), la modération médiatisée désigne plutôt le cas où c’est le lien direct entre X et Y qui est modéré. Enfin, Hayes (2013a), quant à lui, remet en question la pertinence même de la notion de modération médiatisée et déconseille l’utilisation de ce terme. Hayes et Preacher (2013) distinguent les effets conditionnels indirects lorsque la variable modératrice influence l’impact indirect de la variable indépendante sur la variable dépendante, via la variable médiatrice (au niveau de (a) et/ou (b) dans la Figure 1), des effets conditionnels directs lorsque l’impact de la variable modératrice est localisé sur le lien direct entre la variable indépendante et la variable dépendante (au niveau de (c’) dans la Figure 1).
L’analyse simultanée de ces différents effets est nécessaire pour aboutir à des résultats fiables et robustes (Edwards et Lambert, 2007 ; Hayes, 2013a, 2013b ; Preacher et al., 2007). Elle offre plusieurs avantages : (1) elle permet de dépasser les limites des démarches classiques et séquentielles qui testent séparément les effets de médiation et les effets de modération, (2) elle aboutit à des résultats plus rigoureux et plus précis grâce à l’utilisation de la procédure par bootstrap (voir encadré 1), (3) elle peut être utilisée aussi bien en régression multiple conventionnelle qu’en méthodes d’équations structurelle (Hayes et Preacher, 2013Les avantage), et (4) elle est de plus en plus simple et accessible grâce à des Macros prêtes à utiliser 7 .
Les avantages de l’usage du bootstrap pour le test de la médiation modérée
Les diverses démarches d’analyse des effets de médiation modérée partagent en commun le recours au bootstrap.
Le bootstrap est une procédure de simulation d’échantillons, avec une répétition de rééchantillonnage (réplication avec remise) à partir de l’échantillon original (Efron et Tibshirani, 1993).
Le bootstrap est une procédure robuste, aussi adaptée aux distributions non normales et aux échantillons de petite taille. Cette procédure est particulièrement utile dans le cas des analyses de médiation modérée étant donné que les effets indirects et les effets d’interaction ont très souvent des distributions non normales (Edwards et Lambert, 2007). Le bootstrap permet donc d’avoir une estimation plus précise des effets indirects conditionnels grâce à un test statistique fiable et à la génération d’un intervalle de confiance de la limite inférieure et de la limite supérieure de l’effet de médiation modérée (intervalle qui doit exclure la valeur zéro pour être significatif).
La procédure de bootstrap est implantée dans divers logiciels tels que SPSS, SAS ou de type équations structurelles (Mplus, Lisrel, Stata ou Amos). Elle est directement intégrée dans la Macro utilisée dans cet article (Hayes, 2013a).
Enfin, il est généralement recommandé de réaliser au moins 1 000, voire 5 000 ou 10 000 rééchantillonnages pour le bootstrap et de choisir la procédure de bootstrap en percentiles ou en percentiles corrigés du biais et accélérés (Hayes et Scharkow, 2013 ; Preacher et al., 2007).
Les principales procédures de test des effets de médiation modérée simultanée avec Bootstrap
Une revue de la littérature sur les effets de médiation modérée (cf. Annexe A1) permet de constater la référence à trois démarches d’analyse de plus en plus utilisées : celle d’Edwards et Lambert (2007), celle de Preacher et al. (2007) et plus récemment, celle de Hayes (2013a, 2013b). Nous les présenterons dans les paragraphes suivants, en prenant soin de regrouper les deux dernières (l’une étant une version améliorée de la précédente). Le Tableau 2 ci-dessous détaille les principaux avantages et inconvénients de chacune des méthodes.
Récapitulatif des méthodes d’analyse de médiation modérée simultanée à l’aide du bootstrap.
La démarche d’Edwards et Lambert (2007)
La démarche développée par Edwards et Lambert (2007) repose sur le principe selon lequel, dans un modèle de médiation modérée, l’effet modérateur peut opérer soit sur l’effet indirect, soit sur l’effet direct, ou encore sur l’effet total. La médiation modérée est donc exprimée en termes direct, indirect et total. Comme illustré dans la Figure 2, dans cette démarche l’effet modérateur de la variable Z est testé à chaque fois à de multiples niveaux : (1) au niveau de la première séquence entre la variable indépendante X et la variable médiatrice M (1st stage), (2) au niveau de la seconde séquence entre la variable médiatrice M et la variable dépendante Y (2nd stage), et (3) au niveau du lien direct entre la variable indépendante X et la variable dépendante Y. Selon Edwards et Lambert (2007), dans un modèle de médiation modérée, n’importe quelle séquence de l’effet direct entre X et Y ou de l’effet indirect, via M, peut être modérée par Z. C’est la relation médiatrice dans sa globalité qui est ainsi considérée comme modérée (Muller et al., 2005). Il s’agit là d’une vision analytique et non théorique de la médiation modérée. Les arguments théoriques sont au contraire à présenter de manière préalable, spécifique et précise, permettant ainsi de démontrer à quel niveau l’effet modérateur intervient dans le processus global.

Le modèle général de la médiation modérée selon Edwards et Lambert (2007).
Edwards et Lambert (2007) ont développé une Macro MODMED 8 qui permet de tester les effets de médiation modérée. Cette Macro peut être utilisée avec des variables modératrices continues ou catégorielles. Compte tenu du nombre limité des travaux en marketing ayant utilisé la démarche d’Edwards et Lambert (cf. Annexe A1), nous ne développerons pas davantage cette démarche dans cet article et nous renvoyons le lecteur aussi bien à l’article d’Edwards et Lambert (2007) qu’à une explication et une application de cette démarche sur le site dédié à notre article 9 .
