Abstract
Cet article présente un nouveau modèle qui vise à optimiser spatialement le prix d’un produit ou service en prenant en compte les caractéristiques de l’offre et la demande, y compris leur localisation géographique. L’introduction du concept du géomarketing-mix, de l’analyse factorielle et d’une segmentation par algorithme flou peut servir à détecter automatiquement des opportunités commerciales et stratégiques. Cette méthode est appliquée au marché français des véhicules d’occasion. Ce faisant, il est possible, premièrement, d’identifier les zones géographiques qui sont représentatives d’une certaine offre et, deuxièmement, de préciser les prix optimaux et les types de véhicules à vendre dans ces zones afin d’établir une stratégie marketing donnée.
Keywords
Introduction
Prenant en compte à la fois l’offre et la demande, les quatre paramètres de levier du « géomarketing-mix » (price (prix), product (produit), promotion (communication), place (ou distribution intégrant la notion d’espace) ont fait l’objet de différentes études de McCarthy (1960) à Van Watershoot et Van der Bulte (1992). Son optimisation consiste à préciser les valeurs des 4P partout dans la zone géographique étudiée. La répartition et l’optimisation des points de vente, y compris les fortes composantes spatiales, ont particulièrement intéressé les managers, les géographes, les logisticiens, les mathématiciens, les économistes, les informaticiens et les chercheurs en recherche opérationnelle. La communication, en particulier la publicité extérieure, les prospectus et la publicité dans les boîtes aux lettres ont également été utilisés en employant des méthodes similaires à celles adoptées pour l’optimisation de l’emplacement des installations (Gijsbrechts et al., 2003 ; Gallopel, 2006 ; Petr, 2006). Sur le plan microgéographique, la pratique qui consiste à adapter l’assortiment au niveau géographique s’appelle le « géomerchandising » en vue d’améliorer la performance des entreprises (Volle, 2006). Le lien visible entre la localisation et les prix des produits ou services a été identifié par de nombreuses études, à savoir le prix des produits alimentaires (Yinger 1979), des logements (Yinger, 1979), des fast-food (Stewart et Davis, 2005), des chambres d’hôtel (Balaguer et Pernias, 2013). Parmi les quatre P, le prix est la seule composante qui engendre des revenus, les autres étant des centres de coûts. La tarification géographique ou le géopricing est un moyen stratégique d’adapter le prix de vente de biens et services en fonction de leur localisation spatiale. Compte tenu des rares solutions envisagées dans la littérature scientifique actuelle, nous proposons ici un nouveau modèle de géopricing intégré dans l’optimisation du marketing-mix. Selon notre approche, le « géomarketing-mix » est un marketing-mix qui prend en compte le paramètre spatial.
Le géomarketing est un domaine développé avec l’introduction de l’espace dans les décisions marketing (Cliquet, 2006). Ce terme a été couram-ment utilisé en Europe dans les publications professionnelles et académiques (Campo et al., 2000 ; Desmet et Renaudin, 1998 ; Verhetsel, 2005), même si les professionnels l’ont utilisé pour la première fois lors de l’apparition des logiciels SIG (Systèmes d’information géographique) sur le marché. Le géomarketing est en réalité une association de ce que les chercheurs américains appellent « micromarketing », « GIS software » et « geodemographics », et concerne tout domaine du marketing. Alors que les algorithmes de clustering utilisés en géodémographie couvrent uniquement les méthodes descriptives, les responsables marketing ont besoin d’un système automatisé fournissant des recommandations d’expert afin de faciliter la prise de décision en matière de tarification géographique. La tarification algorithmique permet d’établir automatiquement un prix pour les biens ou services à vendre afin de maximiser les profits du vendeur. Le développement de ce type de méthode est indispensable pour pouvoir traiter les mégadonnées des entreprises sur leurs clients, concurrents, produits, fournisseurs, etc., et mieux adapter l’offre à la demande en temps réel. La gestion du rendement, en particulier, permet de prévoir et d’influencer le comportement des consommateurs afin de maximiser les profits avec une stratégie de prix qui s’adapte dans le temps.
Néanmoins, la modélisation de l’offre et de la demande des consommateurs concernant la tarification algorithmique géographique impliquant de nombreuses composantes hiérarchiques qualitatives et quantitatives, qui évoluent à la fois dans le temps et dans l’espace, est difficile à mettre en œuvre. Le datamining spatial est le processus qui consiste à analyser de vastes ensembles de données de sources différentes et en extraire les informations utiles. Cette technique sépare l’exploration prédictive et descriptive des données spatiales, et assure un avenir prometteur dans le domaine de l’optimisation concernant les problèmes de gestion. Une optimisation spatiale du prix dans une approche de marketing-mix permet de se faire une idée du marché concernant le type de produit ou service proposé, en prenant en compte les différents paramètres spatio-temporels, souvent négligés dans les approches marketing traditionnelles. L’étape d’analyse nécessite une description précise ou une segmentation détaillée de la demande, de l’offre et de l’environnement dans la zone d’étude, p. ex. analyse des zones de chalandise et de la concurrence. Il est donc indispensable de modéliser au préalable les régions géographiques concernées ainsi que les catégories de produits ou services à gérer (Grether, 1983). Les zones géographiques analysées ne correspondent pas nécessairement à un découpage administratif existant, mais à une segmentation marketing spatiale de zones homogènes concernant la demande et/ou l’offre. Ainsi, l’étape initiale de notre modèle de géopricing consistera en une méthode multi-échelle originale de segmentation géographique et l’état de l’art inclura un examen critique des méthodes existantes en matière de clustering spatial.
Compte tenu des forces et faiblesses de l’entreprise, un bon géomarketing-mix constitue un ensemble cohérent de décisions sur le prix, le produit, la communication et la distribution d’un produit ou d’une marque sur son marché géographique, afin d’atteindre les objectifs d’une entreprise. De nombreuses tentatives ont déjà été proposées concernant l’optimisation globale des produits (Albers, 1979). Cette étape, appelée le « positionnement », reflète un choix stratégique de l’entreprise, qui accepte de renoncer à certains clients et certains segments de marché afin de rendre d’autres segments du marché plus attractifs. La difficulté découle du fait que toutes les informations concernant l’offre et la demande ne sont pas librement disponibles et qu’il convient de consacrer beaucoup d’argent, de temps et d’efforts pour recueillir un minimum de données essentielles, afin de réaliser une analyse précise et éventuellement prendre des décisions marketing stratégiques. Ainsi, Albers (2012) a préconisé de réaliser davantage d’enquêtes sur la façon dont les managers prennent des décisions de marketing stratégique. Les méthodes d’optimisation spatiale propres au prix, au produit, à la distribution et à la communication, que nous examinerons, ont été proposées indé-pendamment les unes des autres. En prenant en compte une répartition géographique de l’offre, notre modèle propose une optimisation spatiale du prix fondée sur la valeur, associée aux caractéristiques des produits. Le pricing fondé sur la valeur, contrairement à celui fondé sur les coûts, est défini par la valeur qu’un produit ou service peut offrir à un segment de clientèle prédéfini.
Ainsi, cet article présente un modèle de tarification algorithmique qui vise, pour la première fois, tout d’abord à segmenter spatialement un marché, puis à optimiser le prix avec les autres composantes du marketing-mix dans chacun des clusters géographiques déterminés. Ce modèle pourrait être considéré comme une méthode d’intelligence artificielle afin d’optimiser le prix dans différentes zones géographiques grâce à l’introduction de données concernant l’offre et la demande au niveau spatial. L’expression « intelligence artificielle » sert à représenter les machines imitant les fonctions « cognitives » et les problèmes souvent résolus par l’esprit humain (Russell et Norvig, 2009).
