Abstract

A l'aube du 21E siècle, les rideaux de la scène professionnelle se rouvrent. Une nouvelle profession apparaît: le technicien en pharmacie. Sous la surveillance du pharmacien, il dispose des habiletés pour préparer et livrer les médicaments aux patients. Cependant, il lui est impossible de faire de la consultation 1 . Cette exclusivité demeure entre les mains du pharmacien. Depuis 2009, toutefois, un changement se prépare: le technicien certifié deviendra accrédité par le Bureau des examinateurs en pharmacie du Canada 2 . L'accréditation signifiera-t-elle que le technicien en pharmacie pourra conseiller dans un futur proche? La proposition est envisageable surtout dans les pharmacies communautaires. Mais alors, devrait-on s'inquiéter pour l'avenir du pharmacien?
La réponse est non. L'apparition des techniciens en pharmacie suit une évolution au sein même de la profession de pharmacie. Si les techniciens convergent vers l'exécution des rôles traditionnels du pharmacien c'est, entre autres, parce que le pharmacien prend en relève un nouveau rôle: celui du pharmacien clinicien. Avec ce nouveau modèle de pratique, le souci du pharmacien est une livraison de soins pharmaceutiques centrés sur le patient, ses besoins et ses attentes, en vue de satisfaire sa définition d'une bonne qualité de vie 3 . Cette évolution a plusieurs raisons dont satisfaire aux nécessités et au besoin d'un plus grand encadrement du patient afin de diminuer les problèmes potentiels reliés aux médicaments ou optimiser les résultats positifs de la pharmacothérapie. Une autre raison est l'amélioration du système de santé par la formation de pharmaciens confortables en matière de consultation pharmaceutique ou thérapeutique. Ainsi, ce nouveau modèle de livraison de soins pharmaceutiques est plus qu'une énumération des indications pour un médicament: il requière une implication active pour collecter l'histoire, maintenir contact et assurer un suivi du progrès du patient. A ceci s'ajoute la formation de pharmaciens familiers avec le concept de coopération interdisciplinarité ou une collaboration plus directe avec les autres intervenants en santé.
Ainsi, la pharmacie est elle-même en pleine transformation, voire métamorphose progressive. Elle diverge des rôles exercés dans le passé et intègre une participation plus directe dans l'amélioration de la santé et de la qualité de vie du patient. Ce dernier concept de qualité de vie devient important, car s'il n'est pas toujours possible de guérir, il est parfois possible d'apaiser ou d'atténuer.
Les marques tangibles de changements en pharmacie sont nombreuses, mais il suffit d'en mentionner deux. En éducation, c'est l'incorporation du PharmD par plusieurs universi-tés canadiennes, parmi lesquelles l'Université de Montréal fut la première 4 , suivie par l'Université de Toronto. Un doctorat en pharmacie, le PharmD est dorénavant le plus haut titre qu'un pharmacien puisse posséder en dehors des attributions académiques tels maîtrise et doctorat en recherche. Avec ce nouveau statut, les pharmaciens cliniciens deviennent plus nombreux. Serait-il donc possible que le futur du pharmacien converge vers ce gratte-ciel blanc qu'est l'hôpital? Ce qui est certain, c'est que l'avenir du pharmacien sera basé sur une relation plus étroite avec les patients en besoin et les partenaires en santé. Ainsi, au niveau professionnel, le changement se fait sentir par l'adoption du nouveau modèle de pratique désigné en anglais comme « pharmaceutical care ». En d'autres mots et comme il a été souligné plus tôt, la pharmacie s'oriente vers la pharmacothérapie où le pharmacien est amené « à centrer ses efforts sur le patient, au-delà du produit, et à rechercher les bénéfices des meilleurs traitements disponibles et ce, au coût le moins élevé possible. 5 » Par conséquent, nous pouvons envisager que le pharmacien descendra de la table surélevée de son apothèque (parfois « mysté-rieuse », retirée et autoritaire) pour offrir de la consultation et se rapprocher du patient. Reste à réviser, dans ce nouveau modèle, le concept du pharmacien payé pour la vente d'un produit ou d'un médicament. Une réforme se fera-t-elle de ce côté? Prophétie à vérifier dans cette évolution tranquille en pharmacie.