La démarche de Preacher et al. (2007) et Hayes (2013a, 2013b)
La démarche de Preacher et al. (2007) pour tester les effets indirects conditionnels a été récemment renouvelée par Hayes (2013a, 2013b) dans une nouvelle Macro appelée PROCESS 10 , à télécharger gratuitement sur le site d’Andrew Hayes. La nouvelle Macro est sous la forme d’une syntaxe ou d’une boîte de dialogue fonctionnant sous SPSS ou SAS. Elle peut être utilisée avec des variables dépendantes quantitatives/continues ou qualitatives/catégorielles. Elle peut aussi tester des modèles de médiation modérée avec une ou plusieurs variables médiatrices et modératrices. Cette nouvelle Macro permet d’analyser un nombre important de modèles avec la possibilité d’avoir jusqu’à 10 variables médiatrices et 4 variables modératrices dans un même modèle (Hayes, 2013a, 2013b). Il convient donc également de télécharger sur ce même site internet, le document templates « process.pdf ». Dans ce document, 76 combinaisons possibles de médiations modérées sont modélisées avec leur script respectif (détaillé en-dessous de chaque modèle).
Compte tenu du niveau de perfectionnement et de la simplicité d’utilisation de la Macro PROCESS développée par Hayes (2013a, 2013b) et de la fréquence de son utilisation par les chercheurs publiant dans les revues les mieux classées en marketing (cf. Annexe A1 et Tableau 2), nous préconisons d’utiliser cet outil pour le test des effets indirects conditionnels. La procédure de son utilisation est expliquée en détail dans le cadre des applications marketing que nous proposons dans la section suivante. Notons, néanmoins, que le choix de la méthode à retenir peut également dépendre de la nature des variables étudiées. Valeri et VanderWeele (2013) ont récemment montré l’importance de tenir compte dans l’analyse de la nature continue vs. catégorielle des variables médiatrices. Dans le prolongement de ces travaux, nous élargissons l’analyse au cas de la médiation modérée en considérant les différentes alternatives selon la nature des différentes variables du modèle qu’elles soient indépendantes, dépendantes, médiatrices ou modératrices. Le Tableau 3 indique la (ou les) méthode(s) adéquate(s) selon que les différentes variables soient quantitatives/continues ou qualitatives/catégorielles (dites dichotomiques ou binaires dans le cas où il y a seulement deux modalités pour la variable) 11 .
Récapitulatif des méthodes adéquates de médiation modérée en fonction de la nature des variables.
Développement d’applications en marketing
L’objet de cette partie est d’illustrer la médiation modérée au travers de plusieurs cas d’application dans le domaine du marketing. Un site Internet dédié à notre article (cf. Note n° 9) développe ces applications et met à disposition les bases de données utilisées. Le premier exemple repose sur une simple médiation modérée (un médiateur et un modérateur), avec le cas d’une variable modératrice continue ou dichotomique. Le second exemple illustre le cas d’une médiation modérée plus complexe, avec deux médiateurs et deux modérateurs.
Exemple 1 : médiation modérée avec un médiateur et un modérateur
Hypothèse de l’effet indirect conditionnel
Dans le cadre de cette application, nous étudions le processus à travers lequel l’attractivité physique perçue des modèles féminins représentés dans les médias (X) a un effet sur la congruence perçue avec l’idéal de soi (M), qui à son tour affecte l’attitude développée par les femmes à l’égard de ces images (Y). Cependant, le lien entre la congruence avec l’idéal de soi et l’attitude à l’égard des images – le deuxième tronçon de la médiation – est supposé être modéré par l’âge (V). Le lien direct entre l’attractivité physique perçue et l’attitude à l’égard des images serait également modéré par l’âge (V). Le modèle conceptuel testé est présenté dans la Figure 3.

Modèle conceptuel de la recherche (Exemple 1).
La formulation de l’hypothèse de lien indirect conditionnel proposée est la suivante :
Echantillon et échelles de mesure
Un échantillon de 509 femmes âgées de 15 à 50 ans a été interrogé par internet (âge moyen = 27,3 ; Ecart-type = 7,72). Avant de répondre au questionnaire, les répondantes étaient exposées à un jeu d’images composé de six visuels présentant des modèles féminins issus de magazines.
Toutes les échelles de mesure mobilisées sont unidimensionnelles et présentent une bonne fiabilité (Alpha de Cronbach : α > 0,80). En ce qui concerne l’âge, il a été renseigné directement par les répondantes.
L’analyse factorielle confirmatoire, réalisée sous Amos 17, montre que le modèle de mesure testé produit de très bons indices d’ajustement (Chi2/ddl =1,974 ; RMSEA = 0,044 ; SRMR = 0,023 ; NFI = 0,986 ; CFI = 0,993 ; GFI = 0,975 ; AGFI = 0,958 ; AIC = 109/4640).
Lors de la collecte des données, des précautions ont été prises pour limiter le biais de méthode (garantie de l’anonymat, de la confidentialité et répartition des variables dans le questionnaire). Néanmoins, les données ayant été collectées en un seul temps auprès des mêmes personnes, il était nécessaire de s’assurer de l’absence d’un biais de variance de méthode commune (Podsakoff et al., 2003). Un facteur méthode a ainsi été introduit et lié à tous les indicateurs des variables latentes du modèle. Les résultats montrent que la proportion supplémentaire de la variance totale (1,97%) est inférieure au seuil recommandé par Williams et al. (1989), ce qui écarte le risque d’un biais de variance de méthode commune.