Dans une première partie de cet état de l’art, le lien spatial du prix avec les autres composantes du marketing-mix sera examiné, de même que les modèles de géopricing en gardant à l’esprit leurs limites. Selon les méthodes traditionnelles, le prix de chaque produit est généralement déterminé pour différentes zones suite à une segmentation géographique de la demande, et à une analyse locale de l’environnement et de la concurrence.
Dans la deuxième partie, nous présenterons les dernières méthodes utilisées dans la segmentation spatiale pour créer des zones tarifaires ainsi que leurs limites, segmentation constituant traditionnellement la prémisse d’une bonne décision tarifaire.
Dans la troisième partie, nous présenterons le nouveau « modèle d’optimisation du géomarketing-mix » qui englobe une segmentation spatiale des géodonnées disponibles relatives à l’offre ou/et la demande, suivie d’un géopricing conformément à la stratégie propre à l’entreprise. Un exemple de mise en œuvre montrera comment le prix, en relation avec les autres variables du marketing-mix, peut être facilement déterminé après avoir identifié les limites des zones géographiques homogènes en termes d’offre.
La géo-optimisation du prix
Compte tenu d’une certaine gamme de produits, le principal levier stratégique dans les décisions marketing est effectivement le prix (Gauri et al., 2008). Le temps a déjà été abordé comme une contrainte importante pour les éléments interdépendants du marketing-mix (Suri et al., 2003), alors que l’espace a souvent été réduit aux problèmes de localisation des points de vente (Ghosh et McLafferty, 1987). La relation entre le prix, l’espace et les autres paramètres des 4P, à savoir les caractéristiques du produit ou service, la distribution et la communication, sera examinée par la suite. La présente section a également pour objet de démontrer l’intérêt d’introduire l’espace dans les décisions marketing, en particulier dans la tarification, ce qui est d’ailleurs l’objectif général du géomarketing (Cliquet, 2006), afin de mieux optimiser les éléments du marketing-mix.
Le lien spatial du prix avec les autres P : produit, place (distribution) et promotion (communication)
Relation spatiale entre le prix et la distribution
La distribution est la composante du marketing-mix qui a été massivement étudiée par les chercheurs sur le plan géographique, étant donné qu’elle englobe intrinsèquement le concept d’espace. En réalité, le problème associé à cette variable est essentiellement l’optimisation des méthodes de distribution et, en particulier, de l’emplacement des magasins. L’éloignement des sources d’approvisionnement par rapport aux magasins ainsi que les variations spatiales des coûts des espaces commerciaux influencent les marges et, par conséquent, le prix final des produits. Chaque zone géographique attire des consommateurs ayant différents pouvoirs d’achat. D’autre part, l’image de la zone dans laquelle le magasin est situé peut influencer la qualité perçue des produits. Par conséquent, le prix que les consommateurs sont prêts à payer pour un produit peut varier dans l’espace.
Le processus d’ouverture d’un ou de plusieurs magasins est généralement divisé en quatre décisions fondamentales (Kotler, 1971). L’entreprise doit d’abord déterminer sur quel marché elle doit s’implanter. Elle doit ensuite préciser le nombre de points de vente qu’elle souhaite ouvrir, en fonction de ses capacités financières et du taux de saturation du marché. L’entreprise doit ensuite examiner les localisations possibles et choisir, après une étude approfondie, les plus adaptées. Enfin, après avoir précisé la taille du magasin et ses caractéristiques (installation, décoration, agencement, merchandi-sing), les prix des produits sont pris en considération. Dans cette approche, le prix fait donc partie des dernières composantes du marketing à être déterminées par rapport aux autres P. Les « décisions fondamentales » de Kotler ont néanmoins été critiquées par Bradach (1998), étant donné que les décisions de localisation dépendent également des formes organisationnelles.
La description intégrale de l’ensemble des modèles de localisation et leurs variantes, qui ne tiennent pas compte généralement du paramètre de prix, ne relève pas du champ d’application du présent article. Il est assez difficile de mettre en œuvre les modèles les plus avancés liés à une heuristique de résolution complexe. Ils sont également très rarement associés à l’optimisation des autres composantes du marketing-mix, qu’il s’agisse du prix, de la communication ou des caractéristiques du produit ou service.
Relation spatiale entre le prix et la communication
Plusieurs crises et une évolution technologique ont conduit à une compression des budgets de publicité et ont contraint les annonceurs à avoir davantage recours au marketing individualisé et relationnel, afin d’obtenir un meilleur retour sur leurs investissements dans un environnement toujours plus concurrentiel. Sur le plan géographique, nous assistons à l’émergence du ciblage one to few, ou micromarketing, où les critères géographiques deviennent prédominants dans les spots publicitaires diffusés à l’échelle locale et avec précision, tout en adaptant leur contenu à la cible (Gallopel, 2006). Les consommateurs exposés aux activités de tarification et de promotion, et notamment la réduction des prix, l’affichage, la publicité sur différentes zones géographiques, développent des attentes utilisées comme référence pour de futurs achats de marques ou produits (Lattin et Bucklin, 1989). Une relation positive entre les promotions au prix de détail et les achats au prix habituel a été démontrée (Mulhern et Padgett, 1995).
On distingue deux formes d’attractions différentes conduisant à deux géographies du marketing différentes (Cliquet, 1997). L’une concerne l’attraction d’un « stock » de clientèle dans une aire de marché modélisée grâce à des méthodes de gravitation, alors que l’autre concerne l’attraction de « flux » de clientèle, laquelle prend en compte le déplacement et la mobilité des individus associés aux données géodémographiques et comportementales. Le géopricing et la communication sur les prix afin de prélever un « stock » ou un « flux » de clientèle font partie de l’équation lorsque le prix est l’un des principaux facteurs d’attractivité spatiale.
L’optimisation spatiale de la communication représente un double défi : réduire les coûts très élevés et améliorer l’efficacité des campagnes publicitaires (Petr, 2006), exerçant tous deux une influence sur le prix du service ou du produit final. D’autre part, le marketing direct est un adepte des techniques de géomarketing pour optimiser la distribution des publicités de manière plus ciblée, en localisant précisément les territoires correspondant aux clients potentiels pour le produit ou le service commercialisé (Petr, 2006) avec une éventuelle stratégie d’attraction des clients basée sur la communication sur des tarifs locaux.
Relation spatiale entre le prix et le produit
Les goûts et les besoins des clients varient dans l’espace selon leur profil sociodémographique ainsi que leur consentement à payer. A titre d’exemple, la segmentation géographique du marché ciblera les régions chaudes à proximité des plages pour les marques de maillots de bain et, de la même façon, les imperméables pour les régions exposées à des précipitations excessives. L’analyse de la valeur des produits techniques comprend l’étude et l’évaluation des fonctionnalités associées à leur niveau d’utilité pour les consommateurs dans différentes zones géographiques. Seuls les produits ou les caractéristiques des produits présentant la plus grande utilité perçue à l’échelle locale seront retenus.
