Abstract

L’ouvrage Médias et religions regroupe les transcriptions de trois conférences prononcées au Centre culturel chrétien de Montréal (17 février 2011) sur les rapports qu’ont entretenu et entretiennent les médias et la religion (catholique) au Québec. En guise d’introduction, Jean-Pierre Proulx, chroniqueur au quotidien Le Devoir (Éthique et religion) et professeur de journalisme à l’université de Montréal, propose quelques réflexions personnelles, rappelle certains jalons importants de la relation qu’ils ont entretenue, mentionne le déclin du journalisme et du reportage de la religion et termine en se demandant si médias et religion sont sur la même « longueur d’onde ». Les trois conférences qui suivent sont autant de témoignages sur le sujet qu’a su nourrir l’expérience personnelle des intervenants.
Dans « Médias et religion : une rupture irrémédiable ? » (45–53), Jean-Claude Leclerc brosse un portrait de la presse au Québec, débutant avec la période de la « puissance sociale » de l’Église (de 1850 à 1950) jusqu’à l’avènement du rejet « viscéral » de l’autorité cléricale qui s’ensuivit et le déclin de la couverture médiatique de la religion. Il y eut alors l’« hostilité » de la génération des baby-boomers envers l’Église, l’indifférence de la génération qui lui succéda et, finalement, sa méconnaissance par ceux qui ont moins de trente ans.
Dans « L’Église catholique et les médias » (27–43), Rolande Parrot, longtemps responsable des communications à l’Assemblée des évêques catholiques du Québec et animatrice d’une émission sur les ondes de Radio Ville-Marie, énumère quelques changements survenus depuis 1968, dont les « écarts » grandissants entre Église et médias. Elle formule ensuite quelques conditions pour qu’Église et médias puissent offrir une information « de qualité sur l’Église catholique » (27), à une période où la génération montante des journalistes et recherchistes n’a « pas ou presque pas de culture religieuse » (31), un constat similaire à celui que font également les deux autres intervenants, inculture religieuse que le nouveau programme québécois obligatoire d’Éducation et de culture religieuse (ECR) parviendra peut être à remédier. Avec la perte de « confiance », du manque de « dialogue » (30) et de la disparition du « respect » de l’autorité religieuse (33), l’Église doit se prémunir d’un « langage qui rejoint l’humain », mettre de l’avant la « prise de parole » des laïcs et développer une « solidarité avec les organismes du milieu » (36–42) pour mieux communiquer son message. Les médias devraient plutôt se pencher sur les réalisations sociales des laïcs (plutôt que sur ses figures d’autorité ou sur des sujets controversés) d’une Église catholique qui « demeure encore aujourd’hui une autorité influente » (42), puisqu’elle « a d’abord le souci d’enseigner la vérité […] immuable » (32), celle qu’elle cherche à exprimer, et non à débattre (33). Perspective toute endogène s’il en est une, qui néglige de prendre en considération les profonds changements sociaux qui ont façonné le Québec depuis plus de quarante ans.
Dans « Le radar médiatique » (13–25), Yves Boisvert, chroniqueur et journaliste au quotidien La Presse depuis 1988, présente le déclin des médias depuis les années quatre-vingt. La couverture de la religion devient alors « anecdotique », l’attention médiatique s’étant déplacée avec la grandissante indifférence de la nouvelle génération, imbue d’« areligiosité » (24), qui méconnait cet univers religieux. Sur la place publique, l’Église n’est dorénavant plus la seule. Plus récemment, ce sont les incontournables discussions sur les accommodements raisonnables, signes de la transformation profonde de la sphère publique québécoise, qui ont pris les devants de la scène. Ces discussions ont mis au grand jour de nouvelles religiosités immigrantes qui s’affirment, situation qui « crée un malaise au sein de la majorité canadienne-française » (20), que Boisvert décrit, suivant son « intuition journalistique », comme « une sorte d’envie de la majorité face à la ferveur affichée par les adeptes de plusieurs religions. Une envie de cette assurance que leur donnent leurs certitudes, leur foi […] pleinement assumée » (22). Puisque Yves Boisvert termine en commentant certains propos de Jean-Claude Leclerc et Rolande Perrot et qu’il s’attarde plus longuement à la récente commission Bouchard-Taylor, l’ordre dans lequel nous avons présenté ici ces communications aurait assurément procuré une plus grande cohérence à l’ouvrage.
L’ensemble de ces tours d’horizon de quelques-uns des développements les plus importants des derniers vingt ans au Québec et de ces témoignages d’expériences personnelles et de terrain constitue à la fois la contribution centrale de cet ouvrage et les limites de ces interventions, puisque l’ouvrage ne s’aventure nullement dans l’exploration des rapports complexes qu’entretiennent Église et médias et offre encore moins d’analyses prenant en compte les résultats de travaux de recherches spécialisées sur le sujet. Une retranscription des échanges et des interventions des participants lors de la période de question clôt l’ouvrage (55–70). Ceux-ci ne constituent en aucune façon une conclusion, mais ils ont le mérite de relancer le débat.