Test de la médiation modérée avec la Macro PROCESS (Hayes, 2013a, 2013b)
Dans le Tableau 2, nous avons mis l’accent sur les avantages de la démarche développée par Hayes (2013a, 2013b) pour analyser les effets indirects conditionnels. Cette démarche, qui permet de traiter de manière simple un nombre important de modèles en médiation modérée, est mise en œuvre dans une Macro PROCESS suivant une procédure du bootstrap (Hayes, 2013a, 2013b) exploitable sous SPSS (et aussi SAS). Nous illustrons dans l’exemple suivant son application sous SPSS version 19.00 :
1. Télécharger la Macro PROCESS (cf. procédure détaillée en annexe A2).
2. Une fois la Macro installée, ouvrir la base de données SPSS.
3. Pour réaliser les analyses de médiation modérée, ouvrir la boîte de dialogue de la Macro PROCESS en allant dans ‘Analyses’ > ‘Régression’ > ‘PROCESS’.
4. Dans la boîte de dialogue PROCESS, faire le choix du modèle :
Dans le document « templates.pdf » 12 , chercher parmi les 76 modèles celui qui correspond au modèle conceptuel à tester et ensuite choisir ce modèle en remplaçant la valeur par défaut ‘4’ par le numéro correspondant dans “Model Number”. Dans le cas de notre exemple, il s’agit du modèle numéro 15 (cf. Figure 3). Nous avons donc “Model Number”=15.
5. Spécification des variables.
Si c’est la boîte de dialogue qui est utilisée, glisser les variables dans la boîte de dialogue, en respectant la désignation de chaque variable dans le modèle à tester – spécifiée dans « templates.pdf » en tant que variables Y, X, M, W, Z, V ou Q (cf. Annexe A2). La case “Covariates” est réservée aux variables de contrôle 13 . Il est capital de s’assurer que les noms des variables dans le fichier SPSS ne comptent pas plus de huit caractères. Dans le cas de notre exemple, et selon les libellés du Modèle 15 et la Figure 3, nous avons spécifié la variable dépendante en faisant glisser “Attitude” dans la case “Outcome variable (Y)”, la variable “Attractivité” dans la case “Independent variable (X)”, la ou les variable(s) médiatrice(s) (dans notre cas, une seule variable médiatrice : “Congruence”) dans la case “M variables” et enfin la variable modératrice continue ou catégorielle (ici, “Age”) dans la case “Proposed Moderator V” (tel qu’indiqué dans le Modèle 15 susmentionné). En effet, en ce qui concerne la ou les variable(s) modératrice(s), rappelons qu’il est très important de s’assurer de la bonne correspondance entre le libellé indiqué dans le document « templates.pdf » présentant le modèle choisi et celui qui figure dans la boîte de dialogue (à savoir W, Z, V ou Q et parfois M dans les modèles 1, 2 et 3). Une dernière précision concernant les variables de contrôle “Covariates” : comme indiqué en bas à droite dans la boîte de dialogue (Onglet “Covariate(s) in Model(s) of”), la décision par défaut est de contrôler ces variables à la fois pour la variable dépendante Y et pour la variable médiatrice M. Le choix de contrôler seulement pour M ou Y doit reposer sur des arguments théoriques et dépendra donc de la théorie et du modèle testé par les chercheurs. Dans le cas de notre exemple, nous n’avons pas de variables de contrôle, la question ne se pose donc pas.
6. Fixation du nombre de réplications des échantillons tirés par Bootstrap et du niveau d’intervalle de confiance.
Par défaut, le nombre d’échantillons répliqués est fixé dans la boîte de dialogue à 1 000. Il convient d’augmenter le nombre de réplications et de le fixer à 5 000 ou 10 000. Quant à l’intervalle de confiance, il est fixé par défaut à 95% dans la boîte de dialogue. Il est généralement recommandé de laisser cette valeur. Notons que si la méthode de bootstrap propose par défaut ‘Biais corrigé et accéléré’, il est possible de choisir l’autre méthode de bootstrap dite ‘Percentiles’, récemment recommandée par Hayes et Scharkow (2013). Toutefois, la méthode de bootstrap par ‘Biais corrigé et accéléré’ est considérée comme robuste et peut être utilisée sans problème (Edwards et Lambert, 2007).
7. Précision des options et des conditions de l’analyse :
Si le choix de centrer les variables est fait, ceci peut être réalisé automatiquement par la Macro PROCESS. Pour ce faire, toujours en utilisant la boîte de dialogue, cliquer sur l’onglet “Options” et cocher la case “Mean center for products”. D’autres options telles que le calcul de “l’Effect size” ou la comparaison des “Indirect effects” peuvent être cochées si elles correspondent au modèle testé. Enfin, pour certains modèles et non pour tous, la Macro offre la possibilité de générer des régions de significativité pour une analyse floodlight (Cadario et Parguel, 2014 ; Spiller et al., 2013). Il suffit de cocher “Johnson-Neyman” dans l’onglet “Conditioning”. Dans le cas de notre exemple, nous avons coché seulement “Mean center for products”. Les autres options et conditions ne sont pas disponibles pour notre Modèle numéro 15.
8. Pour exécuter l’analyse, cliquer sur OK dans la boîte de dialogue.
Analyse des résultats des effets indirects conditionnels par bootstrap : deux cas illustratifs. Dans ce qui suit nous présentons deux possibilités selon que la variable modératrice soit quantitative/continue ou qualitative/dichotomique.