Dans une approche de production, le prix final sera basé sur le calcul des coûts de production et de distribution dans différentes zones, alors que dans une démarche marketing, le prix sera déterminé en amont et fondé sur le consentement à payer des clients. Ce consentement à payer dépendra de la répartition spatiale des clients et de l’utilité perçue du produit et de ses caractéristiques à l’échelle locale. La fixation des prix en fonction de la valeur perçue démontre l’importance d’offrir des avantages aux consommateurs répartis géographiquement grâce à des fonctionnalités du produit adaptées et la nécessité de déterminer son prix de façon optimale dans le même temps, pour permettre à l’entreprise d’en obtenir une juste valeur (Fernández et Bonillo, 2007).
Shiau et Michalek (2009) ont étudié l’optimisation de l’ingénierie et découvert qu’un produit conçu conformément aux cas d’équilibre de Stackelberg (1934) et Nash (1950) vaut mieux que d’ignorer les réactions des concurrents. Les méthodes fondées sur des mesures psychométriques et des modèles économiques permettent, grâce à une transformation de Lancaster (Lancaster, 1971), de passer de caractéristiques physiques à des dimensions perceptuelles, de manière à réaliser une carte perceptuelle liée aux coûts de production et de distribution. L’objectif est donc de choisir les caractéristiques physiques et les prix offrant le profit maximal (Hauser et Simmie, 1981). Ces méthodes, illustrées par le marché des analgésiques, restent néanmoins difficiles à mettre en œuvre, en particulier lorsque la variable géographique est prise en compte.
Méthodes de géopricing progressif
Les méthodes de géopricing progressif visent à définir les prix d’un produit ou d’un service un par un sur des zones géographiques définies, avant ou après les autres paramètres du marketing-mix. Considéré comme dangereux à manipuler et susceptible de susciter des réactions incontrôlées au niveau de la demande et de la concurrence, le prix en tant que paramètre de marketing a longtemps été négligé. Toutefois, il représente l’un des principaux leviers de la rentabilité d’une entreprise. Tradition-nellement, dans la littérature sur la fixation des prix, on trouve des études sur une ou plusieurs variables, y compris l’espace et le temps, mais aucune qui couvre l’intégralité du sujet (Desmet et Zollinger, 2006). Certaines se focalisent sur la manière de prendre en compte les coûts, en calculant le seuil de rentabilité, le coût total ou les coûts variables en ajoutant une marge choisie, jugée raisonnable dans ce secteur d’activité. Ratchford et Srinivasan (1993) montrent les réactions de consommateurs recherchant le meilleur prix pour un produit donné jusqu’à ce que la réduction du prix marginal soit égale au coût marginal de la recherche. Kim et al. (2002) constate que les consommateurs sont disposés à payer des prix plus élevés pour des produits couvrant un large éventail. Plus récemment, Weisstein et al. (2013) se sont concentrés sur l’encadrement des prix et le risque de discriminations tarifaires pour les consommateurs.
La concurrence est souvent utilisée en association avec l’une des deux variables citées précédemment. La demande dans l’espace peut également être prise en compte en utilisant la méthode des mesures conjointes (Le Gall-Ely, 2009) pour laquelle les opinions des consommateurs sont requises. Le prix est ainsi considéré comme l’un des attributs du produit et peut revêtir un certain nombre de valeurs définies. L’analyse conjointe a déjà été utilisée pour l’estimation prix-demande (Green et Krieer, 1990) et en tant que méthode de fixation des prix pour optimiser la tarification de produits filtrés en intégrant les effets des erreurs de mesure et d’estimation sur les avantages recherchés (Kohli et Mahajan, 1991). Chung et Rao (2003) ont proposé un modèle de comparaisons de prix à l’aide de l’analyse des mesures conjointes. Cependant, il ne s’agit pas d’une approche visant à optimiser le prix de vente spatialement ; elle ne tient pas compte du fait que les préférences de consommation varient considérablement parmi les acheteurs. En outre, en réalité, les consommateurs ne comparent pas des « listes d’attributs » à acheter, mais ont un avis général sur le produit.
La méthode d’évaluation contingente (Mitchell et Carson, 1989), qui consiste à déterminer un prix unitaire maximum avant la commercialisation du produit reflétant toutes les valeurs associées par l’acheteur au nouveau produit, constitue un autre moyen de tenir compte de la demande spatiale. Cette méthode permet une évaluation du prix en amont et une prévision des revenus qui seront engendrés pour le producteur. Selon Durand (2007), « la méthode d’évaluation contingente, contrairement à la méthode des mesures conjointes, limite les difficultés à évaluer les innovations, en particulier les innovations technologiques, ayant des attributs intangibles et réellement nouveaux ». Cram (2006) met en évidence la nécessité d’optimiser les prix, énumère les différentes variables à prendre en compte et formule des recommandations quant à la façon dont les managers doivent les traiter, mais ne propose pas une méthode globale permettant d’obtenir un prix optimal dans la pratique. Les prix sont traditionnellement déterminés individuellement sur des zones géographiques figées, alors que les frontières des zones de consommation et de concurrence dépendent également de la politique de prix et sont extensibles dans le temps.
En outre, il y a une quinzaine d’études dans lesquelles les chercheurs se sont mis à la place du producteur pour étudier le processus de fixation des prix. Certaines s’appuient sur l’analyse d’une ou plusieurs des contraintes, alors que d’autres identifient les objectifs de la tarification et les hiérarchisent. Au mieux, les auteurs qui ont analysé les objectifs ont abordé les contraintes accessoirement, et inversement. En réalité, il y a une interaction constante, un processus continu d’adaptation, entre les objectifs et les contraintes en matière de fixation des prix. L’étude la plus avancée (Rao et Kartono, 2009) met en évidence différents types de politiques de prix adoptées par les entreprises de l’échantillon et analyse les facteurs justifiant ces choix stratégiques. Les auteurs montrent que les entreprises cherchent à atteindre plusieurs objectifs, entre lesquels des conflits peuvent apparaître (compromis), et ne s’efforcent pas seulement de couvrir les coûts. En effet, la maximisation des revenus, l’amélioration de l’image auprès du consommateur et l’augmentation de la pression concurrentielle pour accroître les bénéfices deviennent des objectifs à part entière.
A la base, la tarification géographique détermine le prix des produits en fonction de la localisation géographique de l’acheteur, reflétant les frais d’expédition vers différents sites. Cette question a déjà été abordée (Seidler 1937). Les prix dépendent des distances de transport. Toutefois, de manière plus générale, trois politiques de géopricing peuvent être mises en place par les distributeurs pour vendre leurs produits : la tarification uniforme qui consiste à fixer un prix final identique, quelle que soit la localisation du point de vente ; la tarification logistique, selon laquelle les magasins appliqueront un prix en fonction de leur éloignement des fournisseurs, les frais de livraison étant à la charge du client ; la tarification par zone, appliquant un prix rendu uniforme à tous les acheteurs se trouvant au sein de chaque zone géographique prédéfinie (voir Tableau 1).
Les 3 catégories de politiques de géopricing.
La tarification par zone s’inscrit dans le cadre d’une stratégie marketing élaborée. Dans l’industrie pétrolière, le prix est fondé sur une pondération complexe et dissimulée de facteurs, à savoir le nombre de stations-service concurrentes, le nombre de véhicules, le flux moyen de circulation, les revenus moyens des ménages dans la zone, la densité démographique et les caractéristiques géographiques, mais non sur le coût de livraison du gaz dans la zone. En dépit du fait que les prix de vente sont uniformes dans certaines zones, en règle générale, ils augmentent graduellement, à mesure que l’on s’éloigne des lieux de production. Les méthodes classiques utilisées pour la tarification par zone sont rarement globales et impliquent généralement une phase d’identification des zones géographiques où un prix unique sera appliqué ainsi qu’une phase de tarification à l’aide d’une méthode traditionnelle.