En exécutant la Macro PROCESS comme indiqué précédemment, les résultats de la médiation modérée s’affichent automatiquement dans la fenêtre de résultats SPSS (cf. Annexes A3 et A4). Dans le cadre de cette application, les produits des variables ont été centrés en cochant la case “Mean center for products” dans l’onglet “Options” de la boîte de dialogue, comme précisé plus haut. Le nombre de réplications a été fixé à 10 000.
Test de l’effet indirect conditionnel – cas d’une variable modératrice continue (Exemple n°1, cas 1).
: p < 0,001 ; ** : p < 0,01

Une représentation visuelle de la fonction linéaire relative à l’effet de l’âge (
a. Dans le cadre des résultats relatifs au Modèle 15 pour une variable modératrice continue, l’index de médiation modérée apparaît de manière explicite sur la feuille de résultats (Annexe A3). Il s’agit de l’intervalle de confiance à 95% dans la partie « Index de la médiation modérée » en bas de page. L’effet de médiation modérée est significatif puisque l’intervalle de confiance exclut zéro [−0,0222 ; −0,0033]. L’hypothèse H1 est donc validée.
b. Il est ensuite possible de localiser l’effet modérateur : sur le deuxième tronçon de la médiation, ou sur l’effet direct comme spécifié dans le modèle testé (cf. Figure 3). Il faut donc observer la significativité et les intervalles de confiance des termes d’interaction (dans l’output SPSS, il faut regarder
c. La dernière étape consiste à observer les résultats de l’intervalle de confiance à 95% dans la partie « Effets indirects conditionnels de X sur Y pour les différentes valeurs du modérateur » en bas de page. Trois intervalles de confiance sont précisés pour chacune des valeurs du modérateur (1) moyenne moins écart-type, (2) moyenne, (3) moyenne plus écart-type. Dans le cas de cette application, nous observons les intervalles suivants :
- moyenne moins écart-type (tranche d’âge inférieure) : IC = [0,1531 ; 0,3358].
- moyenne (tranche d’âge moyenne) : IC = [0,0849 ; 0,2135].
- moyenne plus écart-type (tranche d’âge supérieure) : IC = [−0,0554 ; 0,1522].
Les résultats montrent que l’effet indirect conditionnel est significatif pour les tranches d’âge inférieure et moyenne puisque l’intervalle de confiance à 95% exclut le zéro. Pour la tranche d’âge supérieure, l’effet indirect conditionnel n’est pas significatif puisque l’intervalle de confiance inclut le zéro.
a. Pour établir l’existence de la médiation modérée, il faut observer le résultat de l’intervalle de confiance à 95% dans la partie « Index de la médiation modérée » (bas de page de l’Annexe A4). L’effet de médiation modérée s’avère être significatif puisque l’intervalle de confiance exclut le zéro [−0,3592 ; −0,1057]. L’hypothèse H1 est donc validée.
b. L’hypothèse de modération portant à nouveau sur le deuxième tronçon de la médiation (M→Y), et sur l’effet direct (X→Y) correspondant au Modèle 15, il convient d’identifier dans quel cas la modération est significative. Pour ce faire, il faut observer la significativité et les intervalles de confiance des termes d’interaction. Dans l’output SPSS, il faut donc observer les résultats pour
c. Afin d’interpréter les résultats, il convient ensuite d’observer les intervalles de confiance obtenus pour le test de l’effet indirect conditionnel de X sur Y aux deux valeurs du modérateur (dans le cas de cette étude, IC = [0,1900 ; 0,3514] pour le niveau faible du modérateur et [−0,0564 ; 0,1373] pour le niveau élevé). Ces résultats indiquent que lorsque le modérateur est à un niveau faible (ici, âge bas), l’effet indirect conditionnel est significatif puisque l’intervalle de confiance exclut le zéro. En revanche, lorsque le modérateur a un niveau élevé (ici, âge élevé), l’effet indirect conditionnel n’est pas significatif puisque l’intervalle de confiance inclut le zéro.
Test de l’effet indirect conditionnel – cas d’une variable modératrice catégorielle/dichotomique (Exemple n°1, cas 2).
: p < 0,001

Une représentation visuelle de la fonction linéaire relative à l’effet de l’âge (
Interprétation des résultats
Nous avions posé comme hypothèse que l’effet indirect de l’attractivité physique sur l’attitude à l’égard des images via la congruence avec l’idéal de soi est positif. Nous avons par ailleurs postulé que ce lien est renforcé (ou atténué) lorsque l’âge des femmes est bas (vs. élevé). Dans les deux cas analysés précédemment (modérateur continu ou dichotomique), l’effet indirect conditionnel est vérifié. Ainsi, l’âge des répondantes modère de manière significative l’effet indirect. L’effet indirect n’est significatif que dans le cas où l’âge est bas (i.e. auprès des plus jeunes). En ce qui concerne la localisation de l’effet modérateur, l’observation des effets d’interaction montre que le terme d’interaction « Congruence × Age » a bien un effet négatif et significatif sur l’attitude à l’égard des images (Variable modératrice continue : coeff. = −0,0169, p < 0,01 / Variable modératrice dichotomique : coeff = −0,3113, p < 0,001). Ainsi, lorsque l’âge diminue, la relation entre la congruence avec l’idéal de soi et l’attitude à l’égard des images est renforcée.
Notre modèle postulait également un effet modérateur sur le lien direct entre l’attractivité physique perçue et l’attitude à l’égard des images. Or, le facteur « Attractivité × Age » n’a pas d’impact sur l’attitude à l’égard des images. Autrement dit, l’âge ne modère pas le lien entre l’attractivité perçue et l’attitude à l’égard des images (Variable modératrice continue : coeff = 0,0086 ; ns. / Variable modératrice dichotomique : coeff = 0,1748 ; ns.).
En résumé, lorsque l’on considère notre modèle pris de manière fractionnée (i.e., sans tenir compte d’un potentiel effet de médiation), l’âge modérerait la seconde moitié du modèle, mais pas l’effet direct. Afin de compléter les analyses, il est important de calculer la variation de R2 (ΔR2) qui représente la part de variance expliquée par le terme d’interaction au-delà des effets directs et principaux des autres variables. La Macro PROCESS n’offre la ΔR2 que pour certains modèles et non pour tous les modèles existants. Dans le cas de notre exemple, et pour le Modèle 15, cette valeur n’est pas donnée automatiquement ; nous l’avons donc obtenue en réalisant sur SPSS une simple régression hiérarchique modérée (Aguinis, 2004 ; Aiken et West, 1991 ; Cohen et al., 2003). Pour le cas n°1, lorsque l’âge a été considéré sous sa forme continue, le ΔR2 est égal à 0,015 [ΔF [2, 503] = 5,21, p < 0,01]. Pour le cas n°2, lorsque l’âge est considéré comme variable dichotomique, le ΔR2 est égal à 0,023 [ΔF [2, 503] = 8,23, p < 0,001]. Ces valeurs sont significatives même si elles peuvent sembler réduites ; elles correspondent aux standards de variation de R2 dans les analyses des effets d’interaction (Dawson, 2014).
Représentation graphique
Il est toujours utile, pour faciliter l’interprétation des résultats, de réaliser un graphique (plot) des effets modérateurs (Aguinis et Gottfredson, 2010 ; Aiken et West, 1991 ; Dawson, 2014 ; Hayes, 2013b). Les représentations graphiques de la médiation modérée ont été réalisées suivant l’approche de Hayes (2013b). Celle-ci consiste à tracer une simple droite de type y = ax + b correspondant à une fonction linéaire établissant un lien entre l’effet indirect et le modérateur. Pour connaître cette équation, il convient de se référer au fichier Templates fourni avec la Macro. En fonction du modèle étudié (Modèles 1 à 76 dans le fichier Templates), la valeur du coefficient directeur de cette droite s’obtiendra différemment. L’équation est donc indiquée sous chaque modèle, dans le fichier Templates. Pour le Modèle 15, l’équation de l’effet conditionnel indirect est la suivante : ai (b1i + b2i V). Cette équation peut être reformulée comme suit :
Dans cette équation, V est le modérateur (variable continue), (a*b1) est l’ordonnée à l’origine et (a*b2) est la pente. La pente représente ici le poids de la fonction reliant l’effet indirect au modérateur ; il s’agit de l’indice de médiation modéré (index dans la sortie des résultats SPSS). Ainsi, dans notre cas d’application, si l’on prend l’âge comme variable modératrice continue, nous pouvons représenter la médiation modérée à l’aide de l’équation suivante (voir encadrés dans les sorties SPSS – Annexes A3 et A4 – pour retrouver les valeurs suivantes) :
En revanche, lorsque la variable modératrice est dichotomique, même s’il s’agit toujours du même modèle, l’indice (ou pente) ne s’obtient pas de la même manière. Selon Hayes (2013b), si les deux chiffres utilisés pour coder les groupes d’un modérateur dichotomique ont seulement un point d’écart (par exemple 1 et 2), l’indice de médiation modérée correspond à la différence entre les deux effets indirects conditionnels. En l’occurrence l’indice a été obtenu en calculant la différence entre l’effet indirect conditionnel pour l’âge élevé (0,042) et l’effet indirect conditionnel pour l’âge faible (0,267). D’où l’équation suivante :
D’après nos résultats, les deux indices de médiation modérée sont négatifs, ce qui signifie que l’effet indirect de l’attractivité physique perçue (X) sur l’attitude à l’égard des images (Y) à travers la congruence perçue avec l’idéal de soi (M) est une fonction décroissante de l’âge (V). Plus l’âge augmente, plus l’effet indirect s’affaiblit, comme l’illustre la pente dans les deux graphiques précédents. On note cependant que la pente est plus forte lorsque le modérateur est binaire, ce qui va dans le sens des travaux récents qui déplorent la dichotomisation des variables modératrices car celle-ci a tendance à exacerber les résultats (cf. Cadario et Parguel, 2014).
Exemple 2 : médiation modérée avec deux médiateurs et deux modérateurs
Hypothèse de l’effet indirect conditionnel
Dans cette seconde application, nous étudions le processus à travers lequel l’originalité perçue de la publicité (X) a un effet à la fois sur l’attitude envers la publicité (M1) et l’attitude envers la marque (M2), qui à leur tour affectent l’intention d’achat (Y). Par ailleurs, les liens entre X et M (1 et 2) – les premiers tronçons de la médiation – et les liens entre M (1 et 2) et Y – les deuxièmes tronçons de la médiation – seraient modérés par la résistance envers la publicité en général (W) et l’implication dans le support où figure la publicité (Z). Il importe de préciser que ce modèle ne comporte que des doubles interactions (two-way interactions) et pas de triples interactions (three-way interactions). Le modèle conceptuel testé est présenté dans la Figure 6.