Il semble que les pratiques au sein des entreprises soient souvent fragmentées et n’associent pas les différentes méthodes, mais se focalisent sur un seul aspect du problème complexe de la fixation des prix. En outre, comme l’ont fait remarquer Vogel et al. (2002), il y a très souvent un manque d’organisation en ce qui concerne la fixation des prix : un certain nombre de services dans l’entreprise y participent (les services des ventes et des finances, avec des rabais accordés au bout de la chaîne), mais il n’y a aucune structure globale, ce qui, la plupart du temps, se traduit par des prix qui sont trop bas. Selon ces auteurs (2002), « bon nombre de personnes touchent à la tarification, mais personne n’en est responsable. » De même, Dutta (2005) a constaté que « de nombreux managers se contentent de calculer leur prix de vente en ajoutant une marge au prix de revient pour chaque zone. D’autres ne font guère plus : ils regardent simplement les prix de leurs concurrents et fixent leurs propres prix à un niveau similaire. Enfin, il y a ceux qui prennent leurs décisions tarifaires uniquement sur la base de leurs instincts ou leur expérience. »
La tarification spatiale ne bénéficie pas à l’heure actuelle d’une méthode avancée de fixation des prix dans le cadre d’une stratégie marketing spécifique, sauf pour le calcul économique du seuil de rentabilité résultant des coûts de fabrication et du transport, ou de la méthode de détermination multicritère du prix. Gonzalez-Benito et Gonzalez-Benito (2004) ont amélioré l’utilisation de la segmentation géodémographique afin de définir la discrimination tarifaire géographique comme stratégie de distribution. Toutefois, comme indiqué précédemment, d’autres éléments sont nécessaires pour définir des politiques de prix au détail, et notamment ceux liés à la communication et au produit. Le moment est donc venu d’exploiter les informations spatiales disponibles ou accessibles pour améliorer et rationaliser les méthodes généralement empiriques utilisées par les managers, qui sont en grande partie arbitraires.
Méthodes utilisées dans l’optimisation en une seule étape du géomarketing-mix
Dans la mesure du possible, les problèmes de localisation et de prix doivent être tranchés dans leur ensemble lorsqu’une entreprise souhaite s’implanter à un endroit où, sur un marché géographique, des concurrents sont déjà présents et actifs. L’objectif final principal d’une entreprise est effectivement de maximiser ses revenus. Les modèles de localisation en contexte de compétitivité, qui tiennent compte des problèmes de tarification, sont rares. Plastria et Vanhaverbeke (2009) a signalé ces systèmes inhabituels et proposé un modèle de localisation-allocation intégrant le paramètre de prix. Hotelling (1929) a été le premier auteur à décrire un marché compétitif linéaire avec des conditions d’équilibre, en vertu du principe de différenciation minimale. Son modèle a été ensuite critiqué par D’Aspremon et al. (1979), et de nombreux modèles basés sur l’économie spatiale et l’organisation industrielle ont émergé depuis dans le domaine de la géographie et la recherche opérationnelle (Serra et Revelle, 1995). La théorie des jeux a ensuite été utilisée en prenant en compte la concurrence dans un endroit et les problèmes relatifs aux quantités distribuées (Hakimi, 1986 ; Wendell et McKelvey, 1981). En étendant le modèle de Hotelling, il a été démontré que l’existence de l’équilibre dépend de la répartition de la demande dans la zone géographique lorsque le prix et la localisation constituent des variables de décision (Eiselt et Laporte, 1993).
Dans la pratique, il existe deux approches principales lorsqu’une entreprise choisit ses prix et ses points de vente. Certains auteurs prennent le cas d’un choix simultané de prix et de localisations. En revanche, d’autres modèles adoptent la formule de Hotelling avec le concept de l’équilibre de Nash : la localisation et le prix sont alors déterminés en deux étapes successives dans le but de maximiser les profits. En effet, le choix de la localisation précède le plus souvent le choix stratégique des prix. Cette approche s’appelle « l’équilibre de Nash parfait en sous-jeux ». Les entreprises s’appuient sur ce principe de localisations sélectionnées pour déterminer leur niveau de prix. On pourrait avancer l’idée que l’inverse est également vrai et que certaines entreprises choisissent leurs localisations dans des zones correspondant à leur marque : un prix politique est donc déterminé à l’avance, p. ex. l’implantation de boutiques de luxe dans des quartiers bourgeois.
Un nouveau modèle de localisation-allocation générale, le PMaxCap, a ensuite été conçu (Serra et Revelle, 1999). Ce modèle est une extension du modèle de couverture maximale avec une variable de tarification dans un environnement concurrentiel. Les consommateurs sont représentés par des points en i., en supposant que tous les frais généraux de chaque point de vente sont équivalents. Ce modèle repose sur l’hypothèse que le consommateur i fréquentera un point de vente si le coût total, y compris les frais de déplacement et le coût du produit, est le plus bas du marché. Il convient de noter que ce modèle ne tient pas compte de l’élasticité de la demande. Le PMaxCap est, à ce jour, la seule tentative de conception d’un modèle pratique visant à optimiser le prix avec la variable spatiale. Toutefois, ce modèle théorique de base peut difficilement être mis en œuvre dans des cas concrets, étant donné qu’il ne tient pas compte de la concurrence et intègre uniquement la distance comme étant le paramètre d’optimisation, ignorant ainsi les autres composantes du marketing-mix.
Méthodes de segmentation spatiale pour créer des zones de géopricing
La segmentation de la demande en zones de consommation homogènes, résultant de ce que l’on appelle communément « la segmentation géodémographique », s’appuie sur le fait que les personnes spatialement proches ont tendance à présenter des caractéristiques sociales similaires et, à l’inverse, les acheteurs dans un quartier ont des besoins et des préférences semblables (Hinesty, 2012 ; Mitchell, 1983). Les chercheurs ont analysé la relation entre le profil géodémographique des consommateurs et le choix du format de distribution, en tenant compte de l’impact de la commodité spatiale. Les résultats montrent que certaines dimensions géographiques reflètent certaines préférences en matière de format de magasin, facilitant ainsi le choix du marché par les distributeurs. Les résultats montrent également que l’élimination des effets de la commodité spatiale peut conduire à des biais d’estimation (Gonzalez-Benito et al., 2007). La segmentation géographique décrit où se trouvent les personnes et la segmentation démographique précise qui sont les personnes (Kirdar, 1997). La segmentation géodémographique est non seulement classée selon la géodémographie, mais intègre également parfois les données socio-économiques des entreprises (Ryan, 1991) et les modes de vie (Powers, 1990).
De plus, dans les études marketing, la segmentation de l’offre permet de délimiter les zones ayant des caractéristiques de produits analogues en termes de gamme de prix, qualité, spécificités des produits et moyens de distribution. Les segmentations les plus élémentaires utilisent simplement les classifications nationales (pays), régionales, environnementales (à savoir les climats chauds par opposition aux climats froids) ou par densité (à savoir urbaine, suburbaine ou rurale). Toutefois, des classifications géographiques plus élaborées ont fait leur apparition. Selon les comparaisons de géosegmentation, aucun algorithme en particulier ne parvient à démontrer sa supériorité et aucun élément de preuve ne permet de donner un indice quant à sa précision (Grekousis et Hatzichristos, 2012). Néanmoins, la qualité de la saisie des données influencera la qualité et la précision des données de sortie et du clustering spatial. L’utilisation d’immenses territoires d’entrée artificiels et illogiques à regrouper en segments spatiaux homogènes débouchera sur des résultats de classification médiocres et peu fiables. Le clustering spatial est un sujet important en géomarketing. Par ailleurs, d’une manière générale, en géodémographie, de nombreuses problématiques stratégiques dépendent d’une segmentation géographique optimisée (Murray, 1999). Par exemple :
- L’allocation de zones de concession aux points de vente dans les secteurs de l’automobile, la banque ou l’immobilier
- L’identification de zones quasi homogènes afin d’adopter des politiques de marketing adaptées
- Un traitement préalable des données fondées sur la demande des consommateurs afin de définir des centroïdes de zones en tant que nœuds de demande dans les modèles de localisation.