Modèle conceptuel de la recherche (Exemple 2).
La formulation de l’hypothèse de lien indirect conditionnel proposée est la suivante :
Echantillon et échelles de mesure
Un échantillon de 373 individus a été interrogé via un questionnaire en ligne. Avant de répondre au questionnaire, les répondants étaient exposés à une publicité. Les échelles de mesure utilisées sont toutes unidimensionnelles et présentent une bonne fiabilité (Alpha de Cronbach : α > 0,90).
L’analyse factorielle confirmatoire, réalisée sous Amos 17, montre que le modèle testé produit de très bons indices d’ajustement (Chi2/ddl =1,828 ; RMSEA = 0,047 ; SRMR = 0,041 ; NFI = 0,969 ; CFI = 0,986 ; GFI = 0,936 ; AGFI = 0,912 ; AIC = 356/8205).
Lors du recueil des données, les mêmes précautions ont été prises que dans l’exemple précédent afin de limiter le biais de variance de méthode commune (Podsakoff et al., 2003).
Test de la médiation modérée avec la Macro PROCESS (Hayes, 2013a, 2013b)
Pour tester la médiation modérée à l’aide de la Macro PROCESS, il convient de répliquer les huit étapes précédemment détaillées dans l’Exemple 1. Compte tenu du modèle conceptuel testé, le modèle 75 a été sélectionné dans le document « templates.pdf » et les variables correspondantes ont été spécifiées dans la Macro : la variable indépendante “Originalité” (Independent variable X), les variables médiatrices “Attitude envers la publicité” et “Attitude envers la marque” (M variables), la variable dépendante “Intention d’achat” (Outcome variable Y) et enfin les variables modératrices “Résistance envers la publicité” (Proposed Moderator W), et “Implication dans le support” (Proposed Moderator Z) (tels qu’indiqués dans le Modèle 75 susmentionné). A nouveau, seule l’option “Mean center for products” a été cochée afin de centrer les produits des variables. Pour rappel, il est très important de s’assurer que les noms des variables ne comptent pas plus de huit caractères dans le fichier SPSS.
Analyse des résultats des effets indirects conditionnels par bootstrap
a. Dans le cadre des résultats relatifs au Modèle 75, l’index de médiation modérée n’apparaît pas de manière explicite sur la feuille de résultats SPSS (Annexe A5). Les effets indirects conditionnels pour chaque médiateur et chaque modérateur peuvent être observés dans la partie « Effets indirects conditionnels de X sur Y pour les différentes valeurs du modérateur » au bas de la feuille de résultats (cf. étape c).
b. Avant de commenter les résultats des effets indirects conditionnels, et en suivant la même logique qu’au cours de l’Exemple 1, il est possible de localiser les effets modérateurs sur les différents tronçons comme spécifié dans le modèle testé (cf. Figure 6). Pour cela, il suffit d’observer la significativité et les intervalles de confiance des termes d’interaction. Pour le modèle testé (Modèle 75 avec deux médiateurs et deux modérateurs), six effets d’interaction sont estimés au total. Par exemple, dans l’output SPSS,
c. C’est au cours de la dernière étape que l’on peut observer les résultats des effets indirects conditionnels. Dix-huit intervalles de confiance sont précisés au sein de deux blocs correspondant aux dix-huit combinaisons possibles entre les différents médiateurs et modérateurs : neuf combinaisons pour le premier médiateur (M1 : Attitude envers la publicité) et neuf autres pour le second médiateur (M2 : Attitude envers la marque). Au sein de chaque bloc, on observe les effets d’interaction des deux modérateurs suivant leurs différents niveaux respectifs : faible (Moyenne moins écart-type), moyen (Moyenne), élevé (Moyenne plus écart-type). Dans le cas de cette application, nous observons les intervalles suivants dans le premier bloc (avec comme variable médiatrice l’attitude envers la publicité, M1) :
- lorsque le niveau de résistance est faible et quel que soit le niveau d’implication dans le support (cf. les trois premières lignes du bloc 1), l’effet indirect n’est pas significatif car l’intervalle de confiance inclut le zéro (IC implication dans le support basse = [−0,0449 ; 0,1697] ; IC implication dans le support moyenne = [−0,0108 ; 0,1355] ; IC implication dans le support haute = [−0,0042 ; 0,1479]).
- lorsque le niveau de résistance à la publicité est moyen ou élevé et quel que soit le niveau d’implication dans le support (cf. les six dernières lignes du bloc 1), les effets indirects conditionnels sont tous significatifs puisque les intervalles de confiance à 95% excluent le zéro.
Test des effets indirects conditionnels (Exemple n°2).
: p < 0,001 ; ** : p < 0,01 ; * : p < 0,05
La logique est identique pour l’analyse des résultats des effets indirects conditionnels via le second médiateur (M2 : Attitude envers la marque). Ainsi :
- lorsque l’implication dans le support est faible alors que le niveau de résistance est faible ou élevé (cf. les première et septième lignes du bloc 2), l’effet indirect n’est pas significatif car l’intervalle de confiance inclut le zéro (IC résistance basse = [−0,0519 ; 0,1322] ; IC résistance haute = [−0,0134 ; 0,1355]).
- dans tous les autres cas, les effets indirects conditionnels sont significatifs puisque les intervalles de confiance à 95% excluent le zéro.
Interprétation des résultats
L’hypothèse de médiation modérée formulée plus haut repose sur l’effet indirect de l’originalité perçue de la publicité sur l’intention d’achat via l’attitude envers la publicité et l’attitude envers la marque. Nous avons également postulé que ces liens de médiation sont renforcés (ou atténués) lorsque la résistance envers la publicité et l’implication dans le support sont élevées (ou basses). Ces effets indirects conditionnels sont en partie vérifiés.
En ce qui concerne la médiation par l’attitude envers la publicité, seule la résistance envers la publicité en général modère l’effet indirect via l’attitude envers la publicité. Cet effet indirect n’est significatif que lorsque la résistance est moyenne ou élevée, quel que soit le niveau d’implication. L’implication dans le support ne modère donc pas cet effet indirect. En ce qui concerne la médiation par l’attitude envers la marque, la résistance envers la publicité et l’implication dans le support jouent tous les deux un rôle modérateur. L’effet indirect est significatif dans tous les cas sauf lorsque l’implication dans le support est faible et que la résistance est faible ou élevée.
Concernant la localisation des effets modérateurs sur les premiers tronçons (entre la variable indépendante et les variables médiatrices), l’observation des effets d’interaction montre que le terme d’interaction 1
La localisation des effets modérateurs sur les deuxièmes tronçons (entre les variables médiatrices et la variable dépendante) s’opère de la même manière. Le terme d’interaction 3,
En résumé, lorsque l’on considère uniquement les effets modérateurs (i.e. et non les effets indirects conditionnels), la résistance à la publicité modère à la fois la première moitié du modèle et la seconde, quel que soit le médiateur pris en compte dans le modèle (attitude envers la publicité ou envers la marque). En revanche, l’implication dans le support ne modère que la première partie du modèle entre l’originalité de la publicité et l’attitude envers la marque.
Représentation graphique
Pour procéder à la représentation graphique des effets indirects conditionnels, il convient tout d’abord d’identifier l’équation relative au modèle traité dans le templates. Il faut ensuite remplacer les coefficients par les valeurs obtenues dans les résultats de la médiation modérée. Dans le cas du Modèle 75, nous avons deux modérateurs (W et Z) ce qui se traduit par une équation à deux inconnues. Hayes (2014)
15
recommande ainsi de fixer tour à tour différentes valeurs de W puis différentes valeurs de Z. Nous obtenons ainsi six équations différentes. Les trois premières illustrent le lien entre Z et l’effet indirect pour trois valeurs de W (faible, moyen et fort) ; les trois suivantes représentent l’effet de W pour trois valeurs de Z (faible, moyen et fort). Il est important de noter que contrairement aux représentations graphiques de l’application 1, les plots réalisés ici ne représentent pas des droites mais des courbes. Cela est dû au fait que le Modèle 15 (

Représentation graphique des effets modérateurs de l’implication dans le support sur le lien indirect entre l’originalité perçue sur l’intention d’achat (effet indirect conditionnel en fonction de Z [implication dans le support]

Représentation graphique des effets modérateurs de l’implication dans le support sur le lien entre l’originalité perçue et l’intention d’achat (effet indirect conditionnel en fonction de Z [implication dans le support]

Représentation graphique des effets modérateurs de l’implication dans le support sur le lien entre l’originalité perçue et l’intention d’achat (effet indirect conditionnel en fonction de Z [implication dans le support]

Représentation graphique des effets modérateurs de la résistance à la publicité sur le lien entre l’attitude envers la marque et l’intention d’achat (effet indirect conditionnel en fonction de W [résistance à la publicité]

Représentation graphique des effets modérateurs de la résistance à la publicité sur le lien entre l’attitude envers la marque et l’intention d’achat (effet indirect conditionnel en fonction de W [résistance à la publicité]

Représentation graphique des effets modérateurs de la résistance à la publicité sur le lien entre l’attitude envers la marque et l’intention d’achat (effet indirect conditionnel en fonction de W [résistance à la publicité]
Conclusion et recommandations
Cet article a pour ambition de clarifier certains aspects méthodologiques liés au test de relations de médiation modérée, appelées aussi effets indirects conditionnels. Il propose non seulement une synthèse de l’état des connaissances sur la question, mais développe également plusieurs applications propres au domaine de la recherche en marketing, encore peu familiarisé avec ces techniques. En effet, si les tests de médiation et de modération, réalisés de manière isolée, sont largement répandus, très peu de travaux en marketing mobilisent des méthodes permettant de tester les effets de médiation modérée. Pourtant, les modèles intégrant à la fois des variables médiatrices et modératrices (et donc des effets de médiation modérée) sont de plus en plus fréquents en marketing. Les méthodes présentées dans cet article, développées par Edwards et Lambert (2007), Preacher et al. (2007) et Hayes (2013a, 2013b) que nous détaillons plus en profondeur, permettent d’obtenir des résultats robustes et précis dans la mesure où elles intègrent les différents effets simultanément, en offrant une vision d’ensemble du processus étudié. La médiation modérée permet ainsi d’évaluer des effets indirects conditionnels, ce qui n’est pas le cas lorsque les liens de médiation et de modération sont testés indépendamment les uns des autres. Par ailleurs, les implications de cette approche plus globale ne sont pas uniquement d’ordre méthodologique mais également d’ordre théorique. Ainsi, si le chercheur s’attend à ce qu’une relation indirecte entre deux variables soit atténuée ou amplifiée en fonction d’un autre facteur, il peut alors être amené à formuler une hypothèse de médiation modérée, à condition de pouvoir s’appuyer sur des bases théoriques solides et un design de recherche adapté. Nous résumons, dans l’encadré 2, l’ensemble des points de vigilance à prendre en considération pour mieux réaliser les analyses des effets indirects conditionnels. Si certains de ces points sont communs à toute recherche en marketing, ils sont particulièrement importants dans le cas des médiations modérées.