Avant de proposer une nouvelle méthode, nous commencerons par présenter les méthodes pratiques utilisées. Ces méthodes en cours seront liées aux travaux de différents auteurs dans le domaine du clustering géographique et de la géo-optimisation du marketing-mix, et nous soulignerons les limites de ces méthodes sur le plan du traitement des données géomarketing.
Méthodes de clustering géographique afin de créer des zones tarifaires
Parmi les modes de classification des territoires géographiques les plus connus, la méthode des k-moyennes est disponible dans la plupart des logiciels commerciaux ainsi que dans les réseaux de neurones artificiels, les algorithmes génétiques et les algorithmes de logique floue pour les bases de données plus volumineuses. Toutefois, d’une manière générale, outre l’utilisation des zones administratives de géopricing, les méthodes de clustering peuvent être divisées en quatre catégories : les méthodes de partitionnement, les méthodes de classification hiérarchique, les méthodes fondées sur la densité et les méthodes basées sur une grille (Benassi et al., 2011). Comme indiqué, le partitionnement géographique est un prérequis pour appliquer une stratégie de prix locale (voir Tableau 2).
Les 2 étapes des méthodes traditionnelles de géopricing.
En ce qui concerne le partitionnement et le clustering dur non supervisé, la méthode des k-moyennes (MacQueen, 1967) consiste à choisir k points ou centroïdes initiaux pour l’espace géographique intégrant les objets ajoutés aux clusters ou classes. Ces points représentent les centroïdes initiaux du groupe. Chaque objet est associé à son centroïde le plus proche selon une métrique de distance. La position de chaque centroïde dans chaque cluster est ensuite recalculée. L’affectation des objets et le nouveau calcul de la position des centroïdes sont répétés jusqu’à ce que les centroïdes ne bougent plus. La méthode des k-médoïdes peut utiliser des distances métriques autres que les distances euclidiennes, comme la distance de Manhattan ou de Minkowski (1903). Elle essaie de minimiser la somme des distances entre les points et leur centre fermé (Kaufman et Rousseeuw, 1987). Le centre représentatif de chaque cluster est un point réel. La méthode est analogue à celle de la p-médiane utilisée pour optimiser la localisation des points de vente et autres installations. Elle est plus robuste vis-à-vis des valeurs aberrantes que la méthode des k-moyennes. Ces méthodes de clustering dur, basées sur la théorie des ensembles classiques, permettent à chaque point d’appartenir à un seul groupe. Dans le clustering flou, chaque point a un degré d’appartenance aux clusters. L’algorithme des c-moyennes floues, largement utilisé dans les études géodémographiques, est identique à celui des k-moyennes, mais avec une probabilité pour chaque point de faire partie de l’un des segments c. A titre d’exemple, cette méthode a été appliquée pour délimiter les sous-marchés du logement urbain (Hwang et Thill, 2007) à l’aide d’une analyse hédonique montrant que les prix des logements sont liés aux caractéristiques socioéconomiques des habitants, aux caractéristiques structurelles des foyers et aux caractéristiques de localisation du quartier. L’autre méthode actuellement appliquée aux problèmes géodémographiques est l’algorithme de Gustafson-Kessel (Grekousis et Hatzichristos, 2012) qui approfondit l’algorithme des c-moyennes floues en utilisant une norme de distance adaptative dans le but de détecter des clusters de différentes formes géométriques. Alors que la méthode des k-moyennes et l’algorithme des c-moyennes floues partent de l’hypothèse que les clusters ont des formes sphériques, le système de Gustafson-Kessel peut détecter des régions elliptiques. La méthode a été employée dans des études de géomarketing afin de segmenter spatialement la zone métropolitaine d’Athènes en prenant en compte 130 variables démographiques, de mode de vie et économiques (Grekousis et Hatzichristos, 2013). Le clustering génétique améliore l’algorithme des k-médoïdes en fournissant de meilleurs centres représentatifs initiaux (Brunsdon, 2006 ; Fernández et al., 2005).
Alors que les méthodes de partitionnement donnent un seul résultat selon un nombre prédéfini de classes, les méthodes de classification hiérar-chique produisent un arbre ou dendrogramme avec une hiérarchie de clusters (clustering agglomératif) soit en regroupant progressivement des clusters dans des clusters plus grands soit en scindant des clusters plus gros en clusters plus petits (clustering divisif). En règle générale, le clustering hiérarchique n’atteint pas la performance de la méthode des k-moyennes concernant sa fonction objective, mais est parfois utilisé pour constituer un premier ensemble de centroïdes, amélioré ensuite par la méthode des k-moyennes ou le clustering flou. Les méthodes de classification hiérarchique sont rarement utilisées en géodémographie.
Les récentes méthodes de clustering fondées sur la densité ont été développées pour déterminer des formes de clusters autres que sphériques. Ainsi, des espaces de forte densité séparés par des frontières de faible densité sont détectés. La méthode détermine généralement la densité de chaque point dans un rayon donné et conclut que cette région est dense lorsqu’elle compte un nombre prédéfini de points aux alentours. Ainsi, la qualité de ce clustering dépend du choix judicieux des deux paramètres (le rayon et le nombre minimum de points). La première méthode basée sur la densité a été l’algorithme DBSCAN (Sander et al., 1998). Elle fut ensuite améliorée par l’algorithme OPTICS (Ankerst et al., 1999) concevant dans un premier temps un graphe d’accessibilité afin de faciliter le choix des 2 paramètres.
Le clustering basé sur une grille modélise l’espace multidimensionnel en un nombre fini de cellules et une structure de grille. Le délai de traitement est ensuite amélioré, en fonction du nombre de points et de variables. Le clustering fondé sur une structure de grille utilise soit l’analyse statistique des informations stockées dans des cellules, à savoir l’algorithme STING qui détecte les régions à forte densité (Wang et al., 1997), soit une méthode basée sur la densité, à savoir l’algorithme CLIQUE qui examine les densités dans les sous-espaces de dimension (Agrawal et al., 2005) ou une transformation en ondelettes, à savoir l’algorithme WaveCluster (Sheikholeslami et al., 2000). Dans le domaine des données géomarketing, nous pouvons aussi mentionner l’utilisation de fonctions morphologiques pour délimiter des zones de chalandise à partir d’une grille de pixels ou d’une résolution ultrafine, ou à partir de fonctions de convolution après un filtrage ou un traitement fluide. Suite à cette étude, la méthode morphologique et la méthode de quadrillage ont été utilisées pour détecter les densités routières dans chaque cellule de grille de zones urbaines (Yuanet Zheng, 2012). De plus en plus d’organismes publics nationaux et internationaux fournissent ou utilisent des données démographiques sous forme de grille, à savoir l’INSEE (France), le Statistics Denmark ainsi que l’OCDE et Eurostat de la Commission européenne. Plusieurs segmentations géographiques prêtes à l’emploi, fondées sur les sociostyles et généralement conçues à l’aide du clustering flou ou du partitionnement en k-moyennes, ont été proposées à travers le monde par des entreprises publiques ou privées telles que Claritas Prizm (Etats-Unis), Tapestry (Etats-Unis), CAMEO (Royaume-Uni), ACORN (Royaume-Uni) et MOSAIC (Royaume-Uni).