Les principales recommandations pour réaliser des analyses de médiation modérée (effets indirects conditionnels)
Recommandations lors du développement du modèle à tester et de la collecte des données
Recommandation 1 : Il est essentiel de construire une argumentation théorique claire et solide des effets indirects conditionnels. Chaque lien de médiation et/ou de modération doit être fondé et enraciné dans un cadre théorique clairement énoncé dans la recherche. La rigueur théorique du modèle à tester est seule garante de la qualité d’une recherche, et les outils statistiques que nous présentons dans cet article, quelles que soient leur robustesse et efficacité, n’évacuent pas la centralité de l’argumentation théorique.
Recommandation 2 : L’omission de variables importantes peut limiter la portée des résultats des analyses. Une revue de littérature approfondie est nécessaire pour identifier les principales variables médiatrices, modératrices et de contrôle à intégrer dans le modèle à tester.
Recommandation 3 : Il importe d’encourager les chercheurs en marketing à recourir à des designs de recherche expérimentaux et des designs de recherche longitudinaux pour tester les effets indirects conditionnels – un design longitudinal est recommandé pour tester les effets indirects (MacKinnon et al., 2012).
Recommandation 4 : Il est essentiel de veiller à la fiabilité et la validité des mesures des variables. La détection des effets indirects conditionnels nécessite une très bonne fiabilité des mesures (Alpha de Cronbach élevé). Un test de la validité des mesures par des analyses factorielles confirmatoires (Lisrel, Amos, Mplus…) est aussi un préalable recommandé.
Recommandation 5 : La détection des effets indirects conditionnels, comme dans le cas de la modération, nécessite un fort pouvoir statistique pour éviter les erreurs de Type II (Dawson, 2014 ; Hayes, 2013a). Pour ce faire, la taille de l’échantillon 16 doit être élevée, surtout lorsque le modèle à tester est complexe. Il n’y a pas de règle commune à tous les cas. Le lecteur peut se référer aux travaux d’Aguinis (2004) (variables modératrices catégorielles) et de Shieh (2009) (variables modératrices continues) pour approfondir ce point.
Recommandation 6 : Il est essentiel de tenir compte de la nature quantitative/continue ou qualitative/catégorielle des variables dépendantes, médiatrices et modératrices (cf. Tableau 3).
Recommandation 7 : Il est recommandé de centrer (ou standardiser) les variables pour faciliter l’interprétation des résultats (Aguinis et Gottfredson, 2010). Le fait de centrer ou non ne change en aucun cas les résultats des interactions et ne réduit pas la multi-colinéarité ; il facilite seulement l’interprétation des résultats. Il importe de ne centrer ni les variables dépendantes ni les variables dichotomiques (Dawson, 2014).
Recommandation 8 : Le test des effets de médiation modérée nécessite l’introduction des effets principaux (i.e., directs) de toutes les variables, même si des hypothèses spécifiques à ces liens directs n’ont pas été explicitement formulées (Carte et Russell, 2003). Il est donc important de reporter l’ensemble de ces effets dans les tableaux des résultats et ne pas se limiter seulement à l’effet d’interaction.
Recommandation 9 : Afin de mieux interpréter et présenter les résultats, il est important de faire une représentation graphique (plot) de l’effet indirect conditionnel selon la méthode développée par Hayes (2013b). Pour certains modèles traités par PROCESS, il est possible de générer des régions de significativité dans une logique d’analyse spotlight ou floodlight (Cadario et Parguel, 2014 ; Spiller et al., 2013).
Recommandation 10 : Dans la présentation des résultats, il est important de reporter la grandeur de l’effet indirect conditionnel en indiquant la variation du coefficient de détermination (ΔR2) ; cette valeur est donnée par PROCESS pour la majorité des modèles.
Les avancées dans les analyses des effets de médiation modérée sont majeures depuis une dizaine d’années. Les futurs axes de recherche que les chercheurs en marketing sont encouragés à promouvoir dans ce domaine concernent essentiellement (1) l’intégration des approches dites bayésiennes dans l’analyse des effets indirects conditionnels (voir Wang et Preacher, 2015) et (2) le développement des analyses multiniveaux avec des effets de médiation et de modération (Bauer, Preacher et Gil, 2006). Ces avancées ouvrent de nouvelles perspectives à la fois théoriques et méthodologiques pour les chercheurs en marketing.
Footnotes
Annexes
Procédure de téléchargement de la Macro PROCESS et illustration de la boîte de dialogue (Hayes, 2013a, 2013b).
| Pour télécharger la Macro PROCESS, il convient de se rendre sur le site internet d’Andrew Hayes (http://www.processmacro.org/download.html) et de télécharger la dernière version de la Macro. Pour l’installer, il est nécessaire d’ouvrir SPSS en tant qu’administrateur (clic droit puis ‘exécuter en tant qu’administrateur’), d’aller ensuite dans ‘Utilitaires’ > ‘Installer une boîte de dialogue personnalisée’, sélectionner le fichier « process.spd » et cliquer sur ‘OK’. Il est aussi possible d’utiliser le script « process.sps » et adapter à chaque fois la syntaxe selon le modèle testé. Nous encourageons toutefois le lecteur à privilégier l’installation de la boîte de dialogue, beaucoup plus simple à utiliser. |