Limites des méthodes existantes de construction des zones tarifaires
La méthode des k-moyennes est la méthode la plus classique utilisée et présente certains inconvénients. Le résultat instable de la segmentation dépend de la valeur de k ainsi que des valeurs initiales des k centroïdes initiaux généralement choisis au hasard. Incapable de détecter des formes concaves et des clusters de taille énorme, cet algorithme nécessite également un délai de traitement très long, au même titre que la méthode des k-médoïdes ou l’algorithme de partitionnement autour des médoïdes (partitioning around medoïds ou PAM). Les méthodes basées sur la densité ne sont pas efficaces pour un nombre élevé de variables et peuvent difficilement être utilisées pour l’exploration de géodonnées. Elles s’appuient également sur le choix initial de deux paramètres (le rayon et le nombre minimum de points voisins). Les modèles de contiguïté utilisés dans les travaux de Hofstede et al. (2002) sont discrets : les consommateurs sont situés dans des territoires (régions, Länder, Etats, etc.) qui sont regroupés en fonction de leur similitude à l’égard des attributs de perception (impression de qualité, distance, etc.). Malgré quelques inexactitudes concernant la répartition des consommateurs (centroïdes de territoire, foyers, magasins) et le type de distance utilisée (distance euclidienne, routière ou temporelle), ainsi qu’un échantillon insuffisant (uniquement un couple de consommateurs par région), cette méthode ne permet pas de franchir les frontières artificielles de zones prédéterminées. La précision de la segmentation spatiale est donc très faible (frontières régionales) et nécessite un temps de calcul assez long.
Le fait que les variables se présentent sous des formes variées, à savoir l’âge, les revenus, le niveau d’études, constitue une autre limite de ces approches. En outre, en règle générale, le prétraitement des données inclut uniquement le centrage des variables autour de la moyenne, ce qui ne réduit en rien la multicolinéarité (Gatignon et Vosgerau, 2005). Bien que peu d’études aient été menées sur les formats de données adaptés à la segmentation spatiale, on peut citer les travaux de Ding et He (2004) concernant l’analyse en composantes principales (ACP) pour la réduction non supervisée de dimensions avant un partitionnement en k-moyennes dans le cas de données médicales et de types de gènes liés à un lymphome humain. Il est évident que l’ACP facilite la détection de modèles dans un hyperespace optimisé d’un nombre réduit de variables.
Un problème propre aux données géomarketing et de géodémographie réside en ce que les zones de profils de clients sont généralement floues : les segments spatiaux ne disposent pas, en principe, de régions et frontières précises. Au contraire, ils s’interpénètrent et présentent des profils de consommateurs mixtes sur les bandes partagées des frontières. Le même constat pourrait être formulé pour une analyse géomarketing de l’offre et la concurrence.
Le clustering flou classique donne la probabilité que chaque point appartienne à un cluster, mais ne précise pas clairement les centres du cluster avec des profils très définis et, de l’autre côté, les zones géographiques frontalières à profils mixtes. Dans le clustering traditionnel, les éléments doivent être mutuellement exclusifs et collectivement exhaustifs ; un point ou une zone ne peut appartenir qu’à un cluster, et chaque zone doit être prise en compte. En outre, le clustering spatial peut conduire à des résultats où la contiguïté des zones appartenant au même cluster n’est pas garantie. Un cluster peut parfois regrouper des zones ou des points éloignés ou isolés. La qualité et la logique de la segmentation spatiale sont visuellement appréciées grâce à une modélisation conçue à l’aide d’un système d’information géographique. Les algorithmes de clustering utilisés en géodémographie couvrent uniquement les méthodes descriptives. Toutefois, les responsables marketing ont besoin de systèmes automatiques offrant des recommandations d’expert afin de faciliter la prise de décision. Le défi actuel en matière de segmentation spatiale consiste à intégrer des sources de données vastes et éventuellement hétérogènes, et à minimiser le temps de calcul, en particulier dans le cas du clustering en temps réel. A l’issue d’une segmentation géographique satisfaisante vient l’étape de l’optimisation spatiale du marketing-mix qui s’accompagne de plusieurs questions, et notamment « où l’entreprise doit-elle localiser ses magasins ? » ; « quelles sont les caractéristiques des produits vendus et quel doit être leur prix dans chaque cluster spatial ? » ; « quelle doit être la communication idéale en termes de messages publicitaires et de moyens de communication ? ». Nous commencerons par examiner les travaux actuels de recherche académique concernant le marketing-mix et les méthodes d’optimisation géographique.
Une approche fondée sur la détection automatique d’opportunités stratégiques
Les données à prendre en considération afin d’optimiser la localisation des points de vente et le prix de vente en général sont nombreuses et variées : coûts de production, prix des autres articles dans la gamme, stratégie concernant la politique de prix souhaitée, prix fixés par les concurrents, élasticité de la demande en termes de prix, écart entre le prix réel et le prix perçu par les consommateurs, données prévisionnelles sur la demande future. D’autre part, bien que le prix ne puisse pas être fixé sans tenir compte des autres éléments du marketing-mix et du positionnement en termes d’avantages concurrentiels de l’entreprise, les données sur la géographie de l’offre, la demande et l’environnement ne sont que partiellement disponibles. En opposition avec ce contexte, nous proposons une nouvelle méthode fondée sur les derniers outils en matière d’exploration de données. L’illustration suivante montre comment l’optimisation est possible lorsque les seules données disponibles sont la répartition spatiale de l’offre et ses caractéristiques.
Un modèle spatial d’optimisation des paramètres du marketing
Pour être optimaux, le prix de vente et les autres paramètres, comme la localisation des points de vente ou les caractéristiques des produits, doivent tenir compte de la concurrence et adopter une stratégie de vente adaptée. Dans ce contexte, la nouvelle méthode composée des quatre étapes suivantes (voir Tableau 3) détectera des gammes de prix stratégiques, après avoir établi ce que l’on pourrait appeler une carte factorielle spatialisée.
Une méthode de géopricing en quatre étapes intégrant la segmentation spatiale.
L’analyse morphologique est une technique mathématique utilisée dans la détection automatique de contours et l’analyse des formes. Elle a été exécutée avec succès dans la délimitation précise des zones de chalandise. Adaptée à de grandes quantités de données, elle inclut les deux transformations de base : la dilatation et l’érosion. La morphologie mathématique, qui s’inspire des concepts de la topologie, du traitement des signaux, des probabilités et de la théorie des graphes, englobe un grand nombre d’applications qui concernent toutes le monde réel. Les domaines intéressés par cette technique sont variés, comme la science des matériaux, la géologie, la biologie, la géographie et la robotique. Le point commun aux champs d’application potentiels est que les données traitées sont variables dans un espace d’observation ayant au moins deux dimensions. Les premiers filtres morphologiques sur des données discrètes ou continues datent de la fin des années 1970. Toutefois, c’est entre 1982 et 1986 que Matheron (1982) et Serra (1982) ont établi une théorie de la morphologie mathématique possédant une véritable unité. Voici les principes fondamentaux de cette théorie d’analyse des formes : soit X un ensemble connexe de données binaires d’une matrice (0 ou 1, point allumé ou éteint dans un espace 2D) ; une première transformation de base possible de cet ensemble est la dilatation binaire (Minkowski, 1903) qui a pour effet d’augmenter la surface totale de cet ensemble. Elle tend à connecter les parties disjointes et à lisser les contours. Une autre transformation morphologique de base est l’érosion binaire, qui lisse également la surface mais, à l’inverse, la réduit (Hadwiger, 1957).
Pour obtenir des contours plus réguliers, il est possible de réaliser une succession d’érosions-dilatations, c’est-à-dire qu’en partant de l’image initiale, on élimine tous les points de la forme considérée en contact en bas, en haut, à droite ou à gauche avec au moins un point n’appartenant pas à ladite forme (érosion). Seuls restent les points de sa partie intérieure. Puis, on entoure chaque point frontière de la forme érodée de nouveaux points, à droite, à gauche, en haut, en bas (dilatation). Si l’on considère, au lieu de données binaires, des données réelles comme les fréquentations ou le chiffre d’affaires et ses variations géographiques, on a alors un relief qui varie en tout point défini par ses coordonnées (I, J) selon la valeur Fi, j (ensemble de valeurs représentées par la matrice [
Une étude empirique du marché français des véhicules d’occasion
Considérons une base de données décrivant les véhicules d’occasion mis en vente sur Internet en France par des concessionnaires (étape 1 de la méthode – 2114 véhicules à vendre à compter de 2008 sur le site Web www.autoscout24.fr). Les variables disponibles pour chaque véhicule sont les suivantes : marque et modèle du véhicule, nombre de kilomètres, puissance, mois de la première immatriculation, prix et localisation géographique du concessionnaire (le code postal a été géocodé pour récupérer les coordonnées géographiques des villes concernées au format grs80, le format traditionnel des systèmes GPS).
Une analyse en composantes principales (ACP) des variables continues montre logiquement une corrélation étroite entre le prix et la puissance motrice : les valeurs négatives du premier axe factoriel correspondent aux puissances et aux prix élevés (deuxième étape de la méthode – voir Graphique 1).

Carte factorielle des marques automobiles et cercle de corrélation des caractéristiques des véhicules.
La singularité de cette ACP est d’avoir intégré les coordonnées spatiales X et Y pour former des clusters géographiques définissant un produit qui est proche en termes de caractéristiques de produit. Une classification ascendante hiérarchique, prenant les six premiers facteurs de l’ACP comme variables d’entrée, montre que le type de véhicules vendus est assez différent d’une région à une autre. Trois grandes régions peuvent être identifiées au niveau national : la région nord/nord-ouest où les véhicules ont souvent une faible puissance et un prix bas, et sont fabriqués à l’étranger (Nissan, Fiat, Lancia) ; la région sud-ouest/centre comprenant davantage de véhicules produits en France (Renault, Citroën) et en Espagne (Seat) ; et la région est avec des véhicules Peugeot ou de marque allemande, dont la puissance et le prix sont plus élevés (voir Tableau 4).
Description des 3 clusters issus de la classification ascendante hiérarchique.
La Figure 1 montre les clusters spatiaux aux frontières floues. Sur la carte factorielle géographique déformée, la longitude correspondrait plutôt aux valeurs négatives du premier axe factoriel et la latitude aux valeurs négatives du second axe factoriel.

Représentation des trois clusters qui caractérisent les types de véhicules vendus.
Examinons la répartition caractéristique des véhicules dans l’espace factoriel et sur sa principale représentation avec les axes factoriels 1 et 2 (voir Graphique 2).

Représentation des unités (véhicules à vendre) dans le référentiel Axe factoriel 1 /Axe factoriel 2.
On remarque des espaces vides (zones sur le graphique factoriel où la densité et l’offre sont faibles ou inexistantes). En utilisant cette méthode, nous pouvons donc détecter ces espaces vides, qui pourraient représenter une opportunité en termes de ventes, et identifier leurs caractéristiques spécifiques de prix, fonctions des véhicules, etc. Une transformation morphologique (dilatation) a été appliquée à la représentation factorielle des individus suivant les axes factoriels 1 et 2. L’effet de cette transformation révèle, par un processus de lissage et de jonction des points les plus proches, les zones apparaissant en noir où l’offre est dense (troisième étape de la méthode). Par conséquent, l’image négative de cette représentation montre les zones où l’offre est faible. Ces zones ont été identifiées, numérotées automatiquement (18 zones) et localisées par les coordonnées factorielles de leurs centroïdes correspondant aux caractéristiques spécifiques des véhicules (voir Graphique 3).

Détection, numérotation et mesure des zones présentant une pression concurrentielle faible (18 espaces vides détectés dans des régions qui sont globalement denses).
L’espace vide 17 montre, par exemple, qu’il y a une absence notable d’offre de véhicules de plus de 4 mois, dotés d’une puissance d’environ 72 CV (puissance fiscale) et dont le prix a été fixé aux alentours de 10 599 €. Un vendeur pourrait donc adopter une stratégie de différenciation en se positionnant dans ce segment particulier. Si l’on estime que les facteurs tels que la puissance ou l’âge des véhicules ne constituent pas un levier de compétitivité relevant du contrôle de l’entreprise, il suffirait donc de neutraliser ce paramètre dans l’analyse factorielle et de le considérer comme un facteur illustratif. En revanche, on pourrait tenir compte d’autres facteurs qui sont plus faciles à gérer pour l’entreprise. Imaginons que le magasin n’ait pas encore été créé. Il est alors possible d’intégrer les coordonnées géographiques X et Y dans l’ACP, comme nous l’avons déjà fait. Par ailleurs, la détection de lacunes dans l’offre fournira des indications concernant le lieu où le point de vente doit être implanté et les caractéristiques des véhicules qui doivent être vendus dans des zones sans concurrence.
Cette analyse examine uniquement l’offre de produits, alors qu’il serait pourtant simple d’intégrer le niveau de la demande spatiale. Il suffit d’ajouter des contraintes supplémentaires aux zones cibles actuelles dans l’espace factoriel correspondant aux caractéristiques des produits souhaités par les clients potentiels. Par exemple, une étude de marché pourrait montrer que les consommateurs préfèrent les véhicules plus économiques de moins de 100 CV : les zones à cibler seraient donc limitées aux zones 5 et 17 avec des prix s’élevant aux alentours de 16 774 € et 10 599 €, respectivement. Ce modèle de géopricing algorithmique est le premier à déterminer un prix optimisé simultanément sur différentes zones et présente bien d’autres avantages remarquables :
Il prend en compte toutes les caractéristiques mesurables des produits concurrents et peut être appliqué à un service ou produit existant, ou à un produit ou service qui n’a pas encore été lancé. La méthode préconisera toutes les caractéristiques nécessaires pour concevoir un plan marketing global et stratégique, y compris les variations spatiales de prix et les différents emplacements à cibler dans le cas d’un réseau de distribution.
Les 4P peuvent ainsi être décrits dans leur intégralité à l’aide de cette méthode. Chaque zone dans l’espace factoriel correspond à différentes caractéristiques des 4P, sous réserve que ces données marketing sur la répartition spatiale de l’offre et la demande soient disponibles et intégrées dans l’analyse factorielle.
Le choix de la gamme de prix/des zones caractéristiques pour les produits et la concurrence peut être permanent et dynamique, auquel cas les bases de données doivent être régulièrement mises à jour.
Les prix et les caractéristiques des produits peuvent être planifiés dans le temps à l’aide d’une stratégie marketing définie. Dans ce cas, un parcours ou itinéraire doit être tracé dans l’espace factoriel afin de prévoir les variations de prix envisagées.
Des gammes de produits spécifiques peuvent être choisies ; chaque produit correspondra à une zone donnée dans l’espace factoriel.
La méthode peut intégrer et traiter des bases de données très volumineuses qui tiennent compte de l’offre et de la demande dans l’espace-temps (l’analyse morphologique est traitée rapidement). Dans ce dernier cas, un filtre (contraintes) limite les zones acceptables dans l’espace factoriel.
La méthode offre un clustering géographique flou fondé sur des groupes homogènes de clients ou sur des régions ayant des produits concurrents similaires.
Les avantages de ce modèle par rapport aux méthodes traditionnelles de fixation des prix sont résumés dans le Tableau 5
Comparaison entre les méthodes traditionnelles de géopricing et le nouveau modèle de géopricing.
Le prix des produits et services est de plus en plus instable, en particulier sur Internet, et certains clients n’hésitent pas à commander leurs produits à l’étranger (Kannan et Kopalle, 2001). Bon nombre d’activités commerciales dans les services sont particulièrement affectées par ces variations de prix dans le temps et l’espace, à savoir le transport aérien (Escobari, 2012), les péages (Kitae et al., 2014), les services de taxi en ligne, la restauration ou l’hôtellerie, et l’électricité (Wolak, 2011), parfois avec un effet rétroactif sur une demande auto-évolutive. Les chaînes de distribution doivent également gérer les variations spatio-temporelles de la demande en fonction de leur capacité d’offre. Ces découvertes ont conduit à la construction récente de modèles d’évaluation dynamique de la demande et à la tarification dynamique dont le but consiste à déterminer la séquence de prix permettant de maximiser les revenus à l’aide d’une éventuelle stratégie de rationnement à dessein ou, à l’inverse, garantir la disponibilité des produits (Borg et al., 2014). Le modèle utilisé dans cet article intégrant l’espace est complémentaire à ces méthodes, qui prennent en compte le caractère aléatoire de la demande et du comportement des clients, mais ignorent les autres paramètres du marketing-mix.
L’exemple des véhicules d’occasion a été choisi en raison de la facilité d’accès aux données de localisation et relatives aux caractéristiques des véhicules sur Internet. Ce modèle de géopricing est parfaitement adapté aux entreprises disposant de données intranet bien structurées telles que les réseaux de franchise ou distribution. En outre, les véhicules d’occasion peuvent aisément être associés à différentes localisations et répartis entre les concessionnaires automobiles d’un même réseau, en fonction des caractéristiques automobiles géo-optimisées et des résultats de géopricing obtenus à partir du modèle. Les distributeurs pourraient également valoriser les données à partir de leurs propres produits géoréférencés et de ceux de leurs concurrents grâce à la veille concurrentielle, de même que le secteur de l’immobilier et les services personnels ou industriels avec leurs données commerciales.
Ainsi, il n’y a aucune limitation des champs d’étude sur l’utilisation de ce modèle de géopricing algorithmique, à condition que les données soient disponibles.
Limites et perspectives de recherche
La méthode présentée porte sur l’opportunité, par le positionnement exact, de donner à un produit ou service une place déterminée par rapport à la concurrence grâce à des techniques d’exploration de données. Alors que les techniques de classification hiérarchique peuvent uniquement produire des groupes d’individus, l’analyse morphologique, lorsqu’elle est appliquée à une carte factorielle, permet d’identifier à la fois les zones occupées par des produits concurrents et les zones vides. Utilisée dans le cadre de l’optimisation basée sur l’avantage concurrentiel, une stratégie de positionnement spatial offre ainsi la possibilité de cibler les zones où la pression concurrentielle est faible et montre les paramètres du marketing à prendre en compte, comme le prix, les caractéristiques des produits et les meilleures zones commerciales à cibler. L’exemple donné ci-dessus montre une carte factorielle limitée à deux axes. Toutefois, l’analyse pourrait tout aussi bien être effectuée dans un espace possédant n axes factoriels. De même, elle pourrait intégrer des variables qualitatives si une analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM) était utilisée à la place de l’ACP.
La présente analyse est statique, dans la mesure où elle fournit des recommandations sur la base d’un aperçu de l’offre et la demande à un moment donné. Les données concernant le type de promotion ou les dépenses parmi tous les acteurs sur un marché géographique sont les plus difficiles à obtenir et ne font pas partie de notre base de données dans notre exemple sur les véhicules d’occasion, rendant la géo-optimisation de la promotion difficile à atteindre. Le marketing-mix peut être optimisé en permanence, sous réserve que la base de données concernant les caractéristiques de l’offre puisse être compilée avec succès en temps réel. S’il était transformé en programme informatique, ce système serait particulièrement bien adapté à la fixation du prix de produits vendus sur Internet en utilisant les principes de l’exploration de données Web. Les caractéristiques de la demande sont plus difficiles à identifier de façon continue. On pourrait utiliser le chiffre d’affaires d’un site Web ou d’un point de vente donné (voire le nombre d’enchères réalisées sur les sites, comme eBay). Cependant, il est difficile de déterminer la demande de produits de magasins concurrents ou de produits qui sont totalement novateurs, car cette demande peut uniquement être évaluée par le biais d’une étude de marché. En 2004, Levy et al. ont constaté que les méthodes actuelles de tarification dynamique « sont sous-optimales parce qu’elles ne prennent pas en considération les affects de la publicité, de la concurrence, des produits de substitution ou des produits complémentaires sur les ventes ». Il serait également intéressant de mesurer et prendre en compte la façon dont l’élasticité des prix évolue au fil du temps.
Cette méthode se prête à la fois aux stratégies de marchés de niche et, à l’opposé, aux politiques de prix d’éviction, plus agressives, qui ciblent des zones déjà occupées par la concurrence dans l’espace factoriel. La question consiste à savoir comment la concurrence réagirait face à ce nouveau positionnement. Il serait donc souhaitable de se référer à la théorie des jeux et aux lois de la probabilité afin d’étudier quel positionnement serait le plus sûr et le moins risqué au fil du temps. Cela pourrait faire l’objet de futures recherches.
Conclusion
Le modèle évoqué dans cet article permet d’optimiser spatialement le prix d’un produit ou service en ciblant les zones correspondant aux emplacements géographiques et les valeurs des autres P du marketing-mix au sein d’un espace multidimensionnel. En tenant compte d’une stratégie marketing telle que l’éviction ou l’évitement de la concurrence, ce modèle de géopricing dynamique utilisant l’intelligence artificielle est particulièrement bien adapté aux mégadonnées issues de sources Web, dont les données sur l’offre et la demande arrivent en flux continus et sont à traiter en temps réel. La conception du premier logiciel de géopricing stratégique au monde, dédié aux professionnels et aux chercheurs, est prévue. Les domaines d’application englobent la distribution, les entreprises de production et le secteur des services (tourisme, agences immobilières, banque de détail, assurance, etc.). A l’inverse, ce même modèle pourrait être utilisé pour analyser les politiques de prix des concurrents en suivant les trajectoires de leurs décisions au sein de l’espace factoriel du géomarketing-mix. Les recherches ultérieures pourraient non seulement aboutir à des améliorations de la méthode, en intégrant des stratégies complexes, mais également à une meilleure compréhension des interactions entre l’offre et la demande sur les zones géographiques.
